Carnets de Seattle: Patchwork d'impressions et d'humeurs de deux Français expatriés aux Etats-Unis. Depuis mars 2011, ces carnets sont aussi le journal de notre combat contre la leucémie.

jeudi 12 janvier 2017

Meilleurs Voeux 2017!

Et c'est reparti pour le traditionnel post de bonne année!

Pourquoi est-ce que je me sens obligé de le faire, je me demande. Parce que c'est poli, j'imagine?

D'ailleurs, petit préambule, je m'étais engagé à poster tous les lundis, et vlan, trois semaines de silence. Bravo l'engagement! Il se trouve, et vous l'aurez compris, qu'avec les fêtes et la crève que j'ai attrapé au tournant de l'année, je n'étais pas au mieux de ma forme et donc j'ai un peu tout laissé couler le temps de reprendre des forces. Je vous assure que j'ai bien l'intention de le tenir; cet engagement.

Alors voilà, ceci étant dit, je vous souhaite à tous une très bonne année 2017! Je vous souhaite à tous santé, courage, et chance tout au long de cette année. Je pense que si l'on a ce triptyque, tout le reste suis :).

Vous savez, lorsque j'étais plus jeune, je trouvais le concept de souhaiter la nouvelle année idiot. Je crois que je l'ai déjà écrit dans un autre post de nouvelle année, mais comme j'ai la flemme de chercher sur mon propre blog, je vais y aller de mon petit laïus pour vous expliquer pourquoi je trouvais cela idiot, et pourquoi j'ai changé d'avis.

"Le temps est continu," pensais-je dans mon innocente jeunesse. "Cela n'a pas de sens de souhaiter qu'une année soit meilleure qu'une autre alors qu'une année n'est qu'une découpe arbitraire dans le flot constant du temps".

J'ai pensé cela jusqu'en 2012, je crois. Bon, je m'empiffrais quand même de foie gras, soyons clair. Pas fou le gars. Mais je le faisais en trouvant tout cela idiot, quelque part au fond de moi. Vide de sens. Sauf que, je me trompais. (petit aparté, notez que je ne me suis jamais posé la même question au sujet de Noël, alors que je n'étais pas croyant. Les miracles du conditionnement publicitaire, j'imagine).

Je n'avais pas encore réalisé que le temps n'est pas un flot constant et linéaire. En tout cas, pas sur Terre. Et oui, en bon enfant du monde moderne, j'avais oublié que puisque nous ne vivons pas dans une station spatiale mais sur un gros caillou, nous vivons au rythme des saisons. C'est dingue, d'ailleurs. C'est quelque chose qui semble évident, et qui était évident pour tout humain né avant 1950... Et puis la technologie nous l'a en partie fait oublier. Ce qui n'est pas un bien, je pense, car nous sommes très profondément influencés par les saisons. Je commence seulement à réaliser, avec l'âge, à quel point. Remarquez que cela fait plusieurs fois que je parle de mon âge. Et oui, je me sens vieux, cette année. En tout cas, je réalise que j'ai considérablement vieilli. Bon, passons.

Le temps, la vie, est faite de cycles, et je crois qu'il est important de bien le comprendre et de respecter les différents rythmes de l'année, pour tout un tas de raison que je développerai peut-être une autre fois. Ce qui m'intéresse ici, c'est qu'une fois que l'on a réalisé l'importance de ce cycle, il devient important d'en célébrer chaque nouvelle "itération". Il convient d'y faire attention, de prendre un moment pour faire le point sur le cycle passé, ainsi que de préparer le cycle à venir.

Je sens aussi, confusément et sans bien encore comprendre pourquoi, qu'il est important de respecter ce cycle à un niveau "fondamental", "spirituel". Le respecter en faisant nos  "offrandes", comme les anciens druides ou chaman, si vous voulez. Même si nos offrandes sont différentes, fêtes, libations, joie, vœux, toasts -grillés et au champagne-, etc, je crois qu'elles restent juste cela, des offrandes que nous faisons... A qui d'ailleurs? A la vie, j'imagine. A ce cycle dont nous faisons partie. A nous mêmes aussi quelque part, puisque nous faisons partie intégrante de ce cycle, toutes choses étant interconnectées. C'est important, de célébrer le fait d'être en vie, une fois de temps en temps.

Bref, je vous ai peut-être perdu là. Je me suis perdu en tout cas, ça, c'est sur ;-). Tout cela pour vous dire que je crois que c'est important, de fêter le nouvel an, voilà. Et que c'est pour ça que je fais un post de nouvel année tous les ans.

Je sais, vous trouvez peut-être que je n'ai pas inventé l'eau chaude, que je pratique une forme d'onanisme intellectuel devant quelque chose qui vous semble évident...  Mais pour moi, ce n'avait rien d'évident justement, jusqu'à assez récemment, en fait, puisque je crois que j'ai commencé à prendre du plaisir à célébrer la nouvelle année après la maladie. Pour moi c'est important de comprendre, d'aller un peu plus loin que de juste le faire parce qu'on l'a toujours fait. Symptomatique d'une génération qui n'hérite plus du système de croyance de ses parents mais qui se construit le sien, j'imagine.

Donc encore une fois, meilleurs vœux pour ce nouveau cycle. La prochaine fois, je vous parle de mes résolutions. Mais surtout, j'essaierai de vous expliquer comment je conçoit les résolutions de nouvelle année, ce qui est plus intéressant que de juste vous raconter ma vie. A lundi!

lundi 19 décembre 2016

De l'écriture

Cela fait maintenant à peu près 3 ans que je vous dis que j'écris un roman. Qui n'est toujours pas terminé, et j'avoue que même si je me suis fixé le but de finir en 2017, je ne sais pas du tout si en pratique je vais y arriver.

Il y a 2 raisons à cela (enfin, 3 en fait).

La première c'est évidement que j'écris en anglais, ce qui ralentit tout le processus. C'est assez évident pour que je ne détaille pas plus.

La deuxième, c'est que je suis perfectionniste (en tout cas en ce qui concerne l'écriture). J'ai du éditer le premier chapitre une bonne dizaine de fois, et ce n'est pas encore "parfait". Je vais probablement encore travailler dessus. Alors comme il y a une trentaine de chapitres, vous imaginez le boulot...

La plupart des écrivains confirmés conseillent d'écrire d'abord le premier jet, sans se préoccuper d'éditer, afin d'être sûr de finir le bouquin, sans tomber dans le piège de l'édition permanente qui fait que l'on ne finit jamais. C'est un conseil que j'essaie de suivre, mais il faut être clair: il y a des moments où l'on n'a pas d'inspiration, et alors plutôt que de ne rien faire, j'édite des chapitres déjà écrits.

Je suis vraiment sensible à la qualité de l'écriture. Non seulement j'ai envie de raconter une bonne histoire, mais j'ai aussi envie de livrer un texte d'un haut niveau "littéraire". Cela ne veut pas dire forcément un texte complexe d'ailleurs, un truc plein de métaphores imbitables et de mots que personne ne connait. Au contraire même. J'ai envie que chaque phrase soit parfaite, que le style disparaisse à la lecture. Cela semble contradictoire, alors je m'explique: le texte doit être tellement poli que le lecteur ne bute jamais sur une phrase. Il faut qu'il puisse avaler les pages sans qu'il n'y ai jamais de ralentissement parce qu'un paragraphe est trop lourd, confus ou quoique ce soit du genre. Comme j'ai tendance à faire de longues phrases alambiquées, ce que vous avez peut-être remarqué en lisant ce blog (ce paragraphe même), cela me demande beaucoup de travail d'édition. Et puis ensuite, il y a une limite fine à trouver! A quel point est-ce que je cisèle le texte consciement, et à quel point je laisse ma "voix" naturelle s'exprimer? C'est un problème compliqué, d'où le temps passé.

La troisième raison pour laquelle je n'ai toujours pas fini ce livre est en définitive la plus importante.

J'ai commencé ce livre pour rire. J'ai écris un paragraphe de fiction, un jour, pour voir, comme ça. Et puis ensuite c'est sorti tout seul. J'ai aimé ce que j'écrivais, alors j'ai continué. Et continué, et continué, sans véritable plan. Je ne suis plus un écrivain débutant : après les années passées à écrire sur ce blog, j'ai écrit l'équivalent de deux "La guerre et la paix" (j'ai compté --avec un programme informatique--, en nombre de mots, j'en suis en gros au million de mots). Cela représente une certaine expérience. En revanche, je suis un écrivain débutant en fiction. C'est très différent de l'écriture d'un blog, la fiction.  Cela nécessite des compétences très particulières : intrigue, rythme, développement des personnages, écriture des dialogues, des descriptions, construction d'un monde... Tout un ensemble de choses que j'apprend au fur et à mesure.

3 ans plus tard et plus de 400.000 mots écrits jusqu'ici entre le roman, les deux nouvelles et mes notes, je commence à avoir un peu de bouteille. Et j'en arrive à un point où je comprend comment on doit écrire des dialogues. Comment on doit développer une intrigue. Comment on développe un personnage. Sauf que j'ai déjà 75% du roman écrit, pendant une période où toutes ces notions étaient plutôt vagues.

A force de travailler, à force de lire des livres sur 'l'écriture", de visionner des cours donné par des pros, j'ai développé ma compréhension de ce qui fait un bon livre, une bonne histoire... Et je sais que je n'ai pas encore le niveau. Si vous voulez c'est un peu comme la différence entre moi, un passionné de voiture, et un garagiste. Moi, je sais qu'une ferrari, c'est une pure caisse. Le passionné de voiture qui lit auto-plus va pouvoir expliquer pourquoi en détail. Le garagiste va pouvoir intervenir sur la mécanique. Là, en ce qui concerne l'écriture, je suis au niveau de l'amateur passioné, c'est à dire de la personne qui comprend toute l'étendue et la complexité du travail du professionnel. Et je réalise le chemin qui me reste à parcourir.

Je me retrouve à un point où je me dis que je devrais jeter tout ce que j'ai écrit, et recommencer, avec un plan cette fois-ci. Je me retrouve à un point où je me dis que je devrais écrire une centaine de dialogues pour m'entrainer et arriver au niveau qui m'intéresse, que je pressens exister, que j'entrevois grâce à l'expérience.

Je sais que ce n'est pas la solution. Les retours sur ce que j'ai fait lire sont bons. Mais j'ai maintenant envie d'ajouter des éléments à mon histoire qui sont difficiles à intégrer à la structure existante. En fait, je dois trouver un équilibre entre l'enthousiasme juvénile qui caractérise ce que j'ai déjà écrit, l'écriture plus mature et posée qui me caractérise à présent, et la vision de ce qu'est une écriture réellement de qualité, que j'ai maintenant (passé, présent, futur...). Je dois trouver un équilibre entre le travail que je fourni pour me développer en temps qu'auteur, la "musculation", et le fait d'écritre mon histoire. C'est tout le paradoxe: il ne faut pas tomber dans le piège de ne rien livrer et de ne faire que de la musculation non plus...

En fait, la solution c'est que je dois accepter que ce livre reflète mes compétences du moment. Il faut que lorsque j'écris, j'oublie la technique pour me concentrer sur ce qui importe vraiment: écrire l'histoire que j'aurais envie de lire. Ce n'est pas facile, mais bon.

Allez au boulot, et je le répète: ma bonne résolution de 2017, c'est de le finir, ce bouquin.

lundi 12 décembre 2016

De retour

Salut à tous!

Et oui, cela fait un moment que vous n'avez pas eu de mes nouvelles. J'ai eu besoin de m'éloigner un peu du monde de la leucémie, je n'avais aussi plus envie de parler d'expatriation pour des raisons évidentes... Et puis j'étais très occupé à me construire une nouvelle vie!

Il est temps que je m'y remette, et surtout que je remette un pied dans le monde. Oui, depuis deux ans, j'ai l'impression de vivre en dehors du monde. Je me suis centré sur ma petite famille (j'ai rencontré une femme qui a une fille d'une douzaine d'années et nous vivons ensemble depuis un an, pour ceux qui n'auraient pas suivi), sur le boulot (je retravaille à mi-temps, enfin un peu moins), et sur l'écriture de mon bouquin, en gros. J'ai perdu de vue la plupart de mes amis, ne gardant le contact qu'avec les plus proches, j'ai perdu le contact avec la plupart des relations que j'avais noué via ce blog, j'ai "oublié" (c'est à dire remis à plus tard continuellement) de répondre aux mails de certains d'entre-vous...

Il est temps que cela cesse.

Je ne sais pas pourquoi j'ai eu besoin de m'isoler autant. Enfin, si, j'ai quelques pistes. J'ai choisi de me concentrer sur moi et sur ma relation avec V. J'en avais besoin, après le divorce. Besoin de reconstruire, de réapprendre à aimer et être aimé. Il fallait que je me focalise sur cela, car j'ai besoin de l'équilibre que me procure une relation amoureuse, je suis comme cela. J'avais aussi besoin de sortir du monde de la maladie, de revenir dans un monde à peu près normal, je pense que c'est compréhensible. Et puis surtout, après la commotion énorme du divorce et du retour en France, j'avais besoin de faire le point, de réapprendre à me connaître, de redéfinir ce que je voulais. Enfin tout cela, ce sont de bonnes raisons que je peux donner pour qu'on me plaigne, en fait je sais très bien que ma réaction face à un trauma, c'est toujours de me recroqueviller dans ma coquille pour une durée indéterminée. Sale habitude, dont j'ai conscience, qui est dure à vaincre.

Et puis bien sur, il y a toujours le spectre des séquelles du traitement, et en particulier l'insuffisance des surrénales qui font que j'ai aussi beaucoup manqué d'énergie pour faire autre chose que de me concentrer sur l'essentiel. Il faut avouer que quand on a déjà une tendance au repli sur soi, la fatigue et la douleur chronique, ce ne sont pas les meilleurs copains du monde.

Le paradoxe d'aujourd'hui, c'est que je viens d'apprendre que j'en reprenais pour 6 à 12 mois de fatigue chronique, à coup de 11-13h de sommeil par jour. Pourquoi? Et bien parce que la phase finale est arrivée: on va me sevrer du dernier médicament hérité de la leucémie: l'hydrocortisone. Ce sevrage va à nouveau me tabasser, alors que j'allais globalement mieux. Mais ce coup-ci, j'ai décidé que cela ne me ferais pas rentrer à nouveau dans mon terrier alors que j'en sors à peine. Marre, du terrier.

J'ai décidé qu'il était temps de lancer un certain nombre de projets, de monter en puissance sur d'autres. Il est urgent de ne pas se laisser abattre. Peut-être que la différence aujourd'hui, c'est que je vois la fin du tunnel, je ne sais pas. J'ai aussi beaucoup appris sur comment gérer mon temps et ma fatigue, et j'ai décidé d'implémenter un certain nombre de techniques pour contourner le problème. Peut-être tout simplement que la dépression me lâche enfin un peu la couenne, et que du coup, j'arrive malgré tout à trouver les ressources pour avancer. Peut-être que le fait d'être heureux, cela fait la différence. Je me rends compte que c'est une question idiote en l'écrivant, je vous rassure.

Peut-importe, l'important c'est le résultat. Et le résultat c'est que:
J'ai décidé de recommencer à écrire sur ce blog. J'aimerai arriver à écrire un post par semaine. Rendez-vous tous les lundis?

J'ai décidé de renouer les contacts que j'ai laissé en plan, en espérant que vous me pardonniez de mon silence.

J'ai décidé de démarrer un nouveau blog parlant uniquement de qualité de vie, de vie spirituelle, et de chamanisme. Pourquoi un nouveau blog? Et bien j'aimerai que le thème soit clairement identifiable, très centré, contrairement à ces carnets qui sont un gros gloubiboulga de tout ce qui m'intéresse. Je voudrais le distancier du sujet de la leucémie.

J'ai décidé de finir mon livre en 2017.

Voilà en gros pour les projets liés de près ou de loin à ce blog.

A bientôt!

mercredi 9 mars 2016

Cinq ans!

Et voilà, c'est l'anniversaire des 5 ans du diagnostic.

Vous savez quoi? J'avais oublié.

C'est un SMS de ma mère qui me l'a rappelé. Je trouve que c'est un signe très encourageant. La maladie n'est plus ce à quoi je pense en me levant, je suis passé à autre chose.

Beaucoup de gens m'ont demandé des nouvelles. Cela fait quoi, 8 mois que je n'ai rien écrit ici? Il y a plusieurs raisons. Je pense que déjà j'avais besoin d'un break. Même si je ne suis pas obligé de parler de leucémie, ce blog m'y ramène tout de même constamment. J'avais besoin de me sortir de cet univers, de me concentrer sur autre chose. Pour la même raison, j'ai perdu le contact avec pas mal de malades avec qui je correspondais. Ce n'est pas par manque d'intérêt, au contraire. C'était plutôt une démarche inconsciente, un peu égoïste. J'ai remis à plus tard de répondre à certains mails. Les jours se sont transformés en semaines, en mois, en années pour certains. Je m'en excuse, mais j'en avais besoin, je crois.

D'autant que la maladie rythme toujours mon quotidien, au final. Je souffre toujours de douleurs chroniques, qui même si elles sont relativement bien gérées au jour le jour, m'interdisent un certain nombre d'activités qui faisaient partie de ma vie d'avant. L'autre problème, c'est la fatigue. Pour une raison que j'ignore et que j'aimerais bien élucider, je suis toujours constamment crevé. Cela s'améliore lentement, mais les progrès se mesurent en mois, voir en trimestres. Je dors mes 12h par jour, sans lesquelles je ne suis bon à rien. Si je ne dors pas ce nombre d'heure, je suis une loque toute la journée, et je suis obligé de faire une grosse sieste (qui ramène mon compteur à 12h).

Un médecin imbécile m'a dit "Vous savez, moi je me lève à 6h du matin tous les jours, alors bon ne vous plaignez pas trop de trop dormir". Manifestement, il n'a pas beaucoup réfléchi à ce que cela implique. Mes journées commencent véritablement vers 13h, et vers 22h je commence à tomber. Vous imaginez la vie? Le temps que cela me laisse pour faire des choses? La vie que cela impose à ma famille? Le week-end, Julie et Virginie sont levées à 8h, et m'attendent pendant 4h. On ne peut faire des choses que l'après-midi entre 14 et 18h... Ce n'est pas fun tous les jours.

C'est l'autre raison qui fait que je n'ai pratiquement rien écrit ici l'année dernière. Je bosse, 12h par semaine, ce n'est pas grand chose, mais cela m'occupe quand même 3 jours par semaine (rappelez-vous mes journées sont essentiellement des après-midi). Le temps qu'il me reste, je le consacre à mon bouquin, sur lequel je continue à travailler sans relâche. J'ai récemment écrit les 2 derniers chapitres, et il me reste 3 chapitres (sur 22 écrits) à caser au milieu du livre, sur lesquels je travaille actuellement. Bref, cela avance, mais cela pompe toute mon "énergie créative".

Aujourd'hui, je vais plutôt bien. Julie et moi sommes à la maison, cassés par un virus de passage, mais à part cela, tout va bien. Nous avons emménagé ensemble, et je ne pourrais pas être plus heureux sur le plan personnel et affectif. Ceci étant dit, une ado, c'est pareil, cela prend du temps, mais c'est une expérience incroyable pour moi à pleins de niveaux.

Je réalise en écrivant que j'ai à nouveau envie d'écrire ici. Cette année passée avec ses épreuves (divorce, deuils familiaux), ses grands bonheurs (ma petite famille) et ses regrets (j'ai un peu disparu de la circulation et perdu le contact avec des amis proches, une erreur qui me mine et que je dois réparer), m'a fait avancer. J'ai de nouveau des trucs à raconter, des réflexions à partager, qui ne concernent pas que la maladie, et ça, c'est vraiment cool.

Je vous laisse un peu en plan, je n'ai pas construit ce post et je ne sais pas s'il a vraiment du sens. Je voulais juste donner signe de vie, montrer aux malades qui me lisent que l'espoir est là, que tout passe, au travers de ce cinquième anniversaire que j'ai oublié. Je pense que vous pouvez vous attendre à me relire bientôt, avec une nouvelle fournée d'inspiration. Et j'en profite pour au passage vous souhaiter à tous une très bonne année en retard (j'ai même dérogé à cette habitude cette année!), beaucoup de courage et d'amour à tous.

A bientôt.

samedi 17 octobre 2015

La loi des plaines, dernier chapitre: Le vent souffle sur les plaines

Je vous avais dit que je publierai le dernier chapitre immédiatement après le 15, mais il se trouve que je suis malade depuis une semaine et ces deux derniers jours, j'ai été cloué au lit par une sale rhino-pharyngite ou un truc du genre. Rien de grave, mais bon, comme d'habitude, ça dure un peu plus longtemps que pour d'autres gens. Bref, ce soir cela va un peu mieux alors j'en profite pour publier la fin de l'histoire. Maintenant qu'elle est terminée, je ne peux que vous conseiller de la relire en entier car je ne l'ai pas écrite pour qu'elle soit publiée en épisodes, le rythme est plus adapté à une lecture continue. Je serais ravi que vous me fassiez vos retours, bons comme mauvais du moment qu'ils sont argumentés. Ces posts n'ont généré que peu de commentaires, je ne sais pas si c'est parce que ce genre d'histoire n'est pas la tasse de thé de mon lectorat habituel, si c'est parce que vous attendiez la fin, ou si parce que c'est simplement très moyen. J'ai vraiment besoin d'un retour, c'est le seul moyen que j'avance. Voilà, j'espère du fond du coeur que cela vous aura plus et vous avoir un peu faire voyager dans mon monde. Une dernière note, ce que vous avez lu a été écrit en anglais à la base et je l'ai traduit pour vous, et le résultat n'est pas exactement comme le texte original. J'ai fais ce que j'ai pu.
Tabbananica et Bowahquasuh durent vraiment se démener pour arriver à perdre les Chats-Rasoir. Ils avaient distancé les plus jeunes facilement, mais les plus âgés étaient presque aussi rapides que les chevaux des jeunes braves. En fin de compte, ce fut juste un concours d'endurance. Les chevaux pouvaient maintenir un rythme soutenu plus longtemps, alors après quelques heures d'une course mortelle, les prédateurs finirent par abandonner. Sagement, les chasseurs continuèrent à avancer pendant un moment avant de s'arrêter et de changer de monture. Il était temps de revenir à la tribu et Tabbananica, en utilisant son Don, commença à rechercher des signes du convoi.
Il aperçut finalement un nuage de poussière pouvant indiquer la présence de chevaux, fit le point avec sa vision surnaturelle... Et blanchit instantanément. Il jeta un autre regard, incapable de comprendre ce qu'il voyait, puis un autre. Les couleurs se vidèrent de son visage. Enfin, il réalisa qu'il ne rêvait pas, ce qu'il voyait était bien réel. Il cria de désespoir, un long cri qui effraya les chevaux et lui blessa la gorge et les oreilles, un cri aussi hideux que le spectacle devant lui. Il griffa son visage de ses ongles, il voulait arracher son œil, il aurait tout fait pour arrêter la vision cauchemardesque mais il ne pouvait pas détourner le regard. C'était sa tribu, son peuple, sa famille...
"Que se passe-t-il?" demanda Bowahquasuh. Elle avait posé la question, mais elle connaissait déjà la réponse. Rien d'autre n'aurait pu horrifier son ami ainsi, rien que...
"Des morlocks. Ils sont tous morts".
En silence, ils attendirent que la horde quitte la scène de son crime atroce. Ils ne parlaient pas, il n'y avait rien à dire. Puis, finalement, la horde disparu. C'était étrange, pendant un long moment, elle était là et juste comme ça, elle s'évanouit. Tabbananica supposa qu'il s'était assoupi, ce qui pouvait très bien être le cas étant donné la journée infernale qu'ils venaient de vivre.
Toujours muets, ils chevauchèrent jusqu'à l'emplacement du massacre. La plaine était silencieuse comme une tombe. Juste le bruit sourd des sabots de leurs chevaux sur l'herbe moelleuse et le doux bruit du vent. Le vent. Il soufflait tranquillement, le vent était toujours là et ne se souciait pas de la vie des morlocks et des hommes. Il soufflait comme il l'avait toujours fait. C'était irréel, la vie de la plaine continuait, mais tout autour de l'ancien campement, tout ce qu'ils pouvaient voir, c'était la mort. Les deux survivants pleurèrent en voyant les corps de leurs amis horriblement mutilés, mais ce n'était pas le pire. Certaines personnes revenaient d'entre les morts et se transformaient en morlocks, c'était donc une tâche vitale pour assurer la paix éternelle à leurs proches que de les poignarder à la base du crâne, détruisant ainsi le cerveau.
Il avancèrent, absorbés par leur ignoble tâche, corps après corps, cadavre après cadavre, poignardant les membres de la tribu un par un à la base du crâne. Femmes, enfants, vieillards, braves dans la force de l'âge… Personne n'avait pu s'échapper. Ils trouvèrent Yahneequena et Wakaree, enlacés dans la mort à coté du cadavre d'un gigantesque kʉtsʉtoya. Tabbananica frémit de fierté en voyant la lance dépasser de la bête. Ces deux-là avaient bravement combattu.  Tous les chasseurs étaient mort bravement, d'ailleurs. Tous avaient leur arme plongée dans le corps sans vie d'un morlock. Pourtant, cela ne diminuait pas la douleur. Bowahquasuh tomba à genoux quand elle vit les restes de son père. Elle n'arriva même pas à pleurer, elle était au-delà des pleurs. Elle s'agenouilla là, le regardant  comme si elle pouvait le ramener en le fixant assez fort. Tabbananica se leva et la détourna pour ensuite recouvrir le visage défiguré du père de son amie.
Ce jour-là, ils durent plonger leurs couteaux dans leurs amis, leurs parents, leurs proches, dans les chevaux même. Lorsqu'ils eurent enfin fini, ils étaient fous de douleur et brûlant de haine et de soif de vengeance. Enfin, ils se tournèrent vers le cadavre de Kanaretah. Elle était couverte de la carcasse de Neraquassi. Le pauvre cheval avait été à demi dévoré mais la chef de guerre avait étonnamment été épargnée par ce destin funeste. Elle gisait, exsangue, vidée de son sang par plusieurs blessures béantes, mais son corps n'avait pas été profané par les monstres cannibales. Peut-être que les Morlocks en avaient finalement eu assez et étaient passé à autre chose.
Bowahquasuh lutât pour soulever l'encolure de Neraquassi afin de dégager le corps de sa chef. Elle haletait d'épuisement, le cheval pesait une tonne et elle n'arrivait pas à le faire bouger. Elle cria de frustration, elle était au bord de la folie. Après l'horreur de la journée, le fait même d'assurer  le repos de sa bien-aimée Kanaretah lui était refusé. Elle était sur le point de s'effondrer sous le poids de son désespoir quand un mouvement la fit sursauter. Elle tomba presque sur les fesses alors que quelque chose se mit à bouger sous le corps de Kanaretah.
"Quanah!" cria-t-elle. "Tabbananica, le jeune Quanah est vivant !!".
Le chasseur se précipita à ses côtés pour l'aider. Quelques instants plus tard, Bowahquasuh pleurait de joie en serrant le jeune enfant évanoui contre sa poitrine.
C'était un miracle.


mercredi 14 octobre 2015

La loi des plaines chapitre 15: Kanaretah

Voici l'avant dernier chapitre de ma nouvelle. J'espère que cela vous plaira, et je vous donne rendez-vous demain pour l'ultime chapitre de cette histoire.

Kanaretah aboya ordre sur ordre, faisant de son mieux pour que la tribu se disperse. Elle criait tellement que sa gorge lui faisait mal, sa voix devint rauque et finalement se brisa. Tout en hurlant, elle attrapa un jeune Nʉmʉ, presque un enfant. Elle se souvint qu'il s'appelait Quanah. Alors qu'elle haranguait les traînards, elle le fit monter en selle et le tint serré contre elle puis lança Neraquassi au galop.

C'était inutile.

Elle regarda avec incrédulité les morlocks se ruant à quatre pattes sur les chevaux avec une férocité et une voracité incroyable. Certains d'entre eux se mirent à courir après elle, d'autres essayaient de rattraper les humains qui étaient le plus loin de la horde, ceux qui étaient à l'avant du convoi. Elle pleura en voyant les siens, ces mêmes personnes dont elle aurait juré il y a quelques moments qu'ils avaient une chance de s'en sortir vivants, ces gens qu'elle connaissait tous par leur nom et qu'elle était censée protéger, être acculé par les monstres enragés.

Elle ne comprenait pas pourquoi les chevaux n'arrivaient pas à distancer ces maudits démons. Cela n'avait plus d'importance. Elle saisit son arc et tua quelques morlocks avec des flèches bien placés, mais une bête bondit sur Neraquassi et lui déchira la gorge. Elle sentit la douleur de son ami dans son esprit, il lui sembla qu'elle sentait sa douleur plus que la sienne propre alors qu'elle heurtait le sol. Instinctivement, elle avait tenu le garçon serré contre elle et avait roulé sur le dos de façon à amortir leur chute et le protéger, mais à cause de cela sa tête heurta une pierre. La commotion ne la tua pourtant pas. Même la grâce d'une mort rapide lui fut refusée. Neraquassi lui tomba dessus, lui cassant la jambe, puis les morlocks se jetèrent sur leurs trois corps et leurs plantèrent des crocs ignobles dans le corps. Il y avait tellement de monstres se battant pour un morceau de ses os brisés qu'elle ne sut même pas qui ou quoi la tua, mais elle aurait été fière de savoir que dans ses derniers instants, elle ne laissa jamais échapper le moindre cri de douleur et qu'elle réussit même à dégainer son couteau et à éventrer l'un des monstres.

Le combat n'en était pas un, pas vraiment. Beaucoup de morlocks trépassèrent, c'est vrai, et les Nʉmʉ auraient été fiers de savoir combien de temps ils avaient réussi à survivre, mais, ainsi que Yahneequena l'avait réalisé, ils n'avaient jamais eu la moindre chance. En quelques minutes, ils étaient tous morts et les seuls sons qui restaient étaient celui de la lente brise et du bruissement de l'herbe... Et celui des morlocks se régalant de leurs corps encore chauds.

mardi 13 octobre 2015

La loi des plaines, chapitre 14: La dernière charge des Nʉmʉ

Voici l'avant-avant dernier chapitre de "La loi des plaines". Merci à Anne pour ses encouragements, promis quand je publierai les deux derniers chapitres, je n'attendrais pas des semaines pour le faire :). Merci à Antoine aussi de m'avoir envoyé son trailer, même si j'aurais aimé au passage avoir tes impressions (puisque j'imagine que c'est le but de ton envoi :) ). 

Kanaretah maudit le vieux chaman d'avoir osé prendre une décision à sa place mais elle savait qu'il avait eu raison en l’empêchant de combattre. Elle pouvait sauver plus de vies en faisant ce qu'elle faisait de mieux: diriger et mener son peuple au travers de la tourmente. Elle était le Chef de Guerre.

"Dispersez-vous!" cria-t-elle. "Les chasseurs et les adolescents, dispersez vous au hasard! Prenez deux chevaux chacun si vous le pouvez, partez par paire! Un chasseur, un jeune! Prenez la personne la plus proche de vous! Ne pensez pas! Bougez, bougez, bougez!"

La tribu avait été paralysée par la vue de la horde sortant du brouillard. Heureusement, les Nʉmʉ furent galvanisé par la présence et la détermination de leur chef. Les chasseurs se bousculèrent et attrapèrent les enfants les plus proches. Ils avaient collectivement un but et une forme d'ordre commença à émerger du chaos. Kanaretah affermit sa détermination. La loi des plaines était très claire quand à ce qu'elle devait faire ensuite, mais elle abhorrait cette idée.
"Laissez les nourrissons derrière si vous ne pouvez pas les porter! Si vous n'êtes pas un chasseur, vous prenez les armes et vous emmenez ces salauds en enfer! Rien d'autre!" cria-t-elle à nouveau.
Elle ne le savait pas, mais alors qu'elle disait cela, des larmes coulaient sur ses joues.

Boyahwahtoyehe apparu à ses côtés.
«Tu as bien fait, mon amie," dit-il. «Nous sommes tous morts de toute façon, autant essayer de sauver les quelques-uns qui ont une chance de survivre à l'hiver."
"Peut-être qu'ils pourraient atteindre Gond," dit-elle la voix tremblante. "La ville leur donnerait asile pour l'hiver comme leur Dette envers nous le demande. Ou ils les enverraient au Rocher par Train Eolien, ou à un endroit où il y a suffisamment de nourriture… Ils seraient..."
L'ancien Chef de Paix leva la main.
"Stop. Nos lois nous ont permit de survivre aux pʉetʉyai contre toute attente pendant près de six siècles. Ne les met pas en doute maintenant. Allez. Il est temps pour moi de mourir dignement et pour toi d'essayer de vivre."

Kanaretah savait qu'il avait raison, mais elle détestait cela, elle détestait la Loi et son Devoir. Non, elle détestait les Morlocks, ces bêtes misérables qui avaient transformé les plaines en une zone de guerre infernale où les parents devaient abandonner leurs enfants et se précipiter vers une mort certaine. Boyahwahtoyehe leva sa lance au-dessus de sa tête en hurlant. Derrière lui, de nombreuses voix lui firent écho. Les anciens de la tribu s'étaient rassemblé autour de leur chef, prêts à se battre.
«Allez, mon vieil ami. Rendons le Grand Esprit fier," dit Kanaretah.
La horde se rapprochait. Ils entendirent la montée des vents, le grondement du morlock sombre et les vents mourir. Le temps était compté. Kanaretah lança un dernier sourire à son ami et demanda à Neraquassi de se diriger vers les traînards. Elle ne se retourna pas.

Les anciens de la tribu chargèrent comme un seul homme. Leur cri de guerre était si puissant que, pendant quelques secondes, il couvrit le bruit de milliers de Morlocks piétinant le sol. Chacun d'entre eux tua un morlock avec sa première frappe. Mais ce n'était seulement que quoi, peut-être vingt ennemis morts sur plus d'un millier? Ce n'était pas suffisant... Et puis la horde passa à l'attaque.

Les morlocks étaient tous différents. Selon les légendes, c'étaient en fait des humains corrompus par Tanasi-pʉetʉyai, le roi fantôme. Pour la plupart, ils avaient gardé une forme humanoïde, mais leur taille variait considérablement. Certains faisaient trois, voire quatre mètres de haut. Certains étaient des créatures chétives de moins d'un mètre. Certains étaient forts, certains étaient rapide, certains tout cela à la fois. Certains avaient des griffes qui pouvaient déchirer les armures, d'autres des cornes qui pouvaient percer l'acier. Les plus dangereux avaient une fourrure qui se transformait en lames comme les Chats-Rasoirs, d'autres en armure comme les morduans. Il n'y avait pas de règles, sauf une. Ils étaient tous très difficiles à tuer. Les morlocks pouvaient survivre à la plupart des blessures comme si elles n'étaient que des égratignures et même les guérir en quelques minutes. La seule façon de les tuer à coup sûr était de leur porter une frappe mortelle, détruisant soit leur cerveau, soit leur cœur, ou bien d'infliger assez de dégâts pour qu'ils meurent avant d'avoir eu le temps de commencer à guérir. Mais parfois, ils avaient plus d'un cœur ou plus d'un cerveau ou n'avait pas besoin de l'un ou l'autre ni même de sang pour survivre. Chaque morlock était un problème différent et vicieux, un problème mortel.

Vingt guerriers Nʉmʉ, même des vétérans tels que ceux qui avait chargé la horde, n'avaient absolument aucune chance. Vingt morlocks auraient suffit pour les anéantir, après un long combat, peut-être. Devant un millier, ils ne pouvaient qu'espérer les ralentir et cet espoir était mince au mieux. Alors, ils n'essayèrent même pas de tuer les monstres après leur charge initiale. Ils cherchèrent juste à les neutraliser suffisamment longtemps en blessant leurs jambes ou en les aveuglant en les frappant aux yeux. Leur seul espoir était que les morlocks blessés se retournaient parfois les uns contre les autres mais même cela ne les retarderait pas assez longtemps. Même si par chance une bagarre éclatait entre une centaine de morlocks, la horde continuerait tout de même à aller de l'avant.

Boyahwahtoyehe avait planté sa lance en plein milieu du visage d'une bête à l'apparence particulièrement repoussante, recouverte de plaques chitineuses sur tout le corps. Il cracha.
"T'aurais dû porter un casque!" dit-il avec défi.
Il récupéra sa lance en s'aidant de l'élan de son cheval et décrit un arc. A moitié à dessein, à moitié par pur hasard, parce que les morlocks étaient entassés les uns contre les autres, il effleura la tête de plusieurs d'entre eux, coupant quelques yeux et quelques nez, faisant assez de dégâts pour les faire tomber dans une frénésie meurtrière et les monter les uns contre les autres. L'un des monstres avait du sang qui lui dégoulinait dans les yeux et fut momentanément aveuglé. Quand un autre s'écrasa contre lui, il percuta le coupable. Il avait des crêtes osseuses barbelées sur la poitrine et attrapa son adversaire, le serrant dans une étreinte d'ours, l'écrasant. Quand la misérable créature devint flasque, le morlock barbelé lui mordit le cou et l'ouvrit. Rendus fous par l'odeur du sang, les autres morlocks autour d'eux leurs sautèrent dessus. Bientôt, la masse indistincte de créatures en train de se battre fût piétinée par la horde qui continuait à avancer.

Le cœur de Boyahwahtoyehe se serra. C'était sans espoir. Rien ne ralentirait assez les morlocks pour que la tribu s'en sorte. Des aboiements furieux autour de lui. Les molosses du clan, d'énormes chiens de chasse qui étaient soit semi-sauvages soit Doués un peu de la même manière que les chevaux, se lancèrent dans la masse d'assaillants. Ils tuèrent quelques monstres et combattirent bravement. Même dans leur esprit simple de chiens, ils étaient conscients qu'ils allaient mourir, mais ils se battaient tout de même pour protéger la tribu. Ils faisaient partie de celle-ci autant que n'importe quel humain ou cheval.
Ces chiens énormes et musculeux étaient féroces. Ils étaient utilisés pour chasser les bêtes les plus dangereuses des plaines. Ils étaient redoutables et courageux et plus qu'à la hauteur de la plupart des morlocks... Mais la bravoure ne gagnait pas un combat, surtout pas avec un tel déséquilibre de forces. Un par un, ils moururent, chacun d'entre eux emmenant un ennemi dans la mort avec lui. Pourtant, ce n'était pas assez.

Boyahwahtoyehe perdit sa lance. Elle avait été arrachée de ses mains lorsqu'il l'avait coincé dans la cage thoracique d'un morlock. Il attrapa deux flèches de son carquois et les planta dans le visage d'une petite teigne difforme qui lui tenait le pied avec des bras plus long que ses jambes, essayant de le jeter à bas de son cheval. Un autre petit morlock sauta sur la croupe de sa monture, saisit sa veste de cuir et réussit finalement à le jeter à terre. Il atterrit lourdement sur le dos, momentanément abasourdi. Il eu juste le temps d'atteindre son couteau quand une chose avec une mâchoire aussi épaisse que sa tête sauta sur lui. Elle ouvrit une gueule incroyablement large, révélant trois rangées de dents. Boyahwahtoyehe n'était pas le père de Bowahquasuh pour rien. D'une main il saisit la mâchoire inférieure de la bête et la tira vers lui. La surface de la peau du vieil homme brillait, elle était aussi dure que l'acier et les dents ne parvinrent pas à la percer. La bête essaya de se libérer mais Boyahwahtoyehe la tenait fermement et lui plongea son couteau dans le palais, puis dans le cerveau. Le cadavre tomba sur lui, complètement flasque.
"Ha!" cria Boyahwahtoyehe frénétiquement. "Pas de dîner pour toi ce soir!"
Il ne sut jamais ce qui le tua. Un énorme morlock de plus de trois mètres de haut lui marcha sur la tête, la pulvérisant sous ses étranges sabots. Même la Peau d'Acier ne pouvait vous protéger de six cents kilos  vous tombant sur le visage.

Un par un, les anciens Nʉmʉ moururent. Ils se battirent avec courage et acharnement et leurs chevaux ainsi que leurs chiens étaient tout aussi courageux, mais ils moururent malgré tout. En dépit de leur situation désastreuse, ils tuèrent un nombre incroyable de morlocks, près d'une centaine lorsque le dernier Nʉmʉ tomba. Si un barde avait été là; il aurait écrit des chansons sur cette résistance désespérée, mais il n'y avait personne. Ils étaient seuls, un petit groupe d'humains perdu dans l'immensité des plaines de Cassira.

Implacablement, la horde avança.

mercredi 30 septembre 2015

La loi des plaines, chapitre 13: Le destin de Yahnee

Tabbaquena vit Wakaree et Yanhee se précipiter sur le kʉtsʉtoya. Il savait qu'ils allaient mourir, mais son cœur était heureux que le jeune brave le fasse avec honneur et non pétrifié comme un couard de citadin. Il descendit de cheval. Sa propre monture n'était pas aussi Douée que Wakaree, il ne réaliserait pas vraiment que  son cavalier était mort, alors le chaman gifla sa croupe et le renvoya vers le reste du troupeau. Il serait peut-être en mesure de se sauver.

La horde se refermait sur les humains. Ils couraient vite, beaucoup trop vite. La tribu ne serait jamais capable de s'échapper. Il devait gagner du temps. Il se tourna vers ses esprits pour leurs demander de l'aider dans ce dernier combat. Il sortit son tambour et commença à jouer un rythme dur, un rythme violent et agressif, le rythme le plus fort qu'il avait en lui. En se perdant dans les vibrations du tambour, il sentit ses esprits venir à lui et lui prêter leurs pouvoirs. Il commença à sentir que tout était possible et en quelque sorte c'était vrai. Il était un Ami du vent, comme Towasi, mais beaucoup plus puissant. Alors il rassembla toute la puissance qu'il avait en lui, toute la puissance des esprits qui marchaient avec lui, et dans un déploiement de volonté titanesque, il manifesta la vision qu'il avait en lui, une tornade colossale qui balayerait les Morlocks de côté.

Les vents commencèrent à augmenter, à hurler et à crier leur colère devant la présence blasphématoire des Morlocks. Les monstres furent balayés, certains chutèrent et entrèrent en collision les uns avec les autres. Pendant un instant, la ligne de créatures se précipitant vers les fuyards fut perturbée et des combats éclatèrent dans leurs rangs alors que les vents jetaient les plus léger contre les plus grands. Tabbaquena vit les perturbations qu'il avait causé et il en fût heureux. Peut-être qu'il réussirait à les ralentir suffisamment après tout. Malheureusement, il ne le saurait jamais. Tout d'un coup une fatigue harassante l'accabla et il tomba à genoux. La magie était très exigeante, ce qui en faisait une chose très dangereuse. Il y avait toujours un prix à payer pour façonner la réalité et plus l'exploit était grand, plus le prix l'était aussi.

La création d'une tornade était un très grand exploit.

Tabbaquena sentit des perles de sang goutter de son nez et de ses yeux. Sa vision devint floue, les sons étouffés. Il n'entendait que son cœur, son cœur battant comme un tambour contre ses oreilles. Il ne vit que vaguement ses compagnons se précipiter à la rencontre du gigantesque animal leur faisant face.

Yahneequena et Wakaree s'écrasèrent contre le kʉtsʉtoya avec toute la force qu'ils pouvaient rassembler. Ils avaient des années d'expérience de la chasse et au dernier moment, Wakaree sauta sur le côté, permettant à son cavalier de transpercer la bête avec sa courte lance. Yahneequena savait qu'il n'avait droit qu'à un seul essai. En temps normal les chasseurs portaient à leurs proies de multiples coups mais il était seul. Alors il saisit son unique chance de faire tomber le monstre: il enfonça sa lance dans l'œil le plus proche de lui. C'était une petite cible, mais il la frappa miraculeusement de tout son poids et celui de son cheval combinés. Une frappe aussi puissante aurait pu embrocher un homme et traverser l'os et c'est ce qu'elle fit. La lame en forme de longue feuille creva l'œil de l'animal comme s'il n'était pas là, détruisit son orbite puis se logea finalement dans son cerveau.

Yahneequena aurait crié sa victoire mais la force de l'impact était trop grande. Il percuta le manche de sa lance, se cassa quelques côtes et fut jeté à terre. Il essaya d'amortir sa chute avec un bras, mais il tombait beaucoup trop durement. L'os se brisa et il s'écrasa au sol. Étourdi et à peine vivant, le corps traversé par une douleur atroce, il réussit cependant à lever son visage de terre et à regarder son ennemi.

L'animal avait été tué sur place, ses jambes avaient cédé sous lui et il était tombé lourdement. Son cavalier n'avait toutefois pas été jeté au sol. Le cœur de Yahnee se serra. Il avait espéré  le blesser, au moins, mais la seule chose qu'il avait réussi à faire, c'était d'encore plus l'enrager. La horde se referma sur eux. Le chef des morlock se laissa glisser à bas de sa monture, presque gracieusement. Il commença à marcher vers Yahnee, une rage brûlante faisant briller les étranges anneaux d'or qui lui encerclaient les yeux. Il était presque sur le jeune guerrier quand une puissante rafale le projeta à genoux, juste à côté de Yahnee. Le jeune Nʉmʉ rit et cracha du sang au visage de son ennemi.
«Notre chaman est plus fort que toi, démon!" dit-il d'une voix rauque.
Le morlock se releva, debout envers et contre les vents violents. Il se tourna vers Tabbaquena et balaya l'espace devant lui du bras en grognant.
"Non."
À l'horreur de Yahnee, les vents s'apaisèrent. Il toussa plus de sang et cria "Qu'est-ce que tu es, monstre?"
Il n'avait jamais entendu de morlock dire un seul mot auparavant. Ils étaient censés être à peine plus intelligent qu'un cheval! Enfin, il commença à réaliser.
"Nous n'avons jamais eu aucune chance, hein?"
"Non." dit une fois de plus le morlock sans lèvres de son étrange voix gutturale.
Il commença à nouveau à marcher vers Yahnee. Autour d'eux, la horde avançait toujours, mais elle évitait son leader et glissait autour de lui comme l'eau qui coule autour d'un rocher. L'étrange morlock saisit  une épée d'obsidienne noire ("les morlocks n'ont jamais leur propre épée" pensa Yahnee frénétiquement) et la souleva, pointe vers le bas, s'apprêtant à la plonger dans le corps du garçon.

Un hennissement assourdissant le força à reculer de quelques pas. Wakaree avait fait volte-face et était revenu protéger son frère. Il se cabra et essaya de frapper le comparativement petit morlock de ses sabots. Mais leur ennemi était trop rapide, beaucoup trop rapide. Il recula, juste assez pour éviter la frappe mortelle et avant que les pattes de Wakaree n'aient le temps de toucher le sol, la sombre créature courut vers l'alezan, sauta et lui décrocha un coup de poing d'une violence inouie sur la tempe. Wakaree tomba comme une pierre, les jambes secouées de spasmes d'agonie.
"Non!" cria Yahnee. "Non, Wakaree, non!"
Il ne pleura pas son ami longtemps. Le morlock plongea son épée dans le cœur du jeune brave, puis la retira.
Yahneequena s'écroula. Dans ses derniers instants, alors que la vie s'écoulait de sa poitrine, il  essaya de se retourner, afin d'atteindre et de presque toucher la crinière de son frère.
«Frère Wakaree, je t'aime," eu-t-il la force de dire à son ami.
«Frère Yahnee. Heureux," répondit faiblement le cheval.
Puis, ils s'éteignirent tous les deux.

Tabbaquena le chaman vit l'étonnante frappe délivrée par Yahnee sur la monture du morlock. Ce fut sa dernière vision. Son esprit avait mis toute son énergie dans son dernier acte magique et il n'en avait pas assez pour continuer à vivre, alors il mourut, comme une bougie soufflée par le vent. Il mourut fier de son frère de clan et il ne le savait pas, mais lui et Yahnee moururent comme des guerriers, leurs dos loin de l'ennemi. Il était à genoux, mais il était tenait toujours sa lance et la pointait vers les morlocks, comme il se doit.

lundi 21 septembre 2015

La loi des plaines chapitre 12: La loi des plaines

Ceci est le chapitre 12 de "la loi des plaines". Vous retrouverez le chapitre précédent ici. L'histoire se termine, il reste 4 chapitres très intenses... J'espère que cela vous plaira! N'hésitez pas à me laisser vos impressions :).

Contrairement à ce que les habitants des citées assiégées de Yaghan pouvaient croire, les Nʉmʉ entraient rarement en contact avec les morlocks. Leur mobilité et l'immensité des plaines leur permettait généralement de se tenir loin des ennuis. Ils se trouvaient confrontés à ces monstres que lorsqu'ils appliquaient les tactiques de guérilla qui faisait la réputation de leurs ancêtres afin de détruire des petites meutes de morlocks; et ce avec des pertes minimales.

Mais quand les morlocks tombaient sur un campement pour une raison quelconque, généralement parce que les scouts avaient commis une erreur, la catastrophe était presque certaine. Les seuls guerriers qui pouvaient combattre les morlocks et vaincre même ceux-ci étaient en surnombre étaient les légendaires Ancillas de l'École de Guerre de Gond, des soldats formés depuis l'enfance au combat et à l'utilisation de Dons magiques qui éclipsaient ceux des hommes ordinaires. Les Nʉmʉ étaient probablement les meilleurs guerriers de Yaghan, ne cédant la première place qu'à ces combattants légendaires, mais même eux n'avaient aucune chance lorsqu'ils étaient submergés par une horde de morlocks supérieure en nombre. Dans cette situation critique, la chose la plus importante était de s'assurer que la tribu survive et puisse transmette son héritage à la génération suivante. Ce but primait sur tout le reste, même si cela signifiait souvent que beaucoup de personnes aient à se sacrifier pour permettre à quelques-uns de vivre. Une tribu avait besoin de ses meilleurs chasseurs pour survivre à l'hiver, alors quand la tragédie était presque certaine, ils avaient pour consigne de s'enfuir. Tourner le dos à leurs ennemis jurés rendait chaque Nʉmʉ malade de honte, de colère et par dessus tout de chagrin, mais leur devoir était plus important que quoi que ce soit d'autre.

Kanaretah le savait, elle savait qu'elle était importante et qu'elle devait trouver un moyen de sauver les atouts qu'étaient Tabbaquena, Yahneequena et sa personne même... Mais elle ne voyait pas comment s'en sortir, pas avec les monstres presque sur eux. Je dois faire de mon mieux pour sauver les miens, se rappela-t-elle encore et encore, comme pour s'en convaincre.
"Towasi!" cria-t-elle. "Towasi, partez, dis leur de fuir, que les chasseurs prennent les enfants avec eux et fuyez! Nous allons les ralentir!"

Towasi n'était pas une lâche. Malgré son jeune âge, elle avait combattu les morlocks de nombreuses fois. Mais cette créature malfaisante perchée sur un kʉtsʉtoya dressé était une chose plus horrible que tout ce qu'elle avait pu voir auparavant. Dans un moment de clarté, elle réalisa que même si elle s'enfuyait, ses chances d'en réchapper étaient très minces. Alors, elle ordonna à son cheval de faire volte-face et galopa vers la caravane. Elle pleurait en chevauchant car elle savait que ses amis étaient morts.

Kanaretah se sentit légèrement soulagée. La jeune fille s'en sortirait, peut-être. Une petite victoire, c'était mieux que rien lorsque vous faisiez face à l'extermination.
"Tabbaquena!" cria-t-elle. "Toi aussi!"
«Nous sommes condamnés et tu le sais!" dit le vieux chaman sèchement. "Je peux gagner du temps, ils auront besoin de toi s'ils survivent!"
Il avait raison. C'était la loi des plaines, elle devait rester en vie et s'assurer que la tribu lui survive. Mais elle ne pouvait pas s'y résoudre. Elle ne pouvait pas quitter Yahnee, sanglotant à ses côtés, ou son vieil ami le chaman.
"Tu perds du temps!" cria Tabbaquena.
Il gifla la croupe de Neraquassi et lui ordonna de fuir avec toute la force de son esprit. Le cheval était moins têtu que sa cavalière et bondit dans la direction du reste de la bande.
"Yahnee, lève-toi." dit fermement le  chaman, tournant son attention vers le garçon en sanglots.
Le jeune brave arrêta de se griffer le visage et le regarda, saisit par la présence implacable du vieil homme.
"Tu est un Nʉmʉ, un Seigneur des Plaines. Comporte toi comme tel et meurs comme il se doit! Arrête de te chier dessus et lève toi!" dit le chaman.
Etre traité de lâche était la pire des insultes pour un guerrier et le meilleur moyen de le faire sortir de ses gonds. Yahnee ne faisait pas exception. La colère grandit en lui et balaya sa peur de côté.
Il hurla de rage et de frustration, vomit, et, tremblant, enfourcha Wakaree d'un bond. La loi des plaines voulait qu'il s'enfuit, mais il n'en avait pas l'intention. Il était responsable de ce qui se passait, il devait expier sa faute.

«Je suis désolé mon ami, mon frère," dit-il doucement à son cheval. "Ce soir, nous serons réunis auprès du Grand Esprit."
Wakaree ne comprenait pas vraiment le concept; une seule chose était claire pour lui : il serait allé n'importe où avec son frère, même si cela signifiait galoper vers ces bêtes immondes sentant la mort et la corruption.
"Wakaree et frère Yahnee chassent. Ensemble. Heureux" dit le cheval.
"Oui, ensemble» murmura Yahnee avec un sourire triste.

La tête haute, ensemble, ils ont se dirigèrent vers la horde, vers une mort digne.

samedi 19 septembre 2015

La loi des plaines, chapitre 11: Yahnee retrouvé

Comme d'habitude, je vais commencer par une baffouille d'excuses: j'ai arrêté de mettre à jour la nouvelle par flemme. Comme je n'avais aucun retour, j'avais un peu l'impression que tout le monde s'en moquait, donc j'ai perdu la motivation. Et puis une personne m'a laissé un commentaire me demandant la suite (merci Anne!) et donc voilà, au moins pour elle, la suite :). Content que cela te plaise :). Ceci est donc le chapitre 11 de "la loi des plaines". Vous retrouverez le chapitre précédent ici.

Comme prévu, les Chats-Rasoir avaient suivi les deux braves dans une furie de grondements, permettant ainsi au reste de l'équipe de secours de poursuivre leur chemin en toute sécurité vers Wakaree. Les soleils jumeaux de Yaghan s'élevaient paresseusement au dessus de l'horizon et le fait qu'ils orbitent lentement l'un autour de l'autre créait d'incroyables tons pastels. Comme toujours, les Nʉmʉ étaient émerveillés par ce spectacle magnifique. C'était la raison pour laquelle ils vivaient dans les plaines, malgré les Morlocks, malgré les prédateurs, malgré les tornades et le froid de l'hiver. Ils étaient libres et vivaient en harmonie avec la nature. Ils pouvaient chevaucher la tête haute, fiers Seigneurs des plaines couronnés par les rayons chatoyants de leurs deux soleils. Ils pouvaient respirer l'air frais et pur en savourant la beauté immaculée et sauvage du paysage monumental qui était leur demeure.

Kanaretah était morte d'inquiétude. Elle ne le montrait pas, néanmoins, elle pris un moment pour remercier les esprits des plaines, les esprits des soleils, ceux de son cheval et ses propres gardiens. Une telle beauté inspirait le respect et remercier les esprits régulièrement était une manière de s'excuser d'empiéter sur leur territoire. Elle savait que les autres cavaliers faisaient la même
chose de leur coté. C'était important, ne pas le faire n'apportait que de la malchance lors d'une chasse.

Il s'avéra qu'il fût ensuite assez facile de retrouver Wakaree malgré le lever d'un brouillard matinal recouvrant le paysage à cause de la hausse de température. Peut-être que les esprits étaient satisfaits. Le groupe continua dans la direction générale indiquée par Tabbananica et Kanaretah fut bientôt en mesure de trouver des empreintes typiques d'un cheval portant un cavalier sur son dos.

Alors qu'ils approchaient prudemment de Wakaree, ils pouvaient voir une forme avachie sur sur sa croupe. Pas de doute, c'était bien Yahneequena. A fur et à mesure que la distance qui les séparait diminuait, Pisunii commença à trembler et à piaffer.
"Elle a peur, Wakaree a pris contact avec elle, il est apparemment plus terrorisé qu'il ne l'a jamais été. Cela déteint sur elle." dit Towasi, répondant au regard inquisiteur de Kanaretah.
Elle hocha la tête et demanda à sa propre monture, Neraquassi, d'essayer de calmer Pisunii, quand tout à coup, Wakaree les repéra et à leur consternation, commença à trotter dans leur direction. Immédiatement, Kanaretah fit les signes pour une manœuvre d'approche indirecte. Tabbaquena et Kotsoteka bifurquèrent chacun de leur côté, se positionnant afin d'arriver sur les flancs de Wakaree. Ils saisirent leurs arcs et regardèrent nerveusement de côté, à l'affût de tout type de danger.

Kanaretah fit un autre geste, ordonnant à Towasi d'aller à la rencontre du cheval paniqué. Pisunii  s'élança immédiatement. Ces deux là n'avaient pas besoin de mots pour communiquer et ils agissaient comme s'ils partageaient une conscience unique. La jeune cavalière saisit sa courte lance, prête à parer à toute éventualité. Quand elle fut assez proche pour saisir les rênes de Wakaree, son cœur se serra. Qu'était-il arrivé? Le bel alezan n'était plus que l'ombre de lui-même. Son museau écumait d'une mousse blanche, ses flancs se soulevaient rapidement et ses yeux étaient écarquillés, affolés. Il parcouru le reste de distance qui les séparait et enfouit sa tête dans l'encolure de Pisunii, comme s'il pouvait s'y cacher. La jument commença à montrer à sa cavalière les images incohérentes projetées par l'esprit du pauvre cheval. Il était soulagé que de les secours soient enfin arrivés, mais plus que tout il voulait de l'aide pour son petit frère. Yahnee offrait un spectacle encore pire que Wakaree. Les articulations de ses doigts étaient blanches à force de se cramponner à la crinière de son ami, sa mâchoire se contractait de façon incontrôlable, il s'était manifestement fait dessus... Mais le pire, c'était ses yeux. Ils étaient grands ouverts, exorbités mais fixés dans le vague. C'était comme s'il ne regardait pas à l'extérieur mais à l'intérieur de lui et comme si ce qu'il y voyait lui faisait peur delà de toute raison.

Bientôt, les Nʉmʉ décidèrent qu'il n'y avait rien autour d'eux ayant pu les effrayer à ce point. Ils étaient d'excellents pisteurs bien sûr, ils n'avaient donc aucune difficulté à reconstituer les événements de la nuit, comme le fait que Yahnee s'était arrêté, puis s'était retourné pour combattre des carnirats. C'était ce qui s'était passé après qui était un mystère complet. Il s'était manifestement très bien débrouillé et s'était débarrassé de la vermine rapidement, un exploit assez impressionnant pour un guerrier solitaire. Mais après cela, rien. Wakaree avait commencé à galoper, à fuir quelque chose, mais quoi? Ils n'en avaient aucune idée. Si cela avait été un prédateur, cela n'expliquait pas la folie de Yahnee. S'il cela avait été des morlocks, il y aurait eu des signes de bataille, ou plus probablement, il aurait été tué et dévoré. En outre Wakaree s'en serait souvenu, mais il ne semblait pas se rappeler de quoi que ce soit d'étrange en dehors de leur combat contre les rats.

Enfin, Tabbaquena se saisit de son tambour et commença à jouer un rythme hypnotique. Peu de temps après, il marchait en esprit, mais même cela ne donna aucun résultat. Il n'était pas en mesure d'atteindre l'esprit du jeune Nʉmʉ et la seule chose qu'il obtint de Yahnee fut une incroyable vague de peur. Son esprit était très difficile à approcher, il essayait systématiquement de s'échapper dès que Tabbaquena s'approchait de lui. Finalement, le vieux chaman dû abandonner. Il avait besoin de plus de puissance, de plus de temps, d'une hutte de sudation peut-être. Quelque chose de terrible s'était insinué dans la psyché de Yahnee, et essayer de l'exciser à cheval au milieu de la plaine était au-delà des forces du chaman.

Sidérée, Kanaretah donna l'ordre de rentrer au camp. Ils avaient essayé de faire monter Yahnee sur un cheval frais, mais il ne voulait rien entendre et sentant son angoisse augmenter, Wakaree se retourna contre eux, avec force coups de dents et coups de pied. En fin de compte, ils abandonnèrent, le camp n'étant de toute façon qu'à quelques heures de route à un rythme lent. Towasi changea cependant de cheval et commença à galoper vers le camp en remorquant Pisunii. Kanaretah ne voyait aucune raison de déplacer la tribu, mais elle était préoccupée par l'incident et pour des raisons de sécurité, elle voulait quand même qu'ils se déplacent un peu vers l'est. Cela les rapprocherait de Gond, et il était toujours prudent de bouger s'il y avait le moindre doute.

Et ce fut tout. Quelques heures plus tard, ils avaient rattrapé leur retard et ils étaient enfin en vue de la caravane. Alors qu'ils se rapprochaient, Kanaretah rapprocha Neraquassi de Wakaree et essaya d'attirer l'attention de Yahneequena.
"Nous sommes arrivés mon garçon, tu peux te détendre maintenant. Vous êtes en sécurité, toute la tribu est là pour vous protéger," dit-elle d'une voix douce et maternelle.
Yahnee ne réagit pas, mais son étreinte sembla se détendre. Quelques instants plus tard, il reniflait l'air. Ils étaient entourés de l'odeur de la troupe, de l'odeur de centaines de chevaux, de poussière dans l'air, de vestes en cuir et de crottin de cheval. Une odeur à laquelle ils étaient tous habitués, l'odeur de leur chez eux. Towasi était déjà arrivée et elle était en train d'aider à mener l'élevage de chevaux le long de la caravane, mais quand elle vit ses amis au loin, elle se retourna et vint à leur rencontre.

"Ooh haa! Une bonne rencontre, voyageurs. Nous sommes heureux de vous offrir l'hospitalité ce soir" plaisanta-t-elle, en souriant d'une oreille à l'autre.
Elle était heureuse de les voir revenir sains et saufs.
Soudain Yahnee sembla reprendre conscience. Il se redressa sur Wakaree, surprenant le cheval déjà paniqué. Ses yeux dardaient de tous les côtés, passant de Kanaretah, à la caravane, puis revenant à elle.
"Pourquoi sommes nous ici!" hurla-t-il.
"Quoi?" s'écria Kanaretah, alarmée par la violence de son éclat de voix.
"Non!" commença-t-il à gémir. "Non, non, non, non! Il est ici, il est en moi, il sait où nous sommes!"
"Arrête!" lui commanda Kanaretah. "Explique-toi. Qui sait que nous sommes ici? Qu'est-ce que tu racontes?"
Mais Yahnee n'écoutait pas. Il était au le bord de la folie. Il regardait autour de lui, complètement délirant.
"Non, il est ici, il est ici, c'est ma faute, c'est trop tard!" cria-t-il. Il tomba de son cheval, sanglotant et regardant quelque chose derrière eux.

Kanaretah se retourna lentement. Le brouillard du matin commençait lentement à se dissiper, révélant l'ombre d'une énorme créature. Un kʉtsʉtoya monstrueux. Un kʉtsʉtoya monstrueux monté par un morlock colossal.

Elle n'arrivait pas à en croire ses yeux. Elle ne les avait pas entendu arriver, ni senti, ni ressenti quoi que ce soit pouvant l'avertir. Comment une chose aussi monstrueuse avait-elle pu les suivre? Le morlock souleva un bras vêtu d'un assortiment de pièces d'armure dépareillées. Il ouvrit une bouche sans lèvres couleur de cendres, révélant une rangée de dents triangulaires acérées. Puis il hurla, un terrible rugissement qui leur fit dresser les cheveux sur les bras. Elle n'avait jamais entendu un cri aussi terrible, promettant violence, douleur et mort, un cri qui vous glaçait jusqu'au sang. Cela ne lui ressemblait pas, pourtant elle était transpercée, il se passait trop de choses en même temps, Yahnee sanglotant et griffant son visage avec ses ongles, Wakaree hennissant de peur, tous les chevaux commençant à perdre leur calme et l'apparition de cette créature cauchemardesque différente de tout ce qu'elle avait jamais vu...

Enfin, le long hurlement s'arrêta, et elle retrouva ses esprits. Mais alors qu'elle était sur le point de lancer ses ordres à ses camarades stupéfaits, elle fut une fois de plus arrêtée dans son élan. Alors que les brumes se séparaient, plusieurs formes commencèrent à sortir de l'ombre et à se solidifier lentement.

Des Morlocks. Des centaines, non, des milliers d'entre eux.


«Nous sommes condamnés," s'écria Yahneequena. «Je nous ai tous condamné!"

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