Carnets de Seattle: Patchwork d'impressions et d'humeurs de deux Français expatriés aux Etats-Unis. Depuis mars 2011, ces carnets sont aussi le journal de notre combat contre la leucémie.

dimanche 6 avril 2014

Internet en avion! Et semaine du don de moelle osseuse

Je sors de ma période de vacances temporairement pour deux raisons :)

On va commencer par le plus important.

Je vous en reparlerais quand je serais dans de meilleures conditions, mais en ce moment c'est la semaine de mobilisation pour les dons de sang et de moelle osseuse. Si vous suivez ce blog depuis un moment, vous savez l'importance qu'ont ces dons pour:
  • Sauver les gens victimes d'accident de la vie (route en particulier)
  • Sauver les gens qui subissent des interventions chirurgicales lourdes
  • Sauver beaucoup de malades de cancer qui auront besoin d'au moins une transfusion lors de leur chimio
  • Sauver tous les malades de cancers du sang qui dépendent absolument des transfusions pour survivre au quotidien (j'ai reçu une 50aine de transfusions, un ami qui est dans un cas un peu particulier et qui a subit 2 transplantations, plus de 400, on plaisante en disant qu'il a vidé de leur sang quasiment 100 personnes).
  • Grace aux dons de moelle osseuse, sauver des malades de certains cancers de la moelle osseuse (improprement appelés cancers du sang), des gens comme moi quoi, qui sans don SERAIENT MORT. Ce n'est pas hypothétique, ce n'est pas de la métaphore ni de la blague, sans don, à l'heure actuelle, je serais MORT, l'espérance de vie des malades d'ALL Ph+ étant littéralement nulle meme avec une chimio béton, et très courte qui plus est.
Si vous ne vous reconnaissez pas dans une des catégories je ne sais pas quoi faire. Vous, un de vos proche ou un de vos enfants fait forcément partie de l'une d'elles. Pensez-y. Fouillez dans le lien leucémie en dessous de la bannière pour plus d'infos et plus de liens. Et par pitié ne me faites pas le coup de "j'irai bien mais j'ai peur des piqures". Je fais une prise de sang par semaine depuis 3 ans et je vous assure qu'on ne sent absolument rien. Cela fait littéralement plus mal (au dos et aux fesses) de rester assis le cul sur une chaise sans bouger devant la télé que de faire une prise de sang, alors pas d'excuse. Je sais je vous secoue, mais je l'ai entendue tellement de fois celle-là que j'en peux plus. 

Bon, à part ça, je vous écris depuis un avion qui m'emmène de Seattle à New-York, où je vais rejoindre mon frère qui est en visite quelques jours. Comme je ne l'ai pas vu depuis quasiment exactement un an, vous imaginez que je suis plutot bien content!

Je suis un peu angoissé par New-York, j'y suis allé de multiples fois et c'est une ville que j'adore, mais depuis la maladie je suis un peu agoraphobe, j'aime pas trop quand y a plein de monde autour et tout... Le truc c'est que je vous vois vous mettre les doigts dans le nez, dans la bouche, tousser, cracher, renifler... Pour moi, c'est un peu Rain Man si vous voulez: j'ai deux statut: stérile, et contaminé. Tout ce qui sort de ma vue plus de 5 minutes est classé comme étant contaminé et doit être lavé si je dois m'en servir. Avec les gens et leurs mains et leurs visages, c'est un peu la même chose. Du coup, c'est parfois pas facile facile :)

M'enfin on va faire aller, et puis je vais aller à mon rythme, mon frangin va probablement passer la journée à visiter et moi l'accompagner 2 ou 3 h... C'est déjà mieux que rien.

Je voulais vous dire au passage que j'ai été très touché par vos messages, je me remet doucement et je recommence à avoir le moral. Ces vacances vont me faire du bien. Je reçois souvent des mails de malades qui sont très touchants, mais il y a deux jours j'en ai reçu un particulièrement chouette que je vous partagerais en rentrant. J'ai l'autorisation bien sur. Au fait, sur la tablette j'ai cassé la touche de l'accent circonflexe, donc pas d'accent circonflexe dans ce post. Je vous laisse réfléchir à comment on casse une touche sur une tablette.

En parlant de tablette donc, je vous écris et je poste DEPUIS L'AVION. J'AI INTERNET. Le pire, c'est que ça coute meme pas cher et que ca marche super bien. En temps que geek assumé je vous avoue que je suis un peu en transe, c'est quand meme un peu mon reve depuis des années. Bon, perso, utilisation limitée, vu que là je vais aller roupiller, mais bon, je vois bien l'application pour les hommes d'affaire qui voyagent pas mal. Pis regarder des lolcats à 10000m d'altitude c'est quand meme le pied.



Voili voilo, à bientot, je retourne réver.

mercredi 26 mars 2014

Dépression post leucémie, 3 ans plus tard...

Cela va faire maintenant quelques semaines que je n’ai rien posté.

Rassurez-vous, tout va presque bien, c’est juste que j’ai atteint une espèce de point de saturation et que j’ai besoin de décompresser. Je pourrais écrire des posts sur Seattle et l’expatriation, mais en fait pour la petite histoire, j’ai commencé à écrire une nouvelle de science-fiction pour m’amuser et me changer les idées (et en anglais, histoire de pimenter le jeu), et je me suis tellement pris au jeu que c’est en train de devenir un vrai bouquin : j’en suis à environ 80 pages, en 3-4 semaines. Cela me passionne et je m’amuse tellement que j’ai du mal à faire autre chose que d’écrire ce bouquin ou me documenter et faire des recherches pour enrichir mon monde. C’est simple, j’y pense tout le temps, j’écris tous les jours et je m’éclate comme un petit fou.

C’est très amusant d’ailleurs, car il y a un processus un peu étrange : quand j’écris, je ne sais jamais trop ce qui va venir et où l’histoire va m’emmener. J’avais une idée très simple au début, qui s’est rapidement enrichie. Maintenant, j’ai globalement un plan du début à la fin, avec une idée de la structure globale (qui peut encore complètement changer, d’ailleurs), mais je ne sais absolument pas ce qui se passe après le chapitre que je viens d’écrire. Je me suis couché hier, après avoir terminé un chapitre, en disant à Celia : « J’ai hâte d’être à demain pour savoir ce qui se passe ensuite ! », parce que c’est vraiment comme cela que ça marche : je découvre l'histoire au fur et à mesure que les idées me viennent et s’assemblent. C’est très étrange et très sympa comme processus.

Je vais peut-être créer un blog et partager les premiers chapitres histoire d’avoir un retour et de vous montrer de quoi il retourne, mais je suis pas encore bien sur. Je suis partagé entre le désir de faire lire mon bébé (je le montre et je soule tous mes amis avec ça), et, forcément, la crainte de la critique ! :) Et puis cela m’embête un peu aussi parce que cela ne serait pas un travail complètement terminé, avec des incohérences qui ne sont pas encore éliminées même si je les ai déjà repérées, etc... Bref, je vais voir.

Sinon, comment je vais... Et bien assez moyennement en fait. Figurez-vous que je suis dépressif (modérée, pas grave), fallait bien que ça finisse par m’arriver. La fin de l’année a été très dure (mort de plusieurs amis, entre autres), et cela m’a salement amoché le moral. Vous savez, c’est un des trucs qui est peut-être difficile à comprendre quand on a affaire à des malades de longue durée comme nous : au fur et à mesure que le temps passe, on ne va pas forcément mieux. Oh, physiquement, c’est en voie d’amélioration surtout depuis que j’ai arrêté dasatinib ; même si les effets positifs tardent à se faire sentir, il y a un peu de mieux et cela va continuer à s'améliorer dans les semaines qui viennent. Mais il faut bien comprendre que psychiquement, c’est très dur de garder le cap sur une durée aussi longue : à force d’être fatigué et d’encaisser des coups durs, on finit par épuiser les réserves de bonne humeur. Cela n’a pas été arrangé par la hernie discale, qui m’a empêché de partir en vacances et de me changer un peu les idées... Du coup cela fait en gros un an que je ne suis pas sorti de mon appartement, et je commence à saturer sévère. C’est aussi cela qui m’a poussé à arrêter dasatinib, d’ailleurs : la constatation qu’à force d’en baver, je risquais de mettre en péril ma « santé mentale », ce qui impacte aussi mon couple et tout le reste.

C’est aussi une des raisons pour lesquelles je ne blog pas trop en ce moment : j’ai toujours voulu être un message d’espoir, et comme ce n’était pas la super forme ces dernières semaines, autant que je m’abstienne. Je pense qu’il est important que je rende compte aussi de la galère, qu’on n’ait pas l’impression que de guérir d’une leucémie c’est une balade, mais il vaut mieux que je le fasse quand je suis bien portant, afin de ne pas noircir le tableau inutilement.

En ce moment, je suis suivi de très près, à ma demande, par toute une équipe (psychiatre et psychologue), je prends des antidépresseurs, je vais chez le kiné pour renforcer mon dos, qui s'est d'ailleurs malheureusement rebloqué ce week-end, je suis à nouveau coincé, mais cela à l’air de se remettre plus vite que la dernière fois, bref, après une période d’intense fatigue et de laisser-aller (ce qui est normal, il faut toujours un moment pour se rendre compte que l’on a plongé), j’ai repris la barre et je suis fermement décidé à aller mieux. Aujourd’hui, je suis plutôt heureux, je vais me remettre à écrire mon bouquin de SF dès que j’ai fini ce post ce qui m’excite terriblement. Ma femme est toujours aussi jolie et formidable et j’en profite pour l’embrasser bien fort.

Au passage, je crois que la fille de Biquette a toujours besoin de vos votes, elle est en finale. Son texte est très touchant!

Voilà, je ne peux pas vous promettre de reprendre un rythme de publication régulier, j’ai besoin de souffler, de me vider la tête, mais je vais revenir en forme, promis !

vendredi 7 mars 2014

J'arrête

Ça y est, la décision est prise, j'arrête ce foutu médicament qu'est le dasatinib.

Je vous résume l'histoire. Le dasatinib est un inhibiteur de tyrosine kinase, un médicament qui cible spécifiquement le mode d'action de la leucémie qui me touche et qui empêche les cellules malades de se reproduire. C'est un médicament absolument révolutionnaire, qui a complètement changé le pronostic des malades atteint de la même maladie que moi (leucémie aiguë lymphoblastique.

J'ai reçu ce médicament avant la transplantation, puis j'ai été intégré à un protocole de recherche où l'on donne ce médicament après la transplantation pour voir s'il diminue le risque de rechute de la leucémie. Ce protocole spécifiait que je devais continuer à prendre ce médicament pendant 5 ans après la transplantation. Ce chiffre de 5 ans étant arbitraire et probablement du au fait qu'en général on considère les gens comme tirés d'affaire au bout de 5 ans.

J'ai donc pris, comme un bon petit soldat, ce médicament pendant plusieurs années. Au début, sans problème, puis les mois passant, j'ai commencé à avoir de plus en plus d'effets secondaires, en particulier des oedèmes, une fatigue chronique absolument terrible, et surtout des douleurs chroniques dans toutes les articulations et les muscles qui n'ont fait que s'amplifier au cours des années.

Durant l'année qui vient de s'écouler, je suis passé de 5mg de morphine par jour à plus de 100, pour vous donner une idée de l'escalade de la douleur, qui n'a fait que s'amplifier (bon il faut aussi prendre en compte que je suis devenu progressivement plus tolérant à la morphine). Je vais peut-être vous surprendre, mais je suis plus faible physiquement aujourd'hui que je ne l'étais l'année dernière le même jour: la douleur m'a sédentarisé, m'a empêcher de m’entraîner autant que je le faisais, j'ai grossi (bon j'ai de la marge hein, mais c'est la première fois de ma vie que je grossi), j'ai mal partout, je suis essoufflé, mes jambes me tuent...

Depuis quelques mois, les médecins essayent de me convaincre d'arrêter dasatinib avant la fin du protocole. Tout simplement parce que on ne sait absolument pas si c'est véritablement utile que je prenne ce médicament, et que je souffre peut-être pour rien. Mais je résiste: entre souffrir et le risque de rechute, je préfère souffrir: si jamais ce médicament à un pouvoir protecteur, je veux en profiter: mieux vaut cette existence de souffrance, où je suis malgré tout heureux, grâce notamment à l'amour de ma femme, le soutient de ma famille et de mes amis, ma passion pour l'écriture et la musique, et les chat, que de rechuter et de mourir.

J'ai tenu 1 an comme cela, cette existence de torture permanente. Avec en filigrane quelque chose que vous ne pouvez pas voir, qui est la lutte constante contre la dépendance à la morphine, l'équilibre précaire qu'il y a entre usage sain contre la douleur, et usage malsain du à la dépendance extrêmement forte. J'en suis parfois venu à souhaiter avoir mal pour pouvoir avoir plus de morphine, si vous arrivez à imaginer le paradoxe de ce genre de situation complètement merdique.

Pendant un an, j'ai pesé le pour et le contre: risque de rechute, contre douleur et sur-médication de l'autre coté.

Et puis samedi, nous avons participé à une marche contre la leucémie avec des amis. J'ai mis 1h30 pour finir mes 5km, complètement épuisé, ayant mal partout, ayant du mal à sourire tellement j'avais mal, me forçant à sourire à l'organisatrice qui me connait parce que cela fait 3 ans que nous participons, mais alors qu'au fond je souffrais le martyr.


Et puis le lendemain, je me suis retrouvé avec les jambes super gonflées, qui me faisaient un mal de chien. Je vous laisse vous rendre compte par vous même
notez l'espèce de pente abrupte au niveau de la marque de la chaussette...


Depuis quelques temps, j'avais pris la décision d’arrêter dasatinib. J'avais décidé d'arrêter le 1er mars, et puis le jour venu, je n'avais pas réussi à m'y résoudre. Et si la maladie revenait?

Mais dimanche, quand j'ai vu mes pieds défigurés, déformés par l’œdème, quand j'ai crié de douleur en enlevant mes chaussettes, j'ai décidé que j'en avais assez. J'ai enduré sagement, patiemment, pendant 2 ans. J'ai souffert tous les jours de ces deux dernières années comme vous n'imaginez probablement pas. Je me suis levé tous les matins en ayant des douleurs qui pour la plupart des gens sont du domaine de l'insupportable. J'ai souri tristement, un jour, alors que Celia s'était gravement blessée et qu'elle me disait qu'elle avait très mal... En lui disant que je comprenais, que pour moi c'était pareil mais tous les jours.

Mais c'est fini. J'en ai marre. J'arrête.

Depuis dimanche, j'ai arrêté le dasatinib. C'est l'heure de la renaissance.

mercredi 26 février 2014

J'ai oublié ma brosse à dents

Je viens aujourd'hui de recevoir un mail de Biquette (qui commente régulièrement sur ce blog et qui a une leucémie depuis quelques mois).

Première réaction: je suis super content d'avoir enfin un moyen de te contacter par email. Je vais dire une connerie mais maintenant tu fais partie de notre communauté, en plus des communautés auxquelles tu appartiens déjà, et on va pouvoir s'entraider. Je suis en contact avec pleins de gens formidables grâce à ce blog, et je suis content que tu ne sois plus une anonyme, de pouvoir te faire rentrer dans mon monde et découvrir les gens géniaux que je connais (ie, vous, lecteurs, en grande partie !)

Ensuite, donc Biquette m'a envoyé un lien vers une nouvelle écrite par sa fille, qui est en compétition sur un site d'écritures de nouvelles et qui parle du moment où elle a appris que sa mère, vivant au Québec, avait une leucémie (alors qu'elle est Toulousaine).

Son texte m'a beaucoup touché, d'ailleurs, je n'ai pas fini de le lire pour en parler ce qui est en général bon signe. Dans ce texte, j'ai lu ce qui a pu être la réaction de ma mère quand elle a appris la maladie qui m'avait touché. C'est quelque chose dont je me doutais, mais le lire aussi bien écrit, cela m'a brutalement mis les points sur les i. Je pense que cela vous aidera peut-être aussi à découvrir cet espèce de cauchemar supplémentaire que nous (nous et nos familles) vivons en affrontant la maladie seuls, à l'autre bout de la terre.

Pour lire la nouvelle c'est ici: J'ai oublié ma brosse à dent et vous pouvez voter en bas de page en vous connectant avec votre compte Facebook.

Quand à moi quelques nouvelles: c'est plutôt calme ici car en fait j'écris sur deux projets de front, un lié à la leucémie, et un livre de science fiction que j'ai démarré comme un jeu et qui finalement me passionne à écrire. Peut-être que je vous en ferais lire un bout un de ces jours... En tout cas, tout ça pour dire que j'écris mes 2000 mots par jour, mais pas sur le blog, malheureusement...

Je compte sur vous pour voter sur la nouvelle, et Biquette, merci de ta confiance et bravo à ta fille.

mardi 18 février 2014

J'ai manifesté contre les taxis!

Plus exactement, j'ai manifesté pour le service de transport de personnes Lyft, vous savez, vous avez la même chose en France, Ubër; qui essaie de se développer à Paris.

Enfin, plus exactement encore, je n'ai pas vraiment manifesté, ce qui serait d'une part dangereux compte tenu de mon immunosuppression et de toute façon difficile étant donné les douleurs musculaires et articulaires qui me pourrissent la vie, j'ai participé à un rassemblement devant la Mairie, où il y avait peut-être une cinquantaine ou une centaine de supporters du service (ce qui est une foule aux US!), 4 caméras de télés et leurs équipes de journalistes, et les représentant de la compagnie. Il faut préciser qu'aux US, 50 personnes avec des pancartes, c'est une manif, c'est pas comme en France ,).

20 péquins, motivés!

Lyft, qu'est ce que c'est?

Et bien c'est un service de transport aux personnes qui marche avec votre iPhone: vous lancez l'application, elle vous localise, contacte les 3 conducteurs les plus près de vous, l'un d'eux vous répond, viens vous chercher, vous emmène où vous le désirez. Vous évaluez ensuite le conducteur, il vous évalue également, et le paiement se fait sur la base du kilométrage calculé par le GPS, comme un vrai taxi. Sauf que tout se fait en ligne, au moyen de la carte de crédit que vous avez enregistré.



Petit détail, les conducteurs sont des gens comme vous et moi qui ont décidé de conduire pour Lyft en utilisant leur propre véhicule. Ceux-ci choisissent combien de temps ils veulent conduire par semaine, que cela soit 5h ou 60.

Forcément, cela ne plait pas bien aux compagnies de taxi qui se font piquer leurs parts de marché par un service de bien meilleure qualité à tous les niveaux. Celles-ci font donc tout ce qui est en leur pouvoir (ie: du lobbying abject à grand coups de dollars) pour faire bloquer l'activité de Lyft. Notez une chose: ce n'est pas comme à Paris, il n'y a pas de concurrence déloyale à Seattle, car il n'y a pas de licence à payer pour être taxi: ce sont des compagnies comme les autres (enfin à ma connaissance). A Paris la situation est un peu différente et l'on peut comprendre que les gars ayant payé leur licence une petite fortune soient légèrement contre le fait que des petits nouveaux débarquent gratuitement, mais bon, là, c'est la loi qui est mal faite, c'est un autre problème.

Bon et donc pourquoi est-ce que je suis tout à coup un défenseur de Lyft et que je fais de la pub pour eux?

Et bien en fait, c'est pas que j'aime particulièrement Lyft (enfin, si j'adore, mais,) plutôt que je déteste cordialement les Taxis Jaunes de Seattle (c'est le nom de la principale compagnie de taxis de la ville), et que je ferais pratiquement n'importe quoi pour qu'ils perdent des parts de marché. Vous voulez savoir pourquoi?

Il y a en fait tout une variété de raisons, comme par exemple le fait qu'un taxi a arnaqué 10 dollars en refusant de rendre la monnaie à ma belle-sœur qui ne parle pas bien anglais quand elle était en visite. Ou bien la fois où mon taxi s'est mis à traiter une femme à vélo de pute parce qu'elle avait les jambes nues. Ou bien celle où le conducteur s'est mis à insulter les autres conducteurs, ne s’arrêtant que lorsque je lui ai fermement demandé de la mettre en veilleuse, pour ensuite quasiment s'endormir au volant (et je ne fabule pas, Celia peut témoigner)...

Mais le ponpon, le fin du fin, l'histoire qui fait que je hais viscéralement les Taxis Jaunes, elle est pire que toutes ces raisons réunies.

Il y a quasiment trois ans, je passais régulièrement mes journées entre les cycles de chimio à la clinique pour recevoir des transfusions. Je n'étais bien sûr pas en état de conduire, donc le plus souvent un ami m'emmenait. Sauf que parfois, mes amis ayant des boulots, je devais y aller ou revenir tout seul, en taxi donc.

Je ne me souviens plus très bien pourquoi j'étais à la clinique ce jour là, probablement pour une transfusion. En fin d'après-midi, j'ai fini par appeler un taxi pour rentrer. J'ai attendu UNE HEURE avant qu'il n'arrive. Une heure, pour un  cancéreux en plein traitement, je vous assure que c'est long. Mais ce n'est pas tout. Celui-ci m'a demandé si je payais cash ou par carte, et a commencé à maugréer quand je lui ai dit que je payais par carte. Vous pensez bien, on peut pas frauder le fisc avec les cartes bancaires.

Du coup, fort mécontent, il m'a demandé de lui donner ma carte immédiatement. J'ai refusé, lui disant que je lui donnerais ma carte lorsque nous serions à destination, comme l'on fait normalement, sans d'ailleurs bien comprendre le motif de sa requête. Il a continué à insister, prétendant que cela lui permettrait de gagner du temps en préparant la transaction en conduisant. Je lui ai dit que je trouvais que ce n'étais pas une super bonne idée et qu'il ferait mieux de regarder la route, ce qui ne l'a pas démonté : il a continué à insister.

Là, j'en ai eu assez. Après une journée à la clinique à me faire transfuser, autre chose à foutre que me faire emmerder par un taxi: je lui ai donc dit que je le trouvais éminemment désagréable, et que je souhaitais sortir de son véhicule. Au premier feu rouge, c'est à dire à 200m de la clinique à peine, j'ai ouvert la porte et suis descendu sans payer en lui disant que s'il voulait une carte bancaire, il allait falloir qu'il se trouve un autre client, bonne journée, au revoir. Je suis ensuite retourné au SCCA en appelant un autre taxi.

Sauf que.

Cette espèce d'ordure m'a suivi et est venu se garer devant la clinique. Quand mon autre taxi est arrivé une bonne vingtaine de minutes plus tard, il l'a intercepté, lui a dit quelque chose, probablement que j'étais un mauvais payeur ou je ne sais quoi. Quand je suis arrivé à sa fenêtre, celui-ci a refusé de me prendre et a continué sa route.

J'ai appelé un autre taxi, qui a à nouveau mis environ 20 minutes à arriver, l'autre pourriture attendant toujours sur le parking de la clinique. Quand mon troisième taxi est arrivé, il l'a aussi intercepté de la même manière, je me suis jeté vers le troisième conducteur en le suppliant de me prendre, en lui disant que j'avais eu une mauvaise relation avec le premier conducteur, mais que j'avais de l'argent et que j'étais malade, que j'avais besoin d'aide pour rentrer. Ce dernier a fini, avec réticence, par accepter de me prendre. Je ne vous explique pas mon soulagement.

Je ne sais pas si vous imaginez à quel point il faut être un salopard pour se comporter d'une façon pareille. Déjà, être tellement rancunier et revanchard au point de passer plus d'une heure sur un parking à perdre du temps de travail pour se venger de quelqu'un, faut en avoir un grain. Mais en plus quand cette personne est un malade du cancer, visiblement malade (pas de cheveux ni de sourcils), visiblement épuisée et souffrante, on frise la sociopathie: il faut n'avoir absolument aucune empathie pour ses congénères non?

Bref, depuis ce jour j'ai juré de ne plus jamais reprendre un Taxi Jaune, et depuis que Lyft et d'autres alternatives existent, plus aucun taxi Seattleite tout court.

Car avec Lyft, ce genre de comportement ne peut pas être perpétré, sinon, conducteur et passager se font mal noter et ont ensuite du mal à trouver soit des lyfts, soit des passagers. De toute façon, il n'y a pas de problème de cash ou de carte bleue: comme tout est centralisé par l'application, l'argent est supprimé de l'interaction: c'est plus sécurisé pour les conducteurs qui risquent moins de se faire braquer, pour les passagers qui ne risquent pas de se faire arnaquer, et pour l'état qui ne se fait pas frauder.


En fait, une fois qu'on a testé Lyft (ou équivalent) une fois, il n'y a plus jamais aucune raison de prendre un taxi, tellement le service est supérieur, et les compagnies de taxi le savent bien.

Le gros argument des compagnies de taxi, c'est que les conducteurs Lyft sont moins compétents que les vrais taxis, ce qui est tout à fait faux: Lyft opère une sélection draconienne: il faut avoir un permis complètement clean sans aucune infraction, un casier judiciaire vierge (et la vérification est drastique) et bien sur être assuré correctement.

Malheureusement, il y a quelques semaines, un conducteur d'Uber a eu un accident et écrasé une fillette, forcément, cela a donné du grain à moudre aux taxis qui ont fait un foin de tous les diables dans les médias (comme si les taxis n'avaient jamais d'accidents...). Alors Lyft a organisé un rassemblement devant l'hôtel de ville, pour démentir les allégations mensongères des lobbys de taxi. Je les ai alors contacté, en leur racontant mon histoire, en me disant que cela lors donnerait peut-être des trucs à raconter à la presse... Du coup ils m'ont invité en me conduisant gratuitement, au cas ou la presse serait intéressée par mon histoire (réponse, plus occupés à interviewer les taxis venus foutre le souk :( ), raison de ma présence éclair à cette mini manifestation.

PS: Si vous êtes taxi français, sachez que je n'ai rien contre vous ou votre profession. Je prend très rarement des taxis en France et je n'ai donc pas d'avis, en revanche, par la force des choses j'ai du prendre beaucoup de taxis à Seattle et je les DÉTESTE cordialement, comme vous l'aurez compris.

vendredi 7 février 2014

Les Seahawks ont gagné le Superbowl!

Bon je suis carrément à la bourre et vous êtes surement au courant, mais les Seahawks ont gagné le Superbowl!

Honnêtement, je ne suis pas fan de sport télévisuel, encore moins de foot américain, c'est pas ma culture, mais alors là, quel match! C'était absolument grandiose, les Seahawks ont dominé de façon incroyable, on a même crû à un moment que les Broncos ne marqueraient pas... Je crois que le score, et l'écart, est historique, ou peu s'en faut. Il faut noter aussi à quel point le jeu des Seahawks a reflété l'esprit de la ville: poli et civil, pratiquement sans fautes... Bref, une performance incroyable.

J'en profite aussi pour faire de la pub pour un copain, mon ami Gyraf est passé dans une pub du Superbowl, et ça c'est pas rien! Vous pouvez le découvrir dans la vidéo suivante à 52s, ce qui est marrant c'est que Gyraf, c'est un peu l'antithèse du Mac Do en terme d'idéologie, mais bon, je trouve ça super de noyauter le système, quelque part! D'ailleurs, note, n'allez pas manger chez Mac Do, punaise, c'est vraiment de la daube, faites vous à manger chez vous!


Bon, ensuite ce qui a été très drôle à regarder c'est comment les Seattleites ont fêté la victoire.

Ces gens sont tellement respectueux des lois que même au plus haut de leur joie, ils refusent de "jaywalk", de marcher sur la chaussée plutôt que sur les trottoirs, ce qui est interdit; ce qui déclenche l'hilarité de l’Amérique sur les réseaux sociaux:


On est loin des débordements français sur les Champs Elysées hein! C'est vraiment une spécificité d'ici d'ailleurs je crois, ce côté vraiment respectueux, c'est pas que Seattle est pas rebelle, parce qu'il y a aussi ici un vrai esprit de contestation, mais les gens sont avant tout bon enfants. Contester, célébrer, travailler, tout doit se faire avant tout dans la bonne humeur, on est pas là pour se prendre la tête. C'est vraiment un côté sympa de vivre ici.

Ensuite, avant hier, il y a eu une parade monstre pour célébrer les gagnants dans le centre ville. Je crois que l'on n'avait jamais vu ça, dans un pays où les manifs sont quasiment non-existantes et où l'on considère que 1000 gars qui défilent c'est une foule, c'est vraiment exceptionnel d'avoir vu un tel rassemblement, cela exprime bien à la fois l'amour des américains pour le football, et le culte qui est voué aux Seahawks dont je vous parlais dans mon post précédent.

Des "collègues" bloggueurs à Seattle ont d'ailleurs écrit un post avec des photos très impressionantes.

De mon côté, je n'en mettrais qu'une pour illustrer le nombre ahurissant de personnes présentes (près de 700.000, quand on sait que Seattle compte 550.000 habitants et l'agglo 3M.

Eurosport - Seattle Seahawks' players celebrate their Super Bowl success with fans (Reuters)



lundi 3 février 2014

Aux amoureux du verbe "Faire"

Je reprends volontairement le titre d'un excellent article que j'ai lu ce matin (via Facebook), une chronique d'un certain Alexandre Jardin titrée donc, "Aux amoureux
 du verbe « faire »", où il soutient en gros qu'en France nous, et plus particulièrement les médias, sommes plus attachés au "dire" qu'au "faire". Il reprend pour cela l'exemple de la visite de Valérie Rottweiler en Inde, où les médias ont passé plus de temps à parler de l'ex-première dame et la couleur de sa jupe que de l'association humanitaire à laquelle elle venait rendre visite, "Action contre la faim". Il rappelle ainsi que les gens qui bossent comme des acharnés pour "faire" quelque chose contre ce problème fondamental qu'est la faim dans le monde devaient l'avoir sacrément mauvaise que l'on ne parle pratiquement pas de leur action.

Cet article m'a frappé pour deux raisons, la première étant bien sur que je me mets totalement à la place des membres d'ACF: si je recevais la visite de quelqu'un de célèbre et que les médias passaient plus de temps à parler d'elle que de notre action contre la leucémie et des dons de moelle osseuse et des dons du sang, je l'aurais sacrément mauvaise.

Cela m'a aussi beaucoup frappé, car c'est une différence profonde que l'on a constaté entre la culture américaine et la culture française. Ici, il y a justement une emphase particulière sur les "doers", les faiseurs. C'est un argument très utilisé en entretien, le fait de dire que l'on est un "doer" quelqu'un qui fait, qui mène au bout les choses. On pourrait argumenter que c'est une des caractéristiques premières de l'esprit américain et une de ces principales qualités, que de "faire" et de ne jamais s'arrêter quelque soit les obstacles, et même si l'on dit souvent que si les USA sont le premier pays du monde c'est grâce à l'immensité et la richesse naturelle de leur pays, je prétends au contraire que c'est à cause de leur extraordinaire esprit d'entreprise, leur focalisation incroyable sur le fait de faire et de ne s'arrêter que quand un objectif a été accompli.

D'ailleurs, il faut souligner combien les US ont récupéré vite de la crise financière et même si je suis conscient que c'est un colosse aux pieds d'argile, et que beaucoup critiquent la fragilité de cette reprise à cause des problèmes endémiques qui minent le pays, comme leurs infrastructures vieillissantes, le creusement des inégalités, la santé déclinante de ses habitants, j'ai personnellement plutôt confiance dans la capacité des US à se relever rapidement de n'importe quelle crise, contrairement à beaucoup de pays d'Europe justement, France en premier.

Je voudrais d'ailleurs illustrer cet esprit focalisé sur le "faire" typiquement américain par une anecdote tirée de mon expérience professionnelle.

Quelques mois après que j'ai été embauché dans une grosse boite d'informatique de Seattle (pas Microsoft, une boite qui fait du B2B dont vous n'avez probablement jamais entendu parlé malgré le fait qu'elle ai 50% de part de marché US), j'ai été convié, ainsi que toute mon équipe, à une réunion nommée "Team Oil Change". Littéralement, "La vidange".

En gros, c'était une grosse réunion qui a pris plusieurs vendredis d'affilée, où étaient convié tous les membres de l'équipe technique. Et par tous, je dis bien tous: du technicien de test ayant la position la plus basse dans la hiérarchie de l'équipe, en passant par les ingénieurs, les managers, les commerciaux et les directeurs de BU. Déjà, notez l'investissement énorme pour la boite! 4 jours de réunion (réparti sur un mois) ou l'on convie 60 personnes, c'est énorme!

Lors de cette réunion, nous avons fait un énorme brainstorming de tout ce qui ne fonctionnait pas bien l'année précédente, mais aussi de tout ce qui avait super bien marché. Le but: définir 10 points d'amélioration pour l'année à venir. Pour ce faire, nous avons défini collégialement une centaine d'actions à entreprendre puis nous avons voté pour déterminer les 10 plus importantes. Il faut préciser que tout le monde avait une voix d'importance égale, avec juste une pondération pour minimiser le déséquilibre de population des différents postes, ce qui est normal: comme il y a en gros 5 fois plus de techniciens que de managers, par exemple, nous étions regroupés par niveau hiérarchique et chaque niveau hiérarchique avait le même nombre de voix.

Fraichement débarqué aux US et fraichement embauché, j'ai assisté à cette réunion avec énormément d'attention et d'intérêt, et une attitude un peu narquoise typiquement française. Dans mon parcours professionnel, j'avais déjà assisté à beaucoup de réunions de ce genre, où l'on prend des tas de bonnes résolutions, un peu comme les résolutions de nouvelle année, pour les abandonner au premier coup de pression, au premier incident de parcours, à la moindre volonté d'un commercial désireux de faire avancer son produit au détriment des autres (non, je ne suis pas rancunier, hin hin). Bref, je m'attendais à un peu la même chose, beaucoup de parlote, des belles paroles de la part du management, du genre "vous allez voir, on va tout faire pour améliorer vos conditions de travail", suivies par peu d'effets, le marché et la demande commerciale étant toujours le principal décideur, "comme d'habitude" (à lire en fredonnant un air connu).

Et bien figurez-vous que j'avais tout faux: dans les jours suivant la conclusion de nos réunions, nous avons commencé à mettre en place nos résolutions et à les appliquer à la lettre... Et ceci jusqu'à l'année suivante où nous avons répété le même processus et réévalué chacun de ces points. Ces résolutions ont tenu malgré tout les coups de pression que nous avons pu subir et malgré toutes les pressions commerciales. Nous avons toujours respecté nos procédures, même si cela signifiait refuser du travail ou refuser des délais impossibles, ce qui a permis à notre "Business Unit" de figurer parmi les meilleures du groupe, et à mon équipe en particulier de figurer parmi les meilleurs de la BU. Dans le doute, les points mis en place en réunion faisaient foi.

Je suis ressorti de cette année et demi de travail aux US (malheureusement interrompue par la leucémie) très impressionné par la capacité des américains à "faire", à analyser leurs problèmes et à les compenser presque immédiatement en ajustant la marche. C'est quelque chose de très agréable: on essaye des choses et les erreurs sont vues comme des sources d'enseignement permettant d'améliorer le processus. La réactivité est énorme et cela permet aux équipes de s'améliorer rapidement et continuellement. Il y a assez peu d'attachement à des processus "historiques": tout est continuellement réévalué, ce qui marche est gardé, ce qui ne fonctionne plus abandonné. Si je compare au domaine médical, par exemple, ce n'est pas pour rien que les US ont abandonné les chambres stériles pour les transplantations il y a 10 ans, alors qu'en France l'idée peine à faire son chemin (on y arrive doucement)... Ils ont testé, ils se sont rendu compte que cela marchait mieux sans qu'avec, et ils ont abandonné les chambres stériles dès que les données ont montré qu'elles étaient contre productives (ou en tout cas moins "productives" que des chambres normales très encadrées, ou le patient pouvait se déplacer plus librement et avoir plus de contacts avec les siens.

Bien sur, c'est comme tout, il y a des conséquences néfastes, faut pas se mentir... Je vous avoue que le rythme était assez exténuant: pour rester l'un des meilleurs d'une équipe étant déjà l'une des meilleures, fallait sacrément s'arracher et se renouveler en permanence, ce qui est épuisant... Mais c'était aussi vraiment gratifiant. Il faut aussi remarquer que cette tendance dérive bien sûr et a ses extrêmes peu reluisants: on a tous en tête la célèbre expression: "Why did you do this? Because we can!", "Pourquoi-vous fait cela? Parce qu'on peut!" qui mène à toutes sortes d'excès difficilement justifiables, les films de Michael Bay en tête.

Mais dans l'ensemble, je trouve que c'est quand même principalement positif. Depuis que j'habite ici, j'ai acquis la conviction intime que si les américains seront probablement les responsables principaux du désastre écologique qui s'annonce (suivi de près par les Chinois qui font tout pareil), ils seront aussi les principaux acteurs de la reconstruction (j'ai une vision un peu pessimiste de notre avenir à grande échelle, au cas ou vous n'auriez pas remarqué). Leurs excès ont beau être une force incroyablement néfaste sur le monde d'aujourd'hui, ils sont en pratique compensé par le nombre incroyables d'initatives absolument géniales qui naissent dans ce pays. Et encore une fois, ne me dites pas que cela n'a qu'une raison conjoncturelle: c'est avant tout un état d'esprit (d'ailleurs, Mc Gyver, ok, héros canadien, mais série Américaine!).

Pour en revenir à l'article que j'ai cité, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit: les médias US souffrent aussi de ce problème où le sensationnel est maintenant plus couvert que ce qui est porteur de sens. Mais pour résumer tout ce que je viens de vous dire, il y a quand même une tendance globale de la société US à être dans le "faire" et à avant tout s'intéresser à cela que dans la société française, qui est plus une société de penseurs, qui s'enlise parfois, à mon avis, dans la réflexion.

PS: alors que j'étais en train d'écrire ce post, passait à la TV une pub pour la banque Wells Fargo dont l'élément de langage principale est "Done", "Fait". Ce mot est au moins prononcé 10 ou 20 fois dans la pub. Ce n'est pas un hasard, et si l'on regarde les pubs Américaines, il y a deux thèmes récurrent: "You deserve it", "Vous le méritez", et "Helps you get things done", "Vous aide à accomplire/faire des choses".

jeudi 30 janvier 2014

Seattle au Superbowl!

Vous le savez peut-être, Seattle est en finale au Superbowl!



Contrairement à notre équipe de baseball (les Mariners) qui sont vraiment pas terribles il faut l'avouer, les Seahawks sont plutôt une bonne équipe, qui s'est déjà qualifiée pour le Superbowl en 2005.

Il faut savoir que les équipes de football (américain) et de soccer (football, vous suivez?) de Seattle sont ultra populaires. Les Seattle Sounders sont plutôt une bonne équipe et ont une légion de fans super fidèles et très enthousiastes, ce qui est assez rare aux US, et le soccer est vraiment très populaire à Seattle, les supporters sont super nombreux et vraiment hardcores. Attention c'est pas comme les supporters du PSG, ils ne sont pas bêtes et méchants, au contraire il y a vraiment une bonne ambiance apparemment, c'est vraiment un truc familial, et les fans sont vraiment à fond derrière leur équipe.


De même, comme les Seahawks sont la seule équipe du Pacific Northwest, et qu'ils sont plutôt bons, ils ont une légion de fans absolument énorme qui s'étend aux états voisins n'ayant eux pas d'équipe de NFL, l'Alaska, le Montana, l'Oregon, l'Idaho et le Wyoming, ce qui est assez rare pour une équipe de NFL.

Seattle, BADASS!
Le dilemme du week-end du coup, c'est: "Qu'est ce qu'on fait?".

D'habitude, on profite du Superbowl pour faire des trucs où il y a d'habitude trop de monde. Il faut savoir que le Superbowl, c'est complètement dingue: l’Amérique s'arrête, il n'y a personne, tout le monde est chez soi devant la TV, c'est vraiment impressionnant. Les rues, les magasins, les musées sont complètement déserts, c'est encore pire que le 4th of July, c'est vraiment LA grande messe de l'année qui rassemble tout le pays.

Mais là, comme c'est Seattle qui joue, je suis tenté de regarder. Merde, c'est Seattle quoi! Que l'équipe de sa ville soit au Superbowl, c'est quand même pas tous les jours, et l'ambiance chez les Seattleites va être complètement dingue. Bref, j'hésite.

C'est marrant, c'est vraiment une année phare pour Seattle qui se retrouve pas mal sur le devant de la scène US et mondiale: c'est une grosse année pour Microsoft avec la sortie de la Xbox One, un groupe de Seattle, Macklemore a complètement explosé nationalement et internationalement (c'est le premier groupe depuis 93 qui atteint le #1 du top 100 US sans le support d'un gros label, et il a raflé 4 Grammys, et j'ai entendu ses chansons dans des émissions françaises récemment.. En plus, une fille de Seattle à récemment fini avec brio un semi-marathon contre la leucémie,.bref, Seattle represents!



GO SEAHAWKS!

mardi 28 janvier 2014

Celia a couru un semi-marathon contre la leucémie!

Vous êtes nombreux à nous avoir demandé comment s'était passé la course (d'ailleurs Celia était très touchée!), alors faut que je vous raconte.

Tout d'abord, Celia est arrivée un jour avant la course, du coup elle a pu faire connaissance avec les gens de son équipe de Team In Training (elle fait partie "Internet" donc elle les avait juste rencontré online). Elle a ensuite passé la journée chez Mickey avec une autre famille participant à la course.

Le soir, elle a assisté à un diner organisé par la LLS pour motiver les troupes. Vous savez, ce genre de diner que l'on voit dans les films pour les collectes de fonds des associations. J'ai souvent pensé que c'était une perte de fonds, qui pourraient être à la place donné à la recherche, mais pour avoir assisté à un repas du genre, c'est en fait une composante essentielle de ce genre d'association. Cela permet de remotiver les troupes, d'échanger entre bénévoles, de se créer un réseau, de se positionner par rapport aux autres gens, aussi.

Il faut bien comprendre que l'on ne joue pas à celui qui à la plus grosse, mais c'est intéressant de voir qu'il y a par exemple une dame qui en 10 ans à récolté plus de 100.000 dollars, cela remet les choses en perspective et cela nous donne une idée de ce qu'il est possible d'accomplir. Cela permet de réviser nos buts. Celia lui a demandé comment elle avait fait pour rassembler tellement d'argent, et sa réponse a été désarmante de simplicité: "C'est simple, 10$ par 10$". C'est un sacerdoce! (comme un squelette: sacerdoce, hin hin).

Je crois que cela  fait aussi beaucoup de bien de rencontrer des gens avec un vécu similaire. Vous savez, les gens ayant le même genre de vie que nous sont quand même relativement rare, même parmi les victimes de cancer, car la convalescence est particulièrement longue même pour ce genre de maladie. Souvent, discuter avec ce genre de gens permet de se rendre compte que l'on est pas fous, que nous ne sommes pas les seuls à ressentir ce que nous ressentons.

Au passage, Celia a eu aussi la fierté d'apprendre qu'elle était la 3ème à avoir levé le plus d'argent pour cette course dans la catégorie des particuliers. Encore une fois, je ne peux que vous remercier pour votre participation à notre effort de guerre.

Le lendemain, elle s'est levée à 2h30 du matin, pour pouvoir être à 3h30 à Disneyland, le départ de la course étant à 5h. Et oui, le parc continue de tourner donc le marathon a eu lieu en dehors des heures d'ouverture.

Elle a commencé à courir avec l'une des filles rencontrée le jour précédent, puis a accéléré pour tenir sa vitesse habituelle et a fini la course en 2h30, sans trop de casse. Vers 2h, elle m'a envoyé un SMS me disant qu'elle en bavait un peu, je lui ai répondu en l'encourageant et en lui disant que je croyais en elle, et elle a continué comme une chef. Seul problème, une de ses chaussettes a fait un plis dans sa chaussure et elle a couru les 3 derniers miles en ayant super mal au pied. A cause de cela, elle a du courir de manière un peu bizarre et elle s'est fait mal à la cheville. Rien de grave, mais elle était bien enflée lundi dernier. Quelques massages plus tard, cela va beaucoup mieux!

L'expérience lui a tellement plu qu'elle remet cela dans un mois à un semi marathon qui se court autour du lac Sammamish, près de Bellevue et Redmond (le siège de Microsoft!).

De mon côté, je suis évidement très fier d'elle, c'est vraiment une super performance. Bon, cela me fait un peu drôle de me dire qu'elle est capable de courir 22km alors que je suis démonté après une balade de quelques kilomètres, mais bon,  ça c'est un autre problème!

mercredi 22 janvier 2014

Animaux et sentiments

Dans les commentaires sur le post sur les chats, quelqu’un m’a demandé si je croyais que les chats avaient des sentiments. J’ai répondu que j’avais vu un documentaire montrant de l’entraide entre animaux d’espèces différentes, d’une façon que l’on pourrait appeler de la compassion (une vieille chèvre prenant soin d’un vieux cheval aveugle alors que cela ne lui rapporte strictement rien).

Il y a deux jours, nos deux chattes nous ont fourni un argument de plus dans ce sens.

J’essaie en général de les faire manger ensemble dans deux gamelles côte à côte, pour essayer de renforcer leur lien : elles associent la présence de l’autre chat à quelque chose de positif, la nourriture. Je fais cela, car c’est parfois difficile à deux chats de cohabiter dans un petit espace, ces animaux étant extrêmement territoriaux. Au passage, je tiens à remarquer que ce n’est pas forcément la solution à tous les problèmes : si vos chats ne peuvent pas se blairer, il vaut peut-être mieux commencer par les faire manger à deux endroits différents pour qu’elles ne se sentent pas menacées pendant leurs diners, avant de les rapprocher petit à petit.

Parfois, je suis un peu fainéant, et je leur donne à manger dans une seule gamelle, pour aller plus vite. Dans ces cas là, il se passe toujours la même chose : Lhassa, qui est à priori la dominante, mange en premier, pendant que Luna attend sagement assise à côté d’elle, puis Lhassa s’en va et va se nettoyer quelque part pendant que Luna mange.

Il y a deux jours, alors que je les observais, il s’est passé un truc que j’ai trouvé magique. Lhassa a mangé un peu, puis a laissé la place à Luna, mais est restée assise à côté, une attitude que je connais parfaitement : elle a faim et veut manger. Mais elle a laissé sa sœur manger un peu, attendant son tour pour un deuxième service. J’ai trouvé ça fabuleux, un animal de ce genre qui est quand même complètement contrôlé par son estomac, qui est capable de se fixer une limite et de laisser la place à sa copine, avant de recommencer. Pour moi, qui les connais bien, elle a vraiment fait preuve de compassion et d’amitié, en s’assurant que les besoins de sa sœur étaient bien satisfaits avant de penser à elle même.

Sympa, non ?

Les photos sont d'une qualité douteuse, mais je les ai prises sur le vif. Remarquez comment Lhassa est assise, attendant sagement son tour, dans sa position typique qu'elle prend devant sa gamelle quand elle a faim. Position qu'elle utilise pour communiquer avec nous, d'ailleurs: quand vient l'heure de la bouffe, elle vient se mettre de cette manière à coté de sa gamelle.






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