Carnets de Seattle: Patchwork d'impressions et d'humeurs de deux Français expatriés aux Etats-Unis. Depuis mars 2011, ces carnets sont aussi le journal de notre combat contre la leucémie.

dimanche 5 février 2017

Doit-on faire confiance aux traitements expérimentaux?

Bon, première chose, je crois que sur mon engagement de poster chaque lundi, on va faire une croix... Tout simplement car je vais désormais travailler le lundi. Mettons que je vais essayer de poster chaque semaine plutôt, cela sera plus réaliste.

Bien, ceci étant dit, aujourd'hui, j'aimerais répondre à une question postée dans un commentaire. J'ai répondu au commentaire il y a quelques jours, mais à la réflexion, j'aimerais que ma réponse soit plus visible.

Brièvement la question posée est la suivante: "On a diagnostiqué une leucémie à untel (mari, ami, frère...). Les médecins lui proposent un traitement expérimental venant des US, doit-il accepter, va-t-il servir de cobaye, doit-il signer un consentement?".

Bien. Cela fait 3 questions en fait. Procédons dans l'ordre.

Doit-on accepter un traitement expérimental?

Question compliquée s'il en est... Avant de vous dire ce que j'en pense, il faut absolument que vous vous rappeliez que je suis un gars comme les autres, peut-être un peu mieux informé par curiosité personnelle et parce que mes parents sont médecins et que je baigne dans ce milieu. En aucun cas je ne peux prétendre faire autorité. Ma réponse est une opinion, une croyance basée sur ce que j'ai observé, pas un avis médical basé sur de la recherche scientifique. Ceci étant dit, je pense que ma croyance est valide (forcément) et qu'elle peut sauver des vies, donc je vous en fais part. Mais faites vos devoirs, croisez les infos, ne me croyez pas sur parole sous prétexte que "les médecins sont vendus aux entreprises pharmaceutiques" et que "c'est écrit sur internet donc c'est vrai". Ces deux phrases sont idiotes et on ne peut plus fausses.

A ma connaissance, il y a plusieurs types de protocoles expérimentaux. Si je ne m'abuse, les nouveaux médicaments sont d'abord testés sur des malades sur lesquels les médicaments conventionnels ne marchent pas, où l'on ne risque donc pas de compromettre les chances de survie du patient (qui sont malheureusement compromises au départ, soyons clairs). On est en gros dans un cadre où l'on n'a rien à perdre et tout à gagner.

Si le médicament montre qu'il est au moins aussi bon que les médicaments conventionnels, on passe ensuite à des tests sur des malades pour lesquels on pense que ce médicament peut mieux marcher que les médicaments conventionnels. Par exemple, j'ai moi-même participé à un test du dasatinib, pour chercher à démontrer que la prise de ce médicament post-greffe diminuait le risque de rechute, et à un autre protocole avec le même médicament pendant la chimio d'induction, pour montrer que ce médicament avait une action plus forte sur la maladie en induction que le conventionnel.

J'ai accepté de participer à ces tests pour plusieurs raisons:
- La première, c'est que les médecins m'ont informé que sur des patients dont la leucémie était résistante à la molécule conventionnelle (le GLIVEC, nom commercial de l'imatinib) avait de meilleures chances de survie avec le dasatinib (c'est la première étape dont je vous parlais plus haut). Normal, le dasatinib a été développé justement pour contrecarrer certaines variantes de leucémies résistantes à l'imatinib. Ayant une leucémie avec un fort risque de résistance à l'imatinib, le choix était assez vite fait: entre un truc ou il y a une chance sur deux d'être résistant, et un autre fabriqué spécifiquement pour qu'il n'y ait pas de resistance, j'ai vite choisi.
- La deuxième va vous faire sourire: j'avais la chance d'avoir des amis généticiens qui travaillaient en labo sur le dasatinib et qui m'ont certifié qu'in vitro, le dasatinib enfonçait complètement l'imatinib en terme d'efficacité. Je vous l'accorde, tout le monde n'a pas ce genre d'info de première main, et d'autre part, cela ne veut pas dire que cela reste vrai in-vivo... Mais bon, on peut quand même fortement le supposer.
- La troisième raison, c'est que j'ai pris assez rapidement conscience que si l'on avait des médicaments dit conventionnels comme l'imatinib, c'était que des patients avaient accepté de le tester. J'ai estimé qu'il était important de faire ma part. Ayant une leucémie rare, j'ai trouvé important d'apporter ma brique à l'édifice et de donner de l'information aux chercheurs, information qui pourrait servir à soigner d'autres malades.

En règle générale, vous comprendrez donc que je pense qu'il faut accepter de participer à ce genre de protocole. Bien évidement, il faut bien comprendre ce que l'on vous propose. Quel est le bénéfice supposé du nouveau médicament? Quels sont les risques? Mais je crois que l'on peut dire que la médecine avance très vite sur ce genre de thérapie, et que chaque année qui passe amène son lot d'améliorations. Il y a maintenant d'autres molécules comme le nilotinib qui marchent sur des leucémies résistantes à l'imatinib. D'ailleurs, cela fait un moment que je ne suis plus l'actualité de la science dans ce domaine, mais je suis persuadé qu'il y a de nouveaux médicaments encore plus efficaces qui sortent chaque année, sans compter des nouvelles thérapies à base de virus du SIDA reprogrammé qui sont extrêmement prometteuses.

De toute façon, dites-vous qu'aucun choix n'est irréversible. Si un médicament ne fonctionne pas, on peut toujours en changer.

Allez-vous servir de cobaye?

Et bien oui, il faut être clair. C'est le but, voir si le nouveau traitement est plus efficace que l'ancien! Le truc, c'est que si l'on vous propose ce médicament, c'est que:
- Soit c'est votre dernière chance car les médicaments conventionnels ne marchent pas, et vous avez donc tout à y gagner.
- Soit les études préliminaires montrent que ce médicament est au moins aussi bon, et qu'il a toutes les chances d'être incroyablement meilleur que le médicament conventionnel, auquel cas, vous courrez effectivement un léger risque. Je pense d'ailleurs que le risque n'est pas que le médicament soit moins efficace que le conventionnel mais surtout qu'il ait des effets secondaires mal connus.

Alors oui, il y a un risque... Mais de toute façon, nous sommes dans le royaume de l'incertain. Est-ce que la maladie va répondre à ce medicament? Peut-être pas. Cela ne veut pas dire qu'elle aurait répondu au conventionnel. Cela ne veut pas non plus dire qu'elle n'aurait pas répondu: on en sait rien. On est dans le domaine des statistiques, et pour avoir des statistiques, on a besoin d'informations, donc que des malades acceptent de servir de cobayes. Sans tous les patients qui ont accepté de tester des nouvelles thérapies, jamais nous n'aurions eu les médicaments révolutionnaires que sont imatinib, dasatinib et nilotinib. Alors je ne vous dis pas qu'il faut se sacrifier pour la science, clairement il ne faut participer à une étude que s'il semble raisonnable de le faire (je serai le premier à refuser une étude sur les vertus de l'eau salée comme médicament de première ligne, c'est évident), mais en général, si on vous propose un protocole de recherche c'est que c'est raisonnable (et le médecin doit pouvoir vous expliquer assez facilement et clairement pourquoi c'est raisonnable).

De mon coté, j'ai accepté toutes les études qu'on m'a proposées, sauf un type particulier où il fallait me faire des biopsies de peau. L'idée me révulsait, donc j'ai dit non, ça dépassait mes limites. Il ne faut pas non plus se forcer à faire des trucs désagréables en plus, on en a bien assez à subir durant le traitement.

Pour terminer, il y a la question du consentement. Je vous avouerai que je n'ai aucune idée de comment cela se passe en France. Aux US, vous signez des espèces de contrats qui vous expliquent le protocole, les risques etc. Je suppose que c'est pareil en France, mais je n'en sais rien.

Voilà, j'espère que ce post vous aura un peu éclairé et aidé à prendre une décision. Je sais d'expérience que c'est une décision compliquée. Je sais qu'il est parfois difficile de se lancer et de prendre quelque chose de nouveau plutôt que le médicament traditionnel qui a fait ses preuves. Mais je crois que l'on est vraiment dans un secteur où l'experience montre que les nouveaux traitements sont incroyablement plus efficaces que les anciens. Il y a donc tout à gagner, à mon avis, à choisir la molécule la plus récente. Attention, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit: faites vos devoirs, demandez au médecin pourquoi il vous propose ce traitement et pas le conventionnel, posez des questions à l'équipe médicale, demandez quels sont les résultats de ce médicaments dans d'autres études, ou dans les études en cours. Et ne faites pas trop confiance à Internet, qui en général n'a pas des informations à jour sur ces sujets de pointe. Je suis à peu près sûr que dans tous les cas on vous dira qu'on vous propose ce médicament car toutes les études faites jusque là montrent qu'il est plus efficace et/ou qu'il a moins d'effets secondaires.

Dans tout les cas, je vous souhaite beaucoup de courage.

dimanche 22 janvier 2017

De l'art de demander de l'aide

Depuis que j'ai démarré ce blog, j'ai reçu un certain nombre d'emails d'inconnus me demandant de l'aide, des conseils ou des infos sur l'un des deux sujets principaux de ce blog: la leucémie ou l'expatriation.

Il y a grosso-modo trois types d'emails:
  • Le mail de "fan", assez (très) rare: "Bonjour, j'adore ce que vous faites, bla bla bla, je comprendrais que vous ne me répondiez pas, vous devez être très occupé, mais je tenais à vous le dire, bla bla bla".

Je ne vous cache pas que les quelques emails que j'ai reçu de ce type m'ont vraiment fait plaisir, c'est normal. Faut bien se dire que dans ma catégorie, on ne blog pas pour l'argent, donc de temps en temps, savoir que ce qu'on écrit parle à quelqu'un, ça fait du bien. Certains mails m'ont parfois donné l'impression d'être un ministre, qu'il ne faut surtout pas déranger, ce qui prête à sourire... On est loin de la réalité ;).
  • Le mail d'une personne qui a besoin d'infos, qui demande poliment, respectueusement, et qui montre qu'elle a clairement passé un peu de temps à lire le blog. Ce type de mail contraste évidement avec le troisième...
  • ... Puisqu'il s'agit du mail d'une personne qui a besoin d'infos, qui ne dit pratiquement pas "bonjour", qui ne se présente pas ou à peine, qui n'a clairement pas lu le blog, et qui veut que je lui ponde une dissertation sur tel ou tel sujet. Ce genre de comportement concerne d'ailleurs très majoritairement les questions concernant l'expatriation. Les personnes qui ont des questions sur la leucémie sont, quant à elles, en général extrêmement polies, ce qui semble assez normal étant donné la gravité du sujet.
Petit exemple d'un mail reçu récemment, qui m'a d'ailleurs donné envie d'écrire ce post. Attention, ce qui va suivre a tout d'une fessée cul nu sur la place publique, j'en ai conscience. Je le fais car je pense que les petits jeunes en tireront peut-être quelque chose d'utile. La personne qui m'a envoyé le mail en question paye d'ailleurs un peu pour les autres et fait les frais de l'agacement généré par un certain nombre de mails du même acabit. Désolé, c'est tombé sur toi, c'est le hasard, rien de personnel. Ceci étant dit, c'est parti.
Bonjour Je voulais avoir de renseignement car je suis actuellement en recherche d’un stage d’une durée de 6 mois qui aura lieux  l’année prochaine mais pour cela j’aurais besoin de renseignement sur la vie et comment on peut avoir des papier administratif ou même visa et autre merci d’avance 
 Trucmuche Machin Chose; Etudiant en relation publique événementiel

Bon.
Remarquons une première chose: ce mail commence par "Bonjour". Ne riez pas, ce n'est pas toujours le cas, j'ai envie de dire, un bon point, tout n'est pas à jeter.

Deuxième chose, nous avons affaire à un étudiant en relations publiques. Quelqu'un qui est voué a être communicant. On pourrait s'attendre à un minimum de savoir faire, donc. Je ne sais pas vous, mais moi, d'un étudiant en com', j'attends un mail qui m'explose le cerveau par son intelligence/originalité. On pourrait par exemple me proposer un partenariat quelconque pour me faire de la pub et me donner envie de répondre... Ou tout simplement, juste de me citer dans un rapport de stage, ou un truc du genre... Or, là, qu'avons nous?

Je voulais avoir de renseignement
Cela commence mal, très mal. Je voulais. Ouhlala... Tu veux, tu veux... Et bien je vais m'empresser de te satisfaire, bien évidement. Après tout, je n'ai que cela à faire, et puis tu as l'air tellement occupé que tu n'as pas eu le temps de mettre ta phrase au pluriel... A moins que tu ne veuilles qu'un seul renseignement? C'est possible, d'ailleurs, je n'y avais pas pensé à la première lecture. Honte sur moi, j'ai commencé par penser que tu étais un gros fainéant qui n'avait même pas pris la peine de se relire, alors qu'en fait, tu es juste un étudiant submergé de travail qui n'a pas eu le temps de relire cet email entre deux soirées mousses organisées par les STAPS deuxième année. Je comprends, je suis passé par là aussi. Continuons.

... qui aura lieux ...

Ah. L'hypothèse de la fainéantise se précise, là. Ou alors tu confonds allègrement pluriel et singulier. Dans ce cas, je te conseille vivement d'apprendre la différence rapidement, ça a une toute petite importance, en communication. Toute petite. Oui, c'est du lynchage gratuit, mais l'énervement monte à chaque fois que je relis mon post et que je remarque des fautes supplémentaires dans ton texte, désolé.

j’aurais besoin de renseignement

Toujours un seul renseignement donc. Bien, je ne t'en donnerai qu'un alors: l'ambassade des US a un site web. Voilà, je t'ai renseigné. Tu vois, j'y mets exactement la même dose d'effort que toi, c'est à dire aucun. Continuons.

comment on peut avoir des papier administratif ou même visa et autre

Alors là, j'adore. Déjà, notons encore une fois le soin apporté à l'orthographe. Je ne demande pas la lune, hein, moi non plus, je ne sais pas conjuguer au subjonctif. Mais mettre les "s" au pluriel, c'est un minimum, quand même. C'est un truc qui devrait être maîtrisé à l'entrée au collège, en gros, non? Bon, passons. Le truc que j'adore ici, c'est que le mec, il a besoin d'infos, mais il ne sait même pas bien quoi, en fait. C'est à dire qu'il n'a même pas fait un minimum ses devoirs pour savoir de quoi il avait besoin. Je vais te dire un petit secret, mon gars: si tu ne sais pas exactement sur quoi je dois te renseigner, et bien tu va être surpris: moi non plus! Bon, je suis un peu de mauvaise foi, car évidement, je me doute un peu de ce dont tu as besoin, en fait, vu que je connais pas mal la problématique de l'expatriation. Mais comme apparemment, tu n'as fait aucune recherche, alors que de nos jours toutes les ambassades ont des sites web avec des tonnes d'infos, et bien je n'ai pas bien envie de me décarcasser non plus.

Roh, et le "et autre"... J'avoue, j'ai ri. Tu mets quoi dans la catégorie "autre", toi? Tu veux que je t'explique où on achète des capotes aux US? Soyons sérieux deux secondes, quoi, on touche le fond là.

Tu vois, tu serais arrivé en me disant: "Je suis allé sur le site de l'ambassade des US et je suis complètement paumé parmi la multiplicité des visas, entre les visas J, L, M et O qui semblent tous plus ou moins concerner mon cas, je n'arrive pas à m'y retrouver, d'ailleurs je ne suis pas bien sur si c'est le seul type de papier dont j'ai besoin, avez-vous l'idée d'autres types de documents pouvant avoir une importance?" Et bien là, je me serais cassé le derrière pour trouver ce qui correspond exactement à ton cas. Enfin, non, d'ailleurs, je ne l'aurais pas fait en fait. Tu sais pourquoi? C'est simple. Ce que tu m'as dit de ton cas se limite à: je cherche un stage de six mois aux US dans tel secteur. Tu imagines bien que je connais par cœur le secteur des "relations publiques événementiel", d'ailleurs je vois tout à fait de quoi il s'agit et donc je comprends parfaitement ton besoin...

C'est ironique, au cas ou tu n'aurais pas remarqué.

Bon bref, vous imaginez bien que j'ai envie de répondre à ce mail comme de me pendre. Surtout vu la complexité et la chiantitude du sujet. C'est bête pour ce pauvre étudiant, d'ailleurs, car c'est vraiment un sujet compliqué, où il est très dur de s'y retrouver et où avoir le retour de quelqu'un qui s'y connait un peu fait gagner un temps incroyable. Désolé, mon gars. Pas de bras, pas de chocolat!

Vous savez, cela me fait penser à une anecdote qui est arrivée à Virginie. Elle bosse dans le recrutement, et récemment, elle a reçu un CV d'une jeune femme, avec une photo. Bon, déjà, grosse erreur, surtout aux US. N'envoyez pas de photo, jamais, votre CV serait refusé d'emblée car on peut être accusé de faire de la discrimination sur votre apparence. Ceci étant dit, me croirez-vous si je vous dis que la nana avait une bière à la main, sur la photo? Je vous parie que c'est le genre de personne qui va ensuite chouiner partout sur les réseaux sociaux que la France est un pays de merde, que personne ne répond à son CV alors qu'elle est super qualifiée, qu'elle cherche depuis des mois mais que tous les boulots sont pris, etc, etc etc.

Je vais vous dire un secret, oui, un de plus.

Si vous voulez un job, ou si vous voulez qu'un tiers fasse quelque chose pour vous, comme vous écrire un long mail vous expliquant comment faire pour avoir un visa, il va d'abord falloir que vous fassiez vos devoirs.

Cela veut dire y mettre les formes. Se présenter. S'intéresser à la personne. Montrer qu'on a un peu lu son travail, et pas sauté sur le premier lien rendu par Google. Cela veut aussi dire trouver un moyen d'être original, voir drôle. Ecrire un mail, une lettre de motivation ou un CV nickel; c'est à dire sans fautes d'orthographe. Moi, j'en fais sur mon blog, c'est certain... Mais j'essaie d'en faire le minimum, je me relis, et surtout... Je n'ai rien à vendre. Vous, si.

jeudi 12 janvier 2017

Meilleurs Voeux 2017!

Et c'est reparti pour le traditionnel post de bonne année!

Pourquoi est-ce que je me sens obligé de le faire, je me demande. Parce que c'est poli, j'imagine?

D'ailleurs, petit préambule, je m'étais engagé à poster tous les lundis, et vlan, trois semaines de silence. Bravo l'engagement! Il se trouve, et vous l'aurez compris, qu'avec les fêtes et la crève que j'ai attrapé au tournant de l'année, je n'étais pas au mieux de ma forme et donc j'ai un peu tout laissé couler le temps de reprendre des forces. Je vous assure que j'ai bien l'intention de le tenir; cet engagement.

Alors voilà, ceci étant dit, je vous souhaite à tous une très bonne année 2017! Je vous souhaite à tous santé, courage, et chance tout au long de cette année. Je pense que si l'on a ce triptyque, tout le reste suis :).

Vous savez, lorsque j'étais plus jeune, je trouvais le concept de souhaiter la nouvelle année idiot. Je crois que je l'ai déjà écrit dans un autre post de nouvelle année, mais comme j'ai la flemme de chercher sur mon propre blog, je vais y aller de mon petit laïus pour vous expliquer pourquoi je trouvais cela idiot, et pourquoi j'ai changé d'avis.

"Le temps est continu," pensais-je dans mon innocente jeunesse. "Cela n'a pas de sens de souhaiter qu'une année soit meilleure qu'une autre alors qu'une année n'est qu'une découpe arbitraire dans le flot constant du temps".

J'ai pensé cela jusqu'en 2012, je crois. Bon, je m'empiffrais quand même de foie gras, soyons clair. Pas fou le gars. Mais je le faisais en trouvant tout cela idiot, quelque part au fond de moi. Vide de sens. Sauf que, je me trompais. (petit aparté, notez que je ne me suis jamais posé la même question au sujet de Noël, alors que je n'étais pas croyant. Les miracles du conditionnement publicitaire, j'imagine).

Je n'avais pas encore réalisé que le temps n'est pas un flot constant et linéaire. En tout cas, pas sur Terre. Et oui, en bon enfant du monde moderne, j'avais oublié que puisque nous ne vivons pas dans une station spatiale mais sur un gros caillou, nous vivons au rythme des saisons. C'est dingue, d'ailleurs. C'est quelque chose qui semble évident, et qui était évident pour tout humain né avant 1950... Et puis la technologie nous l'a en partie fait oublier. Ce qui n'est pas un bien, je pense, car nous sommes très profondément influencés par les saisons. Je commence seulement à réaliser, avec l'âge, à quel point. Remarquez que cela fait plusieurs fois que je parle de mon âge. Et oui, je me sens vieux, cette année. En tout cas, je réalise que j'ai considérablement vieilli. Bon, passons.

Le temps, la vie, est faite de cycles, et je crois qu'il est important de bien le comprendre et de respecter les différents rythmes de l'année, pour tout un tas de raison que je développerai peut-être une autre fois. Ce qui m'intéresse ici, c'est qu'une fois que l'on a réalisé l'importance de ce cycle, il devient important d'en célébrer chaque nouvelle "itération". Il convient d'y faire attention, de prendre un moment pour faire le point sur le cycle passé, ainsi que de préparer le cycle à venir.

Je sens aussi, confusément et sans bien encore comprendre pourquoi, qu'il est important de respecter ce cycle à un niveau "fondamental", "spirituel". Le respecter en faisant nos  "offrandes", comme les anciens druides ou chaman, si vous voulez. Même si nos offrandes sont différentes, fêtes, libations, joie, vœux, toasts -grillés et au champagne-, etc, je crois qu'elles restent juste cela, des offrandes que nous faisons... A qui d'ailleurs? A la vie, j'imagine. A ce cycle dont nous faisons partie. A nous mêmes aussi quelque part, puisque nous faisons partie intégrante de ce cycle, toutes choses étant interconnectées. C'est important, de célébrer le fait d'être en vie, une fois de temps en temps.

Bref, je vous ai peut-être perdu là. Je me suis perdu en tout cas, ça, c'est sur ;-). Tout cela pour vous dire que je crois que c'est important, de fêter le nouvel an, voilà. Et que c'est pour ça que je fais un post de nouvel année tous les ans.

Je sais, vous trouvez peut-être que je n'ai pas inventé l'eau chaude, que je pratique une forme d'onanisme intellectuel devant quelque chose qui vous semble évident...  Mais pour moi, ce n'avait rien d'évident justement, jusqu'à assez récemment, en fait, puisque je crois que j'ai commencé à prendre du plaisir à célébrer la nouvelle année après la maladie. Pour moi c'est important de comprendre, d'aller un peu plus loin que de juste le faire parce qu'on l'a toujours fait. Symptomatique d'une génération qui n'hérite plus du système de croyance de ses parents mais qui se construit le sien, j'imagine.

Donc encore une fois, meilleurs vœux pour ce nouveau cycle. La prochaine fois, je vous parle de mes résolutions. Mais surtout, j'essaierai de vous expliquer comment je conçoit les résolutions de nouvelle année, ce qui est plus intéressant que de juste vous raconter ma vie. A lundi!

lundi 19 décembre 2016

De l'écriture

Cela fait maintenant à peu près 3 ans que je vous dis que j'écris un roman. Qui n'est toujours pas terminé, et j'avoue que même si je me suis fixé le but de finir en 2017, je ne sais pas du tout si en pratique je vais y arriver.

Il y a 2 raisons à cela (enfin, 3 en fait).

La première c'est évidement que j'écris en anglais, ce qui ralentit tout le processus. C'est assez évident pour que je ne détaille pas plus.

La deuxième, c'est que je suis perfectionniste (en tout cas en ce qui concerne l'écriture). J'ai du éditer le premier chapitre une bonne dizaine de fois, et ce n'est pas encore "parfait". Je vais probablement encore travailler dessus. Alors comme il y a une trentaine de chapitres, vous imaginez le boulot...

La plupart des écrivains confirmés conseillent d'écrire d'abord le premier jet, sans se préoccuper d'éditer, afin d'être sûr de finir le bouquin, sans tomber dans le piège de l'édition permanente qui fait que l'on ne finit jamais. C'est un conseil que j'essaie de suivre, mais il faut être clair: il y a des moments où l'on n'a pas d'inspiration, et alors plutôt que de ne rien faire, j'édite des chapitres déjà écrits.

Je suis vraiment sensible à la qualité de l'écriture. Non seulement j'ai envie de raconter une bonne histoire, mais j'ai aussi envie de livrer un texte d'un haut niveau "littéraire". Cela ne veut pas dire forcément un texte complexe d'ailleurs, un truc plein de métaphores imbitables et de mots que personne ne connait. Au contraire même. J'ai envie que chaque phrase soit parfaite, que le style disparaisse à la lecture. Cela semble contradictoire, alors je m'explique: le texte doit être tellement poli que le lecteur ne bute jamais sur une phrase. Il faut qu'il puisse avaler les pages sans qu'il n'y ai jamais de ralentissement parce qu'un paragraphe est trop lourd, confus ou quoique ce soit du genre. Comme j'ai tendance à faire de longues phrases alambiquées, ce que vous avez peut-être remarqué en lisant ce blog (ce paragraphe même), cela me demande beaucoup de travail d'édition. Et puis ensuite, il y a une limite fine à trouver! A quel point est-ce que je cisèle le texte consciement, et à quel point je laisse ma "voix" naturelle s'exprimer? C'est un problème compliqué, d'où le temps passé.

La troisième raison pour laquelle je n'ai toujours pas fini ce livre est en définitive la plus importante.

J'ai commencé ce livre pour rire. J'ai écris un paragraphe de fiction, un jour, pour voir, comme ça. Et puis ensuite c'est sorti tout seul. J'ai aimé ce que j'écrivais, alors j'ai continué. Et continué, et continué, sans véritable plan. Je ne suis plus un écrivain débutant : après les années passées à écrire sur ce blog, j'ai écrit l'équivalent de deux "La guerre et la paix" (j'ai compté --avec un programme informatique--, en nombre de mots, j'en suis en gros au million de mots). Cela représente une certaine expérience. En revanche, je suis un écrivain débutant en fiction. C'est très différent de l'écriture d'un blog, la fiction.  Cela nécessite des compétences très particulières : intrigue, rythme, développement des personnages, écriture des dialogues, des descriptions, construction d'un monde... Tout un ensemble de choses que j'apprend au fur et à mesure.

3 ans plus tard et plus de 400.000 mots écrits jusqu'ici entre le roman, les deux nouvelles et mes notes, je commence à avoir un peu de bouteille. Et j'en arrive à un point où je comprend comment on doit écrire des dialogues. Comment on doit développer une intrigue. Comment on développe un personnage. Sauf que j'ai déjà 75% du roman écrit, pendant une période où toutes ces notions étaient plutôt vagues.

A force de travailler, à force de lire des livres sur 'l'écriture", de visionner des cours donné par des pros, j'ai développé ma compréhension de ce qui fait un bon livre, une bonne histoire... Et je sais que je n'ai pas encore le niveau. Si vous voulez c'est un peu comme la différence entre moi, un passionné de voiture, et un garagiste. Moi, je sais qu'une ferrari, c'est une pure caisse. Le passionné de voiture qui lit auto-plus va pouvoir expliquer pourquoi en détail. Le garagiste va pouvoir intervenir sur la mécanique. Là, en ce qui concerne l'écriture, je suis au niveau de l'amateur passioné, c'est à dire de la personne qui comprend toute l'étendue et la complexité du travail du professionnel. Et je réalise le chemin qui me reste à parcourir.

Je me retrouve à un point où je me dis que je devrais jeter tout ce que j'ai écrit, et recommencer, avec un plan cette fois-ci. Je me retrouve à un point où je me dis que je devrais écrire une centaine de dialogues pour m'entrainer et arriver au niveau qui m'intéresse, que je pressens exister, que j'entrevois grâce à l'expérience.

Je sais que ce n'est pas la solution. Les retours sur ce que j'ai fait lire sont bons. Mais j'ai maintenant envie d'ajouter des éléments à mon histoire qui sont difficiles à intégrer à la structure existante. En fait, je dois trouver un équilibre entre l'enthousiasme juvénile qui caractérise ce que j'ai déjà écrit, l'écriture plus mature et posée qui me caractérise à présent, et la vision de ce qu'est une écriture réellement de qualité, que j'ai maintenant (passé, présent, futur...). Je dois trouver un équilibre entre le travail que je fourni pour me développer en temps qu'auteur, la "musculation", et le fait d'écritre mon histoire. C'est tout le paradoxe: il ne faut pas tomber dans le piège de ne rien livrer et de ne faire que de la musculation non plus...

En fait, la solution c'est que je dois accepter que ce livre reflète mes compétences du moment. Il faut que lorsque j'écris, j'oublie la technique pour me concentrer sur ce qui importe vraiment: écrire l'histoire que j'aurais envie de lire. Ce n'est pas facile, mais bon.

Allez au boulot, et je le répète: ma bonne résolution de 2017, c'est de le finir, ce bouquin.

lundi 12 décembre 2016

De retour

Salut à tous!

Et oui, cela fait un moment que vous n'avez pas eu de mes nouvelles. J'ai eu besoin de m'éloigner un peu du monde de la leucémie, je n'avais aussi plus envie de parler d'expatriation pour des raisons évidentes... Et puis j'étais très occupé à me construire une nouvelle vie!

Il est temps que je m'y remette, et surtout que je remette un pied dans le monde. Oui, depuis deux ans, j'ai l'impression de vivre en dehors du monde. Je me suis centré sur ma petite famille (j'ai rencontré une femme qui a une fille d'une douzaine d'années et nous vivons ensemble depuis un an, pour ceux qui n'auraient pas suivi), sur le boulot (je retravaille à mi-temps, enfin un peu moins), et sur l'écriture de mon bouquin, en gros. J'ai perdu de vue la plupart de mes amis, ne gardant le contact qu'avec les plus proches, j'ai perdu le contact avec la plupart des relations que j'avais noué via ce blog, j'ai "oublié" (c'est à dire remis à plus tard continuellement) de répondre aux mails de certains d'entre-vous...

Il est temps que cela cesse.

Je ne sais pas pourquoi j'ai eu besoin de m'isoler autant. Enfin, si, j'ai quelques pistes. J'ai choisi de me concentrer sur moi et sur ma relation avec V. J'en avais besoin, après le divorce. Besoin de reconstruire, de réapprendre à aimer et être aimé. Il fallait que je me focalise sur cela, car j'ai besoin de l'équilibre que me procure une relation amoureuse, je suis comme cela. J'avais aussi besoin de sortir du monde de la maladie, de revenir dans un monde à peu près normal, je pense que c'est compréhensible. Et puis surtout, après la commotion énorme du divorce et du retour en France, j'avais besoin de faire le point, de réapprendre à me connaître, de redéfinir ce que je voulais. Enfin tout cela, ce sont de bonnes raisons que je peux donner pour qu'on me plaigne, en fait je sais très bien que ma réaction face à un trauma, c'est toujours de me recroqueviller dans ma coquille pour une durée indéterminée. Sale habitude, dont j'ai conscience, qui est dure à vaincre.

Et puis bien sur, il y a toujours le spectre des séquelles du traitement, et en particulier l'insuffisance des surrénales qui font que j'ai aussi beaucoup manqué d'énergie pour faire autre chose que de me concentrer sur l'essentiel. Il faut avouer que quand on a déjà une tendance au repli sur soi, la fatigue et la douleur chronique, ce ne sont pas les meilleurs copains du monde.

Le paradoxe d'aujourd'hui, c'est que je viens d'apprendre que j'en reprenais pour 6 à 12 mois de fatigue chronique, à coup de 11-13h de sommeil par jour. Pourquoi? Et bien parce que la phase finale est arrivée: on va me sevrer du dernier médicament hérité de la leucémie: l'hydrocortisone. Ce sevrage va à nouveau me tabasser, alors que j'allais globalement mieux. Mais ce coup-ci, j'ai décidé que cela ne me ferais pas rentrer à nouveau dans mon terrier alors que j'en sors à peine. Marre, du terrier.

J'ai décidé qu'il était temps de lancer un certain nombre de projets, de monter en puissance sur d'autres. Il est urgent de ne pas se laisser abattre. Peut-être que la différence aujourd'hui, c'est que je vois la fin du tunnel, je ne sais pas. J'ai aussi beaucoup appris sur comment gérer mon temps et ma fatigue, et j'ai décidé d'implémenter un certain nombre de techniques pour contourner le problème. Peut-être tout simplement que la dépression me lâche enfin un peu la couenne, et que du coup, j'arrive malgré tout à trouver les ressources pour avancer. Peut-être que le fait d'être heureux, cela fait la différence. Je me rends compte que c'est une question idiote en l'écrivant, je vous rassure.

Peut-importe, l'important c'est le résultat. Et le résultat c'est que:
J'ai décidé de recommencer à écrire sur ce blog. J'aimerai arriver à écrire un post par semaine. Rendez-vous tous les lundis?

J'ai décidé de renouer les contacts que j'ai laissé en plan, en espérant que vous me pardonniez de mon silence.

J'ai décidé de démarrer un nouveau blog parlant uniquement de qualité de vie, de vie spirituelle, et de chamanisme. Pourquoi un nouveau blog? Et bien j'aimerai que le thème soit clairement identifiable, très centré, contrairement à ces carnets qui sont un gros gloubiboulga de tout ce qui m'intéresse. Je voudrais le distancier du sujet de la leucémie.

J'ai décidé de finir mon livre en 2017.

Voilà en gros pour les projets liés de près ou de loin à ce blog.

A bientôt!

mercredi 9 mars 2016

Cinq ans!

Et voilà, c'est l'anniversaire des 5 ans du diagnostic.

Vous savez quoi? J'avais oublié.

C'est un SMS de ma mère qui me l'a rappelé. Je trouve que c'est un signe très encourageant. La maladie n'est plus ce à quoi je pense en me levant, je suis passé à autre chose.

Beaucoup de gens m'ont demandé des nouvelles. Cela fait quoi, 8 mois que je n'ai rien écrit ici? Il y a plusieurs raisons. Je pense que déjà j'avais besoin d'un break. Même si je ne suis pas obligé de parler de leucémie, ce blog m'y ramène tout de même constamment. J'avais besoin de me sortir de cet univers, de me concentrer sur autre chose. Pour la même raison, j'ai perdu le contact avec pas mal de malades avec qui je correspondais. Ce n'est pas par manque d'intérêt, au contraire. C'était plutôt une démarche inconsciente, un peu égoïste. J'ai remis à plus tard de répondre à certains mails. Les jours se sont transformés en semaines, en mois, en années pour certains. Je m'en excuse, mais j'en avais besoin, je crois.

D'autant que la maladie rythme toujours mon quotidien, au final. Je souffre toujours de douleurs chroniques, qui même si elles sont relativement bien gérées au jour le jour, m'interdisent un certain nombre d'activités qui faisaient partie de ma vie d'avant. L'autre problème, c'est la fatigue. Pour une raison que j'ignore et que j'aimerais bien élucider, je suis toujours constamment crevé. Cela s'améliore lentement, mais les progrès se mesurent en mois, voir en trimestres. Je dors mes 12h par jour, sans lesquelles je ne suis bon à rien. Si je ne dors pas ce nombre d'heure, je suis une loque toute la journée, et je suis obligé de faire une grosse sieste (qui ramène mon compteur à 12h).

Un médecin imbécile m'a dit "Vous savez, moi je me lève à 6h du matin tous les jours, alors bon ne vous plaignez pas trop de trop dormir". Manifestement, il n'a pas beaucoup réfléchi à ce que cela implique. Mes journées commencent véritablement vers 13h, et vers 22h je commence à tomber. Vous imaginez la vie? Le temps que cela me laisse pour faire des choses? La vie que cela impose à ma famille? Le week-end, Julie et Virginie sont levées à 8h, et m'attendent pendant 4h. On ne peut faire des choses que l'après-midi entre 14 et 18h... Ce n'est pas fun tous les jours.

C'est l'autre raison qui fait que je n'ai pratiquement rien écrit ici l'année dernière. Je bosse, 12h par semaine, ce n'est pas grand chose, mais cela m'occupe quand même 3 jours par semaine (rappelez-vous mes journées sont essentiellement des après-midi). Le temps qu'il me reste, je le consacre à mon bouquin, sur lequel je continue à travailler sans relâche. J'ai récemment écrit les 2 derniers chapitres, et il me reste 3 chapitres (sur 22 écrits) à caser au milieu du livre, sur lesquels je travaille actuellement. Bref, cela avance, mais cela pompe toute mon "énergie créative".

Aujourd'hui, je vais plutôt bien. Julie et moi sommes à la maison, cassés par un virus de passage, mais à part cela, tout va bien. Nous avons emménagé ensemble, et je ne pourrais pas être plus heureux sur le plan personnel et affectif. Ceci étant dit, une ado, c'est pareil, cela prend du temps, mais c'est une expérience incroyable pour moi à pleins de niveaux.

Je réalise en écrivant que j'ai à nouveau envie d'écrire ici. Cette année passée avec ses épreuves (divorce, deuils familiaux), ses grands bonheurs (ma petite famille) et ses regrets (j'ai un peu disparu de la circulation et perdu le contact avec des amis proches, une erreur qui me mine et que je dois réparer), m'a fait avancer. J'ai de nouveau des trucs à raconter, des réflexions à partager, qui ne concernent pas que la maladie, et ça, c'est vraiment cool.

Je vous laisse un peu en plan, je n'ai pas construit ce post et je ne sais pas s'il a vraiment du sens. Je voulais juste donner signe de vie, montrer aux malades qui me lisent que l'espoir est là, que tout passe, au travers de ce cinquième anniversaire que j'ai oublié. Je pense que vous pouvez vous attendre à me relire bientôt, avec une nouvelle fournée d'inspiration. Et j'en profite pour au passage vous souhaiter à tous une très bonne année en retard (j'ai même dérogé à cette habitude cette année!), beaucoup de courage et d'amour à tous.

A bientôt.

samedi 17 octobre 2015

La loi des plaines, dernier chapitre: Le vent souffle sur les plaines

Je vous avais dit que je publierai le dernier chapitre immédiatement après le 15, mais il se trouve que je suis malade depuis une semaine et ces deux derniers jours, j'ai été cloué au lit par une sale rhino-pharyngite ou un truc du genre. Rien de grave, mais bon, comme d'habitude, ça dure un peu plus longtemps que pour d'autres gens. Bref, ce soir cela va un peu mieux alors j'en profite pour publier la fin de l'histoire. Maintenant qu'elle est terminée, je ne peux que vous conseiller de la relire en entier car je ne l'ai pas écrite pour qu'elle soit publiée en épisodes, le rythme est plus adapté à une lecture continue. Je serais ravi que vous me fassiez vos retours, bons comme mauvais du moment qu'ils sont argumentés. Ces posts n'ont généré que peu de commentaires, je ne sais pas si c'est parce que ce genre d'histoire n'est pas la tasse de thé de mon lectorat habituel, si c'est parce que vous attendiez la fin, ou si parce que c'est simplement très moyen. J'ai vraiment besoin d'un retour, c'est le seul moyen que j'avance. Voilà, j'espère du fond du coeur que cela vous aura plus et vous avoir un peu faire voyager dans mon monde. Une dernière note, ce que vous avez lu a été écrit en anglais à la base et je l'ai traduit pour vous, et le résultat n'est pas exactement comme le texte original. J'ai fais ce que j'ai pu.
Tabbananica et Bowahquasuh durent vraiment se démener pour arriver à perdre les Chats-Rasoir. Ils avaient distancé les plus jeunes facilement, mais les plus âgés étaient presque aussi rapides que les chevaux des jeunes braves. En fin de compte, ce fut juste un concours d'endurance. Les chevaux pouvaient maintenir un rythme soutenu plus longtemps, alors après quelques heures d'une course mortelle, les prédateurs finirent par abandonner. Sagement, les chasseurs continuèrent à avancer pendant un moment avant de s'arrêter et de changer de monture. Il était temps de revenir à la tribu et Tabbananica, en utilisant son Don, commença à rechercher des signes du convoi.
Il aperçut finalement un nuage de poussière pouvant indiquer la présence de chevaux, fit le point avec sa vision surnaturelle... Et blanchit instantanément. Il jeta un autre regard, incapable de comprendre ce qu'il voyait, puis un autre. Les couleurs se vidèrent de son visage. Enfin, il réalisa qu'il ne rêvait pas, ce qu'il voyait était bien réel. Il cria de désespoir, un long cri qui effraya les chevaux et lui blessa la gorge et les oreilles, un cri aussi hideux que le spectacle devant lui. Il griffa son visage de ses ongles, il voulait arracher son œil, il aurait tout fait pour arrêter la vision cauchemardesque mais il ne pouvait pas détourner le regard. C'était sa tribu, son peuple, sa famille...
"Que se passe-t-il?" demanda Bowahquasuh. Elle avait posé la question, mais elle connaissait déjà la réponse. Rien d'autre n'aurait pu horrifier son ami ainsi, rien que...
"Des morlocks. Ils sont tous morts".
En silence, ils attendirent que la horde quitte la scène de son crime atroce. Ils ne parlaient pas, il n'y avait rien à dire. Puis, finalement, la horde disparu. C'était étrange, pendant un long moment, elle était là et juste comme ça, elle s'évanouit. Tabbananica supposa qu'il s'était assoupi, ce qui pouvait très bien être le cas étant donné la journée infernale qu'ils venaient de vivre.
Toujours muets, ils chevauchèrent jusqu'à l'emplacement du massacre. La plaine était silencieuse comme une tombe. Juste le bruit sourd des sabots de leurs chevaux sur l'herbe moelleuse et le doux bruit du vent. Le vent. Il soufflait tranquillement, le vent était toujours là et ne se souciait pas de la vie des morlocks et des hommes. Il soufflait comme il l'avait toujours fait. C'était irréel, la vie de la plaine continuait, mais tout autour de l'ancien campement, tout ce qu'ils pouvaient voir, c'était la mort. Les deux survivants pleurèrent en voyant les corps de leurs amis horriblement mutilés, mais ce n'était pas le pire. Certaines personnes revenaient d'entre les morts et se transformaient en morlocks, c'était donc une tâche vitale pour assurer la paix éternelle à leurs proches que de les poignarder à la base du crâne, détruisant ainsi le cerveau.
Il avancèrent, absorbés par leur ignoble tâche, corps après corps, cadavre après cadavre, poignardant les membres de la tribu un par un à la base du crâne. Femmes, enfants, vieillards, braves dans la force de l'âge… Personne n'avait pu s'échapper. Ils trouvèrent Yahneequena et Wakaree, enlacés dans la mort à coté du cadavre d'un gigantesque kʉtsʉtoya. Tabbananica frémit de fierté en voyant la lance dépasser de la bête. Ces deux-là avaient bravement combattu.  Tous les chasseurs étaient mort bravement, d'ailleurs. Tous avaient leur arme plongée dans le corps sans vie d'un morlock. Pourtant, cela ne diminuait pas la douleur. Bowahquasuh tomba à genoux quand elle vit les restes de son père. Elle n'arriva même pas à pleurer, elle était au-delà des pleurs. Elle s'agenouilla là, le regardant  comme si elle pouvait le ramener en le fixant assez fort. Tabbananica se leva et la détourna pour ensuite recouvrir le visage défiguré du père de son amie.
Ce jour-là, ils durent plonger leurs couteaux dans leurs amis, leurs parents, leurs proches, dans les chevaux même. Lorsqu'ils eurent enfin fini, ils étaient fous de douleur et brûlant de haine et de soif de vengeance. Enfin, ils se tournèrent vers le cadavre de Kanaretah. Elle était couverte de la carcasse de Neraquassi. Le pauvre cheval avait été à demi dévoré mais la chef de guerre avait étonnamment été épargnée par ce destin funeste. Elle gisait, exsangue, vidée de son sang par plusieurs blessures béantes, mais son corps n'avait pas été profané par les monstres cannibales. Peut-être que les Morlocks en avaient finalement eu assez et étaient passé à autre chose.
Bowahquasuh lutât pour soulever l'encolure de Neraquassi afin de dégager le corps de sa chef. Elle haletait d'épuisement, le cheval pesait une tonne et elle n'arrivait pas à le faire bouger. Elle cria de frustration, elle était au bord de la folie. Après l'horreur de la journée, le fait même d'assurer  le repos de sa bien-aimée Kanaretah lui était refusé. Elle était sur le point de s'effondrer sous le poids de son désespoir quand un mouvement la fit sursauter. Elle tomba presque sur les fesses alors que quelque chose se mit à bouger sous le corps de Kanaretah.
"Quanah!" cria-t-elle. "Tabbananica, le jeune Quanah est vivant !!".
Le chasseur se précipita à ses côtés pour l'aider. Quelques instants plus tard, Bowahquasuh pleurait de joie en serrant le jeune enfant évanoui contre sa poitrine.
C'était un miracle.


mercredi 14 octobre 2015

La loi des plaines chapitre 15: Kanaretah

Voici l'avant dernier chapitre de ma nouvelle. J'espère que cela vous plaira, et je vous donne rendez-vous demain pour l'ultime chapitre de cette histoire.

Kanaretah aboya ordre sur ordre, faisant de son mieux pour que la tribu se disperse. Elle criait tellement que sa gorge lui faisait mal, sa voix devint rauque et finalement se brisa. Tout en hurlant, elle attrapa un jeune Nʉmʉ, presque un enfant. Elle se souvint qu'il s'appelait Quanah. Alors qu'elle haranguait les traînards, elle le fit monter en selle et le tint serré contre elle puis lança Neraquassi au galop.

C'était inutile.

Elle regarda avec incrédulité les morlocks se ruant à quatre pattes sur les chevaux avec une férocité et une voracité incroyable. Certains d'entre eux se mirent à courir après elle, d'autres essayaient de rattraper les humains qui étaient le plus loin de la horde, ceux qui étaient à l'avant du convoi. Elle pleura en voyant les siens, ces mêmes personnes dont elle aurait juré il y a quelques moments qu'ils avaient une chance de s'en sortir vivants, ces gens qu'elle connaissait tous par leur nom et qu'elle était censée protéger, être acculé par les monstres enragés.

Elle ne comprenait pas pourquoi les chevaux n'arrivaient pas à distancer ces maudits démons. Cela n'avait plus d'importance. Elle saisit son arc et tua quelques morlocks avec des flèches bien placés, mais une bête bondit sur Neraquassi et lui déchira la gorge. Elle sentit la douleur de son ami dans son esprit, il lui sembla qu'elle sentait sa douleur plus que la sienne propre alors qu'elle heurtait le sol. Instinctivement, elle avait tenu le garçon serré contre elle et avait roulé sur le dos de façon à amortir leur chute et le protéger, mais à cause de cela sa tête heurta une pierre. La commotion ne la tua pourtant pas. Même la grâce d'une mort rapide lui fut refusée. Neraquassi lui tomba dessus, lui cassant la jambe, puis les morlocks se jetèrent sur leurs trois corps et leurs plantèrent des crocs ignobles dans le corps. Il y avait tellement de monstres se battant pour un morceau de ses os brisés qu'elle ne sut même pas qui ou quoi la tua, mais elle aurait été fière de savoir que dans ses derniers instants, elle ne laissa jamais échapper le moindre cri de douleur et qu'elle réussit même à dégainer son couteau et à éventrer l'un des monstres.

Le combat n'en était pas un, pas vraiment. Beaucoup de morlocks trépassèrent, c'est vrai, et les Nʉmʉ auraient été fiers de savoir combien de temps ils avaient réussi à survivre, mais, ainsi que Yahneequena l'avait réalisé, ils n'avaient jamais eu la moindre chance. En quelques minutes, ils étaient tous morts et les seuls sons qui restaient étaient celui de la lente brise et du bruissement de l'herbe... Et celui des morlocks se régalant de leurs corps encore chauds.

mardi 13 octobre 2015

La loi des plaines, chapitre 14: La dernière charge des Nʉmʉ

Voici l'avant-avant dernier chapitre de "La loi des plaines". Merci à Anne pour ses encouragements, promis quand je publierai les deux derniers chapitres, je n'attendrais pas des semaines pour le faire :). Merci à Antoine aussi de m'avoir envoyé son trailer, même si j'aurais aimé au passage avoir tes impressions (puisque j'imagine que c'est le but de ton envoi :) ). 

Kanaretah maudit le vieux chaman d'avoir osé prendre une décision à sa place mais elle savait qu'il avait eu raison en l’empêchant de combattre. Elle pouvait sauver plus de vies en faisant ce qu'elle faisait de mieux: diriger et mener son peuple au travers de la tourmente. Elle était le Chef de Guerre.

"Dispersez-vous!" cria-t-elle. "Les chasseurs et les adolescents, dispersez vous au hasard! Prenez deux chevaux chacun si vous le pouvez, partez par paire! Un chasseur, un jeune! Prenez la personne la plus proche de vous! Ne pensez pas! Bougez, bougez, bougez!"

La tribu avait été paralysée par la vue de la horde sortant du brouillard. Heureusement, les Nʉmʉ furent galvanisé par la présence et la détermination de leur chef. Les chasseurs se bousculèrent et attrapèrent les enfants les plus proches. Ils avaient collectivement un but et une forme d'ordre commença à émerger du chaos. Kanaretah affermit sa détermination. La loi des plaines était très claire quand à ce qu'elle devait faire ensuite, mais elle abhorrait cette idée.
"Laissez les nourrissons derrière si vous ne pouvez pas les porter! Si vous n'êtes pas un chasseur, vous prenez les armes et vous emmenez ces salauds en enfer! Rien d'autre!" cria-t-elle à nouveau.
Elle ne le savait pas, mais alors qu'elle disait cela, des larmes coulaient sur ses joues.

Boyahwahtoyehe apparu à ses côtés.
«Tu as bien fait, mon amie," dit-il. «Nous sommes tous morts de toute façon, autant essayer de sauver les quelques-uns qui ont une chance de survivre à l'hiver."
"Peut-être qu'ils pourraient atteindre Gond," dit-elle la voix tremblante. "La ville leur donnerait asile pour l'hiver comme leur Dette envers nous le demande. Ou ils les enverraient au Rocher par Train Eolien, ou à un endroit où il y a suffisamment de nourriture… Ils seraient..."
L'ancien Chef de Paix leva la main.
"Stop. Nos lois nous ont permit de survivre aux pʉetʉyai contre toute attente pendant près de six siècles. Ne les met pas en doute maintenant. Allez. Il est temps pour moi de mourir dignement et pour toi d'essayer de vivre."

Kanaretah savait qu'il avait raison, mais elle détestait cela, elle détestait la Loi et son Devoir. Non, elle détestait les Morlocks, ces bêtes misérables qui avaient transformé les plaines en une zone de guerre infernale où les parents devaient abandonner leurs enfants et se précipiter vers une mort certaine. Boyahwahtoyehe leva sa lance au-dessus de sa tête en hurlant. Derrière lui, de nombreuses voix lui firent écho. Les anciens de la tribu s'étaient rassemblé autour de leur chef, prêts à se battre.
«Allez, mon vieil ami. Rendons le Grand Esprit fier," dit Kanaretah.
La horde se rapprochait. Ils entendirent la montée des vents, le grondement du morlock sombre et les vents mourir. Le temps était compté. Kanaretah lança un dernier sourire à son ami et demanda à Neraquassi de se diriger vers les traînards. Elle ne se retourna pas.

Les anciens de la tribu chargèrent comme un seul homme. Leur cri de guerre était si puissant que, pendant quelques secondes, il couvrit le bruit de milliers de Morlocks piétinant le sol. Chacun d'entre eux tua un morlock avec sa première frappe. Mais ce n'était seulement que quoi, peut-être vingt ennemis morts sur plus d'un millier? Ce n'était pas suffisant... Et puis la horde passa à l'attaque.

Les morlocks étaient tous différents. Selon les légendes, c'étaient en fait des humains corrompus par Tanasi-pʉetʉyai, le roi fantôme. Pour la plupart, ils avaient gardé une forme humanoïde, mais leur taille variait considérablement. Certains faisaient trois, voire quatre mètres de haut. Certains étaient des créatures chétives de moins d'un mètre. Certains étaient forts, certains étaient rapide, certains tout cela à la fois. Certains avaient des griffes qui pouvaient déchirer les armures, d'autres des cornes qui pouvaient percer l'acier. Les plus dangereux avaient une fourrure qui se transformait en lames comme les Chats-Rasoirs, d'autres en armure comme les morduans. Il n'y avait pas de règles, sauf une. Ils étaient tous très difficiles à tuer. Les morlocks pouvaient survivre à la plupart des blessures comme si elles n'étaient que des égratignures et même les guérir en quelques minutes. La seule façon de les tuer à coup sûr était de leur porter une frappe mortelle, détruisant soit leur cerveau, soit leur cœur, ou bien d'infliger assez de dégâts pour qu'ils meurent avant d'avoir eu le temps de commencer à guérir. Mais parfois, ils avaient plus d'un cœur ou plus d'un cerveau ou n'avait pas besoin de l'un ou l'autre ni même de sang pour survivre. Chaque morlock était un problème différent et vicieux, un problème mortel.

Vingt guerriers Nʉmʉ, même des vétérans tels que ceux qui avait chargé la horde, n'avaient absolument aucune chance. Vingt morlocks auraient suffit pour les anéantir, après un long combat, peut-être. Devant un millier, ils ne pouvaient qu'espérer les ralentir et cet espoir était mince au mieux. Alors, ils n'essayèrent même pas de tuer les monstres après leur charge initiale. Ils cherchèrent juste à les neutraliser suffisamment longtemps en blessant leurs jambes ou en les aveuglant en les frappant aux yeux. Leur seul espoir était que les morlocks blessés se retournaient parfois les uns contre les autres mais même cela ne les retarderait pas assez longtemps. Même si par chance une bagarre éclatait entre une centaine de morlocks, la horde continuerait tout de même à aller de l'avant.

Boyahwahtoyehe avait planté sa lance en plein milieu du visage d'une bête à l'apparence particulièrement repoussante, recouverte de plaques chitineuses sur tout le corps. Il cracha.
"T'aurais dû porter un casque!" dit-il avec défi.
Il récupéra sa lance en s'aidant de l'élan de son cheval et décrit un arc. A moitié à dessein, à moitié par pur hasard, parce que les morlocks étaient entassés les uns contre les autres, il effleura la tête de plusieurs d'entre eux, coupant quelques yeux et quelques nez, faisant assez de dégâts pour les faire tomber dans une frénésie meurtrière et les monter les uns contre les autres. L'un des monstres avait du sang qui lui dégoulinait dans les yeux et fut momentanément aveuglé. Quand un autre s'écrasa contre lui, il percuta le coupable. Il avait des crêtes osseuses barbelées sur la poitrine et attrapa son adversaire, le serrant dans une étreinte d'ours, l'écrasant. Quand la misérable créature devint flasque, le morlock barbelé lui mordit le cou et l'ouvrit. Rendus fous par l'odeur du sang, les autres morlocks autour d'eux leurs sautèrent dessus. Bientôt, la masse indistincte de créatures en train de se battre fût piétinée par la horde qui continuait à avancer.

Le cœur de Boyahwahtoyehe se serra. C'était sans espoir. Rien ne ralentirait assez les morlocks pour que la tribu s'en sorte. Des aboiements furieux autour de lui. Les molosses du clan, d'énormes chiens de chasse qui étaient soit semi-sauvages soit Doués un peu de la même manière que les chevaux, se lancèrent dans la masse d'assaillants. Ils tuèrent quelques monstres et combattirent bravement. Même dans leur esprit simple de chiens, ils étaient conscients qu'ils allaient mourir, mais ils se battaient tout de même pour protéger la tribu. Ils faisaient partie de celle-ci autant que n'importe quel humain ou cheval.
Ces chiens énormes et musculeux étaient féroces. Ils étaient utilisés pour chasser les bêtes les plus dangereuses des plaines. Ils étaient redoutables et courageux et plus qu'à la hauteur de la plupart des morlocks... Mais la bravoure ne gagnait pas un combat, surtout pas avec un tel déséquilibre de forces. Un par un, ils moururent, chacun d'entre eux emmenant un ennemi dans la mort avec lui. Pourtant, ce n'était pas assez.

Boyahwahtoyehe perdit sa lance. Elle avait été arrachée de ses mains lorsqu'il l'avait coincé dans la cage thoracique d'un morlock. Il attrapa deux flèches de son carquois et les planta dans le visage d'une petite teigne difforme qui lui tenait le pied avec des bras plus long que ses jambes, essayant de le jeter à bas de son cheval. Un autre petit morlock sauta sur la croupe de sa monture, saisit sa veste de cuir et réussit finalement à le jeter à terre. Il atterrit lourdement sur le dos, momentanément abasourdi. Il eu juste le temps d'atteindre son couteau quand une chose avec une mâchoire aussi épaisse que sa tête sauta sur lui. Elle ouvrit une gueule incroyablement large, révélant trois rangées de dents. Boyahwahtoyehe n'était pas le père de Bowahquasuh pour rien. D'une main il saisit la mâchoire inférieure de la bête et la tira vers lui. La surface de la peau du vieil homme brillait, elle était aussi dure que l'acier et les dents ne parvinrent pas à la percer. La bête essaya de se libérer mais Boyahwahtoyehe la tenait fermement et lui plongea son couteau dans le palais, puis dans le cerveau. Le cadavre tomba sur lui, complètement flasque.
"Ha!" cria Boyahwahtoyehe frénétiquement. "Pas de dîner pour toi ce soir!"
Il ne sut jamais ce qui le tua. Un énorme morlock de plus de trois mètres de haut lui marcha sur la tête, la pulvérisant sous ses étranges sabots. Même la Peau d'Acier ne pouvait vous protéger de six cents kilos  vous tombant sur le visage.

Un par un, les anciens Nʉmʉ moururent. Ils se battirent avec courage et acharnement et leurs chevaux ainsi que leurs chiens étaient tout aussi courageux, mais ils moururent malgré tout. En dépit de leur situation désastreuse, ils tuèrent un nombre incroyable de morlocks, près d'une centaine lorsque le dernier Nʉmʉ tomba. Si un barde avait été là; il aurait écrit des chansons sur cette résistance désespérée, mais il n'y avait personne. Ils étaient seuls, un petit groupe d'humains perdu dans l'immensité des plaines de Cassira.

Implacablement, la horde avança.

mercredi 30 septembre 2015

La loi des plaines, chapitre 13: Le destin de Yahnee

Tabbaquena vit Wakaree et Yanhee se précipiter sur le kʉtsʉtoya. Il savait qu'ils allaient mourir, mais son cœur était heureux que le jeune brave le fasse avec honneur et non pétrifié comme un couard de citadin. Il descendit de cheval. Sa propre monture n'était pas aussi Douée que Wakaree, il ne réaliserait pas vraiment que  son cavalier était mort, alors le chaman gifla sa croupe et le renvoya vers le reste du troupeau. Il serait peut-être en mesure de se sauver.

La horde se refermait sur les humains. Ils couraient vite, beaucoup trop vite. La tribu ne serait jamais capable de s'échapper. Il devait gagner du temps. Il se tourna vers ses esprits pour leurs demander de l'aider dans ce dernier combat. Il sortit son tambour et commença à jouer un rythme dur, un rythme violent et agressif, le rythme le plus fort qu'il avait en lui. En se perdant dans les vibrations du tambour, il sentit ses esprits venir à lui et lui prêter leurs pouvoirs. Il commença à sentir que tout était possible et en quelque sorte c'était vrai. Il était un Ami du vent, comme Towasi, mais beaucoup plus puissant. Alors il rassembla toute la puissance qu'il avait en lui, toute la puissance des esprits qui marchaient avec lui, et dans un déploiement de volonté titanesque, il manifesta la vision qu'il avait en lui, une tornade colossale qui balayerait les Morlocks de côté.

Les vents commencèrent à augmenter, à hurler et à crier leur colère devant la présence blasphématoire des Morlocks. Les monstres furent balayés, certains chutèrent et entrèrent en collision les uns avec les autres. Pendant un instant, la ligne de créatures se précipitant vers les fuyards fut perturbée et des combats éclatèrent dans leurs rangs alors que les vents jetaient les plus léger contre les plus grands. Tabbaquena vit les perturbations qu'il avait causé et il en fût heureux. Peut-être qu'il réussirait à les ralentir suffisamment après tout. Malheureusement, il ne le saurait jamais. Tout d'un coup une fatigue harassante l'accabla et il tomba à genoux. La magie était très exigeante, ce qui en faisait une chose très dangereuse. Il y avait toujours un prix à payer pour façonner la réalité et plus l'exploit était grand, plus le prix l'était aussi.

La création d'une tornade était un très grand exploit.

Tabbaquena sentit des perles de sang goutter de son nez et de ses yeux. Sa vision devint floue, les sons étouffés. Il n'entendait que son cœur, son cœur battant comme un tambour contre ses oreilles. Il ne vit que vaguement ses compagnons se précipiter à la rencontre du gigantesque animal leur faisant face.

Yahneequena et Wakaree s'écrasèrent contre le kʉtsʉtoya avec toute la force qu'ils pouvaient rassembler. Ils avaient des années d'expérience de la chasse et au dernier moment, Wakaree sauta sur le côté, permettant à son cavalier de transpercer la bête avec sa courte lance. Yahneequena savait qu'il n'avait droit qu'à un seul essai. En temps normal les chasseurs portaient à leurs proies de multiples coups mais il était seul. Alors il saisit son unique chance de faire tomber le monstre: il enfonça sa lance dans l'œil le plus proche de lui. C'était une petite cible, mais il la frappa miraculeusement de tout son poids et celui de son cheval combinés. Une frappe aussi puissante aurait pu embrocher un homme et traverser l'os et c'est ce qu'elle fit. La lame en forme de longue feuille creva l'œil de l'animal comme s'il n'était pas là, détruisit son orbite puis se logea finalement dans son cerveau.

Yahneequena aurait crié sa victoire mais la force de l'impact était trop grande. Il percuta le manche de sa lance, se cassa quelques côtes et fut jeté à terre. Il essaya d'amortir sa chute avec un bras, mais il tombait beaucoup trop durement. L'os se brisa et il s'écrasa au sol. Étourdi et à peine vivant, le corps traversé par une douleur atroce, il réussit cependant à lever son visage de terre et à regarder son ennemi.

L'animal avait été tué sur place, ses jambes avaient cédé sous lui et il était tombé lourdement. Son cavalier n'avait toutefois pas été jeté au sol. Le cœur de Yahnee se serra. Il avait espéré  le blesser, au moins, mais la seule chose qu'il avait réussi à faire, c'était d'encore plus l'enrager. La horde se referma sur eux. Le chef des morlock se laissa glisser à bas de sa monture, presque gracieusement. Il commença à marcher vers Yahnee, une rage brûlante faisant briller les étranges anneaux d'or qui lui encerclaient les yeux. Il était presque sur le jeune guerrier quand une puissante rafale le projeta à genoux, juste à côté de Yahnee. Le jeune Nʉmʉ rit et cracha du sang au visage de son ennemi.
«Notre chaman est plus fort que toi, démon!" dit-il d'une voix rauque.
Le morlock se releva, debout envers et contre les vents violents. Il se tourna vers Tabbaquena et balaya l'espace devant lui du bras en grognant.
"Non."
À l'horreur de Yahnee, les vents s'apaisèrent. Il toussa plus de sang et cria "Qu'est-ce que tu es, monstre?"
Il n'avait jamais entendu de morlock dire un seul mot auparavant. Ils étaient censés être à peine plus intelligent qu'un cheval! Enfin, il commença à réaliser.
"Nous n'avons jamais eu aucune chance, hein?"
"Non." dit une fois de plus le morlock sans lèvres de son étrange voix gutturale.
Il commença à nouveau à marcher vers Yahnee. Autour d'eux, la horde avançait toujours, mais elle évitait son leader et glissait autour de lui comme l'eau qui coule autour d'un rocher. L'étrange morlock saisit  une épée d'obsidienne noire ("les morlocks n'ont jamais leur propre épée" pensa Yahnee frénétiquement) et la souleva, pointe vers le bas, s'apprêtant à la plonger dans le corps du garçon.

Un hennissement assourdissant le força à reculer de quelques pas. Wakaree avait fait volte-face et était revenu protéger son frère. Il se cabra et essaya de frapper le comparativement petit morlock de ses sabots. Mais leur ennemi était trop rapide, beaucoup trop rapide. Il recula, juste assez pour éviter la frappe mortelle et avant que les pattes de Wakaree n'aient le temps de toucher le sol, la sombre créature courut vers l'alezan, sauta et lui décrocha un coup de poing d'une violence inouie sur la tempe. Wakaree tomba comme une pierre, les jambes secouées de spasmes d'agonie.
"Non!" cria Yahnee. "Non, Wakaree, non!"
Il ne pleura pas son ami longtemps. Le morlock plongea son épée dans le cœur du jeune brave, puis la retira.
Yahneequena s'écroula. Dans ses derniers instants, alors que la vie s'écoulait de sa poitrine, il  essaya de se retourner, afin d'atteindre et de presque toucher la crinière de son frère.
«Frère Wakaree, je t'aime," eu-t-il la force de dire à son ami.
«Frère Yahnee. Heureux," répondit faiblement le cheval.
Puis, ils s'éteignirent tous les deux.

Tabbaquena le chaman vit l'étonnante frappe délivrée par Yahnee sur la monture du morlock. Ce fut sa dernière vision. Son esprit avait mis toute son énergie dans son dernier acte magique et il n'en avait pas assez pour continuer à vivre, alors il mourut, comme une bougie soufflée par le vent. Il mourut fier de son frère de clan et il ne le savait pas, mais lui et Yahnee moururent comme des guerriers, leurs dos loin de l'ennemi. Il était à genoux, mais il était tenait toujours sa lance et la pointait vers les morlocks, comme il se doit.

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