Carnets de Seattle: Patchwork d'impressions et d'humeurs de deux Français expatriés aux Etats-Unis. Depuis mars 2011, ces carnets sont aussi le journal de notre combat contre la leucémie.

dimanche 24 mai 2015

La loi des plaines, chapitre 7: Le morlock aux yeux d'or

Sous forme d'esprit, il explora autour du train. Il ne restait plus aucun humain de vivant. Apparemment, tout le monde avait soit réussi à monter à bord du Veronica, soit était mort, et gisait dans l'herbe. Aucun signe des Elites, ce qui signifiait qu'ils étaient probablement en vie. La locomotive avait rapidement gagné de la vitesse, son moteur à vapeur tournant à plein régime, une chose rare pour un train Eolien. Le charbon était une denrée rare que l'on ne brûlait pas à moins d'y être vraiment contraint. Certains morlocks tentaient de monter à bord, mais le train était bien conçu et les sas résistaient à leurs tentatives de pénétrer à l'intérieur. Des lances sortaient de meurtrières stratégiquement placées et tuaient implacablement les impudents, puis des pointes sortirent des axes des roues afin d'empêcher les autres d'approcher. Bientôt, le train eu distancé la horde et s'éloigna à toute vapeur.

Quel soulagement!

Yahnee décida de rester juste assez longtemps pour compter le nombre approximatif de morlocks avant de rejoindre sa tribu et de leur ordonner de se déplacer. En temps que scout, il était habitué à estimer rapidement la taille d'une horde de pʉetʉyai ou d'un troupeau de kʉtsʉtoya. Son travail était de fait un peu plus difficile parce que les monstres avaient encerclé les douze compartiments du train et avaient tenté de le rattraper, de sorte qu'ils étaient vraiment étalés. Après quelques secondes, il se rendit compte que même s'ils étaient vraiment éparpillés, il y avait probablement plus d'un millier de têtes et au moins deux cents morts de plus, la puanteur de leur sang infâme souillant l'herbe de la plaine. A un endroit, il trouva une zone circulaire entourée de cadavres. Il devina que c'était le lieu où il avait vu l'explosion. Quel que soit qui s'était passé ici, la force avait été colossale et avait réussi à projeter le cadavre du kʉtsʉtoya qui bloquait les rails à plusieurs centaines de mètres de là.

Attends...

Non, ce cadavre, il se déplacait... Donc... Ce n'était pas un cadavre!

L'esprit de Yahnee se rapprocha.

Quand il comprit enfin ce que ses yeux lui montraient, il fut si terrifié qu'il en oublia de réintégrer son corps.

Un grand morlock à l'air presque humain et qui était vêtu d'un patchwork de pièces d'armure disparates, probablement volées sur des cadavres, se tenait au-dessus de l'animal géant. Ce dernier était bien vivant et semblait complètement apprivoisé. Lentement, la horde éparse se rassembla autour de lui.

Cela n'avait pas de sens. Les pʉetʉyai n'étaient pas assez intelligents pour apprivoiser les sauvages kʉtsʉtoya. Ils n'avaient pas non plus de chef, juste des alphas qui étaient plus forts et plus violents que la moyenne... Si c'était possible. Yahnee savait qu'il n'aurait pas dû, il savait qu'il devait partir et le signaler à Kanaretah et Tabbaquena, mais c'était trop inhabituel. Curieux comme un chat, le jeune Nʉmʉ se rapprocha afin de mieux voir.

C'est alors que le morlock frissonna et se tourna vers lui.

Sa peau était couleur de cendres, un gris blanc sans vie. Chaque pouce visible de celle-ci était couverte de cicatrices. Il avait l'air encore plus esquinté qu'un morlock ordinaire, un exploit considérant le fait que les monstres se battaient constamment entre eux pour établir la dominance.

Il avait une bouche sans lèvres, qui semblait être une cicatrice de plus fendant son visage. Ses yeux se verrouillèrent sur ceux de Yahnee, comme s'il avait vraiment été là. Sa bouche s'ouvrit dans une parodie de sourire, révélant une rangée de dents acérées triangulaires.
Son regard était malveillant, maléfique et pire que tout, c'était le regard d'un être muni d'une intelligence mauvaise. Mais plus que tout,  ce qui fit sursauter Yahnee d'effroi, c'était qu'il avait les mêmes yeux noirs que le sombre guerrier, un anneau d'or entourant un iris d'un noir de jais.

La créature gronda. L'anneau lumineux commença à brûler d'un feu écarlate.

Yahnee tenta de s'enfuir, il essaya frénétiquement de déplaçer les pieds de son corps réel, ce qui était le plus sûr moyen d'être
propulsé dedans et de revenir à lui. Rien.

Rien.
Rien!

Il voulut crier mais rien ne sortit de ses poumons fantomatiques. Il essaya de tourner sur lui-même, mais il ne voyait qu'une chose, le cercle de feu rouge qui grandit, grandit et grandit encore et remplit son esprit. "Wakaree! Wakaree, aide-moi! Wakaree!" cria-t-il, mais rien ne se passa. Le cercle rouge grandit encore, transperçant et implacable. Il voulait courir, s'envoler pour fuir ce fantôme maléfique mais il avait l'impression d'être englué, comme s'il marchait dans des sables mouvants. Chaque mouvement était lent et douloureux.
"Wakaree!" cria-t-il à nouveau, mais sa voix était étouffée, une toute petite voix, comme le couinement d'une souris devant une immense
prédateur remplissant le ciel.

Désespéré, sachant que la seule issue était la mort, il arrêta d'essayer de s'échapper, rassembla son courage et saisit sa lance de combat. Elle n'était pas vraiment là bien sûr, mais son esprit la recréa dans ses mains. Il imagina chaque détail de son manche, les gravures et les franges décoratives, les plumes et les perles, son poids rassurant, sa longue lame de fer météorique, et tout à coup elle fut là. Il hurla son cri de guerre et sa voix n'était plus étouffée, c'était le fier cri de guerre des Nʉmʉ, la promesse d'une mort certaine pour leurs ennemis.

Un rugissement assourdissant lui répondit et tout à coup, le morlock aux yeux d'or fut juste à côté de lui, le chargeant avec une lame noire de roche volcanique. Yahnee eu juste le temps d'être surpris, les morlocks n'utilisaient généralement pas d'armes... Très brièvement, il lui vint une fois de plus à l'esprit que le morlock n'aurait pas dû le voir sous sa forme d'esprit, encore moins l'attaquer. Puis il arrêta complètement de penser, et il para frénétiquement la frappe avec le manche de sa lance. Celui-ci ne se rompit pas, bien sûr, car il était aussi solide que la volonté de Yahnee, mais son esprit ressenti l'impact. Il se lança immédiatement à l'offensive avec un coup vicieux au visage de son adversaire. Il avait l'avantage de l'allonge, mais pourtant le morlock esquiva le coup sans effort et riposta par une estocade étonnamment puissante vers l'intestin de Yahnee. Une fois de plus, il para de sa lance, une fois de plus l'impact secoua son esprit et sa santé mentale vacilla. Pendant quelques secondes, la douleur l'aveugla. Ils ne se battaient pas vraiment bien sûr, c'était un concours de v olonté que l'esprit de Yahnee traduisait en mouvements de combat réel.

Frénétiquement, il essaya de reculer, sans effet. Son esprit était coincé, comme une abeille prise dans de la mélasse. Il frappa de nouveau, une feinte vicieuse vers ce qui aurait dû être l'angle mort de la bête... Mais les esprits n'avaient pas d'angle mort.

Le morlock attrapa la lame de la lance à mains nues et laissa tomber son épée. Puis, avec un hurlement furieux, il s'élança et saisit la gorge du jeune guerrier. Il avait des griffes au lieu d'ongles, des griffes d'ivoire acérées qui s'enfoncèrent profondément dans la chair de Yahnee, faisant jaillir du sang éthérique. Yahnee lutta, tenta d'enfoncer ses doigts dans les yeux d'or du morlock mais le monstre était incroyablement loin. Il sentit son corps spectral être déchiré par la mortelle emprise, la douleur submergea son esprit, l'amenant aux portes de la folie. Le morlock se mit à rire, un rire odieux et terrible qui sonnait comme la démence incarnée.

Yahnee perdit soudain conscience. La dernière chose qu'il ressentit fut un cri de rage à glacer le sang, alors que la proie échappait au
prédateur.

Wakaree tremblait de peur. Il sentit son frère se tordre de douleur sur sa croupe, crier son nom à plein poumon, hurler son cri de guerre, gémir de douleur et de terreur. Le fier cheval continuait à appeler le nom de son cavalier. «Frère Yahnee. Wakaree peur. Wakaree aime Frère Yahnee. Frère Yahnee venir chevaucher avec Wakaree. chevaucher. Ensembles. Peur. Frère Yahnee!". Il craignait pour la vie de son ami plus qu'il n'avait jamais craint pour la sienne propre. Le pauvre cheval ne pouvait pas formuler ces pensées complexes, bien sûr, mais il aurait volontiers donné sa vie dix fois juste pour entendre son compagnon dire son nom et cesser de souffrir. Mais son désir et son amour pour le jeune brave, aussi grands qu'ils étaient, ne mirent pas fin à la douleur. Yahnee continuait de crier, de hurler, encore et encore, sa douleur inondant l'esprit de son pauvre destrier. Et puis plus rien. Le corps de Yahnee devint subitement flasque et son esprit disparut. Il était toujours là, mais très faible, oh si faible, plus faible que l'esprit évanescent d'un rêveur. Par miracle, il était resté en selle, les mains crispées sur la crinière du cheval, les jambes si tendues contre les flancs de Wakaree qu'il était resté stable.

Désespéré, le cheval fit la seule chose qui lui vint à l'esprit: il ramena son frère vers la tribu, au chamane qui guérissait les corps et les esprits des humains aussi bien que ceux des chevaux. Il commença à trotter, aussi précautionneusement que possible, aussi vite qu'il osait sans laisser tomber son frère. Son désespoir alimentait ses muscles, tous ses sens aiguisés par sa peur de perdre sa personne la plus importante dans le monde entier. Il projeta ses pensées aussi loin qu'il le pouvait, son pauvre esprit de cheval tremblant sous la tension d'une mesure aussi désespérée. Il essayait d'atteindre l'esprit de Pisunii ["Petite Etoile"], sa sœur, une fière jument aussi Douée que lui. Soudain, il la sentit et commença à crier la seule chose à laquelle il pouvait penser. «Au secours! Au secours! Au secours!" tant et plus. Il sentit Pisunii lui répondre et il fut submergé par le soulagement. Puis la connexion se rompit. Il était trop fatigué et son travail était accompli. Pisunii amènerait la tribu à Yahnee. Il arrêta de courir, il était trop fatigué pour penser, il essaya juste de garder son frère sur son dos. Au pas, il commença la longue route vers les leurs.

lundi 18 mai 2015

Un monde post-apocalyptique

Depuis longtemps je suis fasciné par les mondes post-apocalyptiques, au sens large du terme. La sortie du nouveau Mad Max: Fury Road me donne l'occasion de vous parler un peu de cette source d'inspiration majeure pour le monde de mon roman en cours d'écriture, "Les citées assiégées de Yaghan".

Quelques exemples de mondes célèbres:
- Waterworld, un film avec Kevin Costner où les calottes glacières ont fondues, recouvrant la terre d'eau et où l'humanité survit sur des bateaux de toute sorte
- Les films de zombies et en particulier "Dawn of the Dead" mais aussi the Walking Dead (qui vient d'une BD avant d'être une série), ou World War Z (idem, c'était un livre avant de devenir un film tout à fait moyen
- Le jeu de rôle Bitume qui se passe en France après qu'elle ai été dévastée par un passage un peu trop proche de la Comète de Halley
- Le jeu de rôle Wasteland où le monde a été dévasté par des humains génétiquement modifiés devenus hors de contrôle
- Les films Mad Max, bien évidement, mais aussi la trilogie Matrix, Terminator, ou la série Resident Evil...
- L'excellente série de jeu vidéos "Fallout"
- Le livre "Ravages" de Barjavel...

Vous savez peut-être que je m'intéresse aussi au survivalisme, qui dans sa version intellectuelle et non paranoïaque désigne un mouvement de gens se préparant à faire face à des crises de toutes envergures, que cela soit un incendie de domicile, un accident de voiture, un tremblement de terre ou une inondation, jusqu'à, pour les plus motivés, une crise financière majeure provoquant un effondrement de la société.

J'ai un peu peine à savoir ce qui me fascine dans ce sujet (de façon connexe, l'univers carcéral me fascine aussi). Je crois que cela tient à mon questionnement concernant la "réalité" que nous expérimentons tous les jours et que nous prenons comme un du: que ce passe-t-il lorsque nous perdons l'accès à toutes nos ressources, à la technologie, à notre médecine? Toutes ces choses nous semblent couler de source, nous avons l'impression qu'elles ont toujours existé, qu'il est normal de rentrer du boulot en se mettant sur un canapé en acier et en contreplaqué, en allumant toutes les lumières de l'appartement et en mettant le chauffage, tout en réchauffant un plat au micro-onde dans une assiette en céramique et en dévorant une glace à la mange en regardant "Transformers" sur un écran plat dernier cri... La technologie qui sous-tend toutes ces choses, l'énergie nécessaire pour les faire fonctionner, l'origine de nos aliments, tout cela est tout bonnement impossible à reproduire pour un humain seul, voir même un groupe d'humain, même possédant les connaissances théoriques, même possédant des outils basique du genre forge... De nos jours, il est impossible de concevoir un ordinateur sans avoir un autre ordinateur pour le faire, par exemple.

Bref, tout ceci me fascine, encore une fois, et cela rejoins un intêret pour l'écologie: comment faire pour vivre en harmonie avec l'environnement, pour que nous ne perdions pas tout ce confort que nous avons pris des siècles à pouvoir concevoir par négligence, en détruisant la planète...

Je ne sais pas si vous me suivez, je suis un peu confus.. Toujours est-il que j'ai toujours adoré ce genre d'univers, de part les questions qu'ils posent, et c'est donc naturellement que lorsque j'ai commencé à écrire, j'ai situé mon histoire dans un monde post-apocalyptique. D'ailleurs, le monde "est" l'histoire: je n'ai pas d'intrigue à proprement parler, comme on peut en avoir une dans, par exemple, une enquête policière. Mon monde est l'histoire, celle-ci naît toute seule lorsque je fais évoluer mes personnages et que je les confronte aux problématiques posées par leur environnement.

Je m'inspire énormément des sources que j'ai mentionné, et récemment je me suis posé une question existentielle. Souvent les univers post-apo sont noirs, violents, désespérés, et c'est bien normal. Pourtant, j'ai du mal à insuffler cette ambiance sur Yaghan. J'ai du mal à écrire un univers crade, malsain, où l'homme est un loup pour l'homme. J'ai du mal à écrire des humains qui sont de vraies pourritures ou des gros cinglés psychopathes comme on peut en trouver dans Mad Max. Oh, tout n'est pas rose, sur Yaghan, comme la nouvelle "La loi des plaines" va vous démontrer. La mort n'est jamais bien loin et l'humanité lutte constamment contre les prédateurs vicieux et sanguinaires que sont les morlocks. Mais les humains sont globalement des gens biens, qui essayent de s'en sortir, qui coopèrent pour reconstruire, qui aident leur prochain.

Cela me turlupinais pas mal, il y a quelques semaines. Je passais par une phase de découragement: à quoi bon écrire un univers post-apo si cet univers est rempli de "gentils"? J'avais l'impression d'écrire le post-apo de "Mon petit Poney", si vous voyez ce que je veux dire, d'écrire un monde post-apo version "Joséphine ange gardien"...

Et puis en discutant avec une amie, elle m'a fait prendre conscience que c'était ma vision de la chose et qu'elle avait autant de valeur que les autres. J'ai foi en l'être humain, je suis fondamentalement optimiste, lorsque je tombe sur un problème, je vois avant tout l'opportunité de trouver une solution... Et cela se ressent dans mon univers. C'est un monde dur et violent, mais marqué par le courage et la résilience de ses habitants. Ce sont mes valeurs, c'est ma marque et je l'imprime sur mon monde. Cela reste du post-apo, mais à ma façon, à ma sauce. Un post-apo à la Jules Vernes, où l'homme explore une planète largement vierge, dangereuse mais terriblement belle, ou il fait face avec courage à l'adversité. Plutôt que d'essayer de le noircir afin de coller aux canons du genre, j'ai décidé de le laisser vivre sa vie dans mon esprit, et je vais continuer à l'explorer avec fascination sans plus me prendre la tête pour essayer d'écrire quelque chose qui ne me correspond pas.

Bonne lecture :)

vendredi 8 mai 2015

La loi des plaines, chapitre 6

Voici la suite de la "Loi des Plaines", ma nouvelle située dans le monde du roman que j'écris, "Les citées assiégées de Yaghan", en anglais "The besieged cities of Yaghan". Dans le chapitre précédent, Yahnee, sous forme d'esprit, assiste à l'attaque du train éolien "Veronica" par une horde de morlocks, et à sa défense par les guerriers magiciens d'élite de Gond. 

«Frère Yahnee. Peur. Dents pointues. Peur. Dents pointues. Combat.
Frère Yahnee".

Le cri de Wakaree sortit Yahnee de sa fascination, le renvoyant instantanément dans son corps. Sous lui, il sentit les muscles de sa monture frissonner de tension. C'était un mélange de peur et d'agression, la réponse naturelle d'un cheval face à un prédateur. Wakaree était parfaitement entraîné et rompu au combat, d'où le relatif calme de sa réaction, mais Yahnee compris immédiatement le danger. Pour un chasseur aguerri, les mouvements brusques des longues herbes de la plaine ne laissaient aucun doute quand à la menace qui planait sur eux.

"Des carnirats. Wakaree, tu as bien fait de m'appeler" dit Yahnee. Les oreilles du cheval étaient droites et légèrement tournées vers son
cavalier, en attente d'instructions.

Un bruit derrière eux, un cri aigu. Yahnee tenta d'atteindre son arc, mais Wakaree était bien plus rapide que lui et d'une ruade, il écrasa la tête du premier carnirat assez fou pour essayer de lui mordre les jarrets. Yahnee fit voler une flèche, accompagnée d'un claquement de la corde faite de tendons de son arc et en tua un autre. Les carnirats étaient l'autre fléau des plaines, des animaux de la taille d'un gros chat qui vivaient dans des terriers et chassaient en meute, en infligeant des centaines de blessures à des proies beaucoup plus grandes qu'eux grâce à leurs dents acérées. Les Nʉmʉ les haïssaient avec passion et détruisaient chaque nid qu'ils rencontraient. Comme les Morlocks, ils étaient des adversaires redoutables pris individuellement, mais c'était en large nombre qu'ils devenaient vraiment mortels. Une horde pouvaient submerger n'importe animal, même le roi des
plaines, l'imposant kʉtsʉtoya. Heureusement, ce soir là, ce n'était qu'une petite meute. Yahnee hurla le cri de guerre des Nʉmʉ, un cri
aigu à vous glacer le sang, perçant et lancinant, tellement terrifiant que même les carnirats eurent un moment de recul en l'entendant.

Comme s'il attendait ce signal, Wakaree s'élança. Il piétina plusieurs rats et rompit momentanément leurs rangs mais les petits diables se lancèrent bientot allaient à sa poursuite. Ils essayèrent à nouveau de lui lacérer les talons, mais Yahnee était plus rapide et les tua l'un après l'autre avec des flèches bien placées. Quand enfin il se trouva à court de munitions, il saisit sa lance courte, prêt à embrocher les rats les plus proches. Il n'eu finalement pas à le faire car les rats cessèrent rapidement leur poursuite: une proie ripostant si violemment n'en valait pas la peine.

En temps normal Yahnee aurait rebroussé chemin et tué les traînards ainsi que tous les rats qu'il pouvait trouver, mais il était seul, et
seul, on savourait la victoire du jour et on ne tentait pas le diable. C'était une petit meute mais d'autres pouvaient se cacher aux
alentours, potentiellement trop nombreux pour que Yahnee puisse leur faire face. Le jeu n'en valait pas la chandelle. Se fiant à sa vision perçante, ils revinrent sur leurs pas, afin que Yahnee puisse récupérer autant de flèches que possible. Il ne les trouva pas toutes, les rats blessés s'étaient probablement faufilé dans un terrier pour mourir.

Ses pensées se tournèrent à nouveau vers le train et il se demanda s'ils avaient réussi à échapper à la horde de morlocks. Il regarda dans la direction de la bataille, quant il fut soudain aveuglé par une énorme explosion. Il était à des dizaines de kilomètres de là, mais malgré la distance il sentit tout de même l'onde de choc.

"Wakaree, je dois savoir ce qui se passe" dit Yahnee. «C'est bien mon ami, tu restes alerte, les carnirats sont probablement encore proche. Tu me protéges, Wakaree. Je serais bientôt de retour". Le fier  alezan brillait de sueur. Il ne réussit pas à répondre, il était trop excité, les images formées par son esprit étaient floues et incohérentes. Malgré tout, Yahnee était confiant, Wakaree finirait par se détendre. Il connaissait bien
son partenaire.

Il ferma les yeux et une fois de plus, s'imagina debout à côté du train, il visualisa tous les détails de la scène, puis "poussa". Sa conscience se déplaça vers ce point et juste comme ça, il fut hors de son corps. Presque instantanément, il se retrouva là-bas, à quelques
dizaines de mètres devant la locomotive, tel un fantôme planant au-dessus de la douce herbe des plaines.

mercredi 6 mai 2015

La loi des plaines, chapitre 5

Soudain, il remarqua plusieurs silhouettes différentes de celle d'un civil typique. Ils étaient habillés et équipés comme des guerriers, ils se déplaçaient avec une vitesse et une agilité surnaturelle et leurs armes semblaient être une extension d'eux-mêmes. Ils réussissaient à tenir tête aux morlocks, il semblait même qu'ils s'en débarrassaient avec une relative facilité. Les misérables humains pervertis par Tanasi-pʉetʉyai étaient plus grands et plus forts qu'un homme normal, mais cela n'avait pas d'importance. Ils avaient des lames osseuses saillant de leurs bras ou les crocs d'un carnirat, certains avaient des griffes tranchantes comme des rasoirs en lieu et place d'ongles, mais cela aussi n'avait pas d'importance. Pour les plus étranges d'entre eux, ils avaient de longues queues préhensiles terminées par un dard acéré, mais cela n'avait pas d'importance non plus... Chaque pʉetʉyai était une parodie d'être humain unique, chacun d'entre eux était plus étranger et plus effrayant que son voisin, chacun était une machine à tuer enragée et vicieuse mais contre ces guerriers, rien de tout cela ne semblait avoir d'importance. Ils ripostaient avec une violence inouïe et leurs exploits et leur courage étaient presque plus monstrueux que les pʉetʉyai eux-mêmes.

L'un d'eux, un soldat grand et sec aux cheveux sombres vêtu d'une armure de cuir cloutée noire, se précipita à l'aide de deux passagers qui avaient été acculés par les morlocks. Malheureusement, les bêtes furent plus rapides que lui et mirent en pièces les pauvres gens avant qu'il n'ait eu le temps de les rejoindre. Comme d'habitude, ils commencèrent à se battre entre eux pour les restes de leurs proies. Le regard du soldat aux cheveux sombre sembla se vider pendant un instant, juste assez longtemps pour que Yahnee puisse le dévisager complètement. Il n'était que légèrement plus âgés que le jeune brave, mais il dégageait quelque chose de spécial, une forme d'intensité rare, même chez les plus grands chamanes des tribus. Il semblait plus «réel» que son environnement, si cela a un sens. Puis Yahnee remarqua ses yeux: ses iris étaient noirs comme la nuit, mais il y avait autre chose. Un anneau d'or entourait ses pupilles et alors que la colère commençait à monter en lui, cet anneau changea de couleur et se mit à briller d'un rouge ardent.
Soudain, quelqu'un se mit à appeler à l'aide à l'avant du train. Le sombre guerrier fit volte-face et commença à courir dans cette direction. Intrigué, Yahnee le suivit.

Malheureusement, une fois de plus le soldat arrivait trop tard: un autre civil, un garçon pas âgé de plus de 14 révolutions était immobilisé sous un pʉetʉyai et hurlait de douleur. Yahnee se rendit tout de suite compte que rien ne pouvait plus le sauver à présent, il était trop grièvement blessé. Le soldat noir ne s'arrêta même pas. Il passa devant le terrible spectacle en courant et lança un poignard qui se ficha jusqu'à la garde dans le crâne du pauvre garçon, comme si l'os avait été mou comme du beurre. En un éclair, Yahnee compris pourquoi: le sombre guerrier était en fait un chaman, ou, comme on disait à Gond, un Sculpteur. Il était béni par le plus grand Don qui soit: il pouvait modifier la réalité autour de lui, ce qui expliquait probablement comment il avait fait pour rendre ses dagues et ses épées aussi incroyablement aiguisées. On avait expliqué à Yahnee que ses propres Dons fonctionnaient globalement selon le même principe, mais il n'y avait jamais cru. Il était juste un jeune brave qui aimait chevaucher dans les plaines et faire la guerre aux pʉetʉyai.

Yahnee reprit ses esprit. Il avait dérivé pendant un instant et avait été presque renvoyé dans son corps. Être le témoin d'un tel Don était si incroyablement exceptionnel que malgré la sauvagerie de la bataille, Yahnee était émerveillé. A la vitesse de la pensée, il gagna du terrain sur le sombre guerrier. L'homme avait atteint l'avant du train et, une lame dans chaque main, s'était lancé sur une masse de morlocks qui avait acculé un autre combattant contre la proue du train. Un kʉtsʉtoya mort gisait en travers des rails.
Cela expliquait tout, voilà pourquoi le train s'était arrêté! Satisfait d'avoir élucidé au moins ce mystère, il se retourna pour regarder les Élites se battre. Ce qu'il vit dépassa tout ce qu'il avait pu imaginer au sujet de ces célèbres soldats. Les Nʉmʉ n'étaient pas des lâches. Au contraire, ils avaient la réputation d'être des combattants redoutables, parmi les tous meilleurs de la planète. Yahnee lui-même pensait qu'il était un guerrier valeureux  ... Mais ces deux hommes étaient dans une catégorie complètement à part.
L'homme en noir bougeait si vite que l'œil ne pouvait pas suivre ses mains. Ses lames tranchaient chair et os comme s'ils ne étaient pas là, quasiment chacun de ses frappes tuait ou mutilait un morlock. Son compagnon, un géant avec un mohawk délirant en guise de coiffure, était tout aussi redoutable, peut-être même plus. Chacun des coups de son énorme marteau abattait un pʉetʉyai et l'envoyait valdinguer, en renversant plusieurs autres. Peu importe que cela soit un petit démon affamé et hurlant ou un monstre de 7 pieds de haut, ils semblaient tous légers comme des plumes. Malgré sa force terrifiante, il avait semblé en danger d'être submergé par le nombre de monstres, mais grâce à l'aide du guerrier aux cheveux noirs, il arrivait maintenant à repousser la masse des assaillants. C'était impossible!

Une fois de plus, Yahnee réalisa qu'il devait partir afin d'avertir sa troupe, maintenant qu'il savait ce qui se passait. Les passagers du train arriveraient ou pas à échapper aux pʉetʉyai, cela n'avait pas d'importance pour lui. Son devoir était de s'assurer que la tribu était en sécurité. Peut-être que les braves mèneraient une expédition punitive. Ils iraient trouver et détruire les bêtes, afin de laver la pureté des plaines de ce mal immonde. Telle était la Loi des Plaines: d'abord s'assurer de la survie de soi et des siens. Si vous surviviez assez longtemps pour voir un autre jour, vous pouviez toujours venger les morts.

Une fois de plus, ses pensées furent interrompues. Le sombre guerrier avait ramassé une lanterne qui éclairait la scène et l'avait jeté loin dans la masse de morlocks. Celle-ci avait explosé dans une énorme boule de flammes. En temps qu'esprit, Yahnee n'aurait pas dû sentir la chaleur, mais pourtant si. Pis que cela, il sentait que le tissu même de la réalité était mutilé; il était tiré, poussé, cisaillé, frappé, étranglé... Il sauta en arrière, se propulsant haut dans le ciel, loin au-dessus des nuages. C'était une erreur commune chez les Marcheurs, le mouvement se produisait à la vitesse de la pensée et un mouvement brusque dû à la peur pouvait vous envoyer n'importe où. Yahnee se calma et plongea vers le train. Le guerrier venait d'utiliser une magie très puissante, il avait transformé la petite flamme de la lanterne en dizaines de fantasmatiques esprits du feu qui sautèrent d'un morlock à l'autre, les brûlant horriblement. Ce bref moment de répit permit aux deux guerriers d'aider un civil qui se cachait derrière le dos immense du guerrier au mohawk de regagner la sécurité du train.

Au dessus d'eux, dans le poste de pilotage, Yahnee entendit quelqu'un aboyer des ordres. L'équipage du train avait en grande partie réintégré la sécurité de l'acier des compartiments et avait commencé à faire pleuvoir des projectiles sur les morlocks. Une fumée noire s'échappait de la cheminée du train. Mohawk se précipita vers l'énorme cadavre de kʉtsʉtoya qui barrait la route du train. Il était à moitié dépecé, l'équipage avait apparemment été occupé à l'équarrir afin de pouvoir libérer la voie, et de la nourriture, en particulier de la viande, n'était jamais gaspillée sur Yaghan, ce qui expliquait probablement pourquoi ils étaient arrêtés depuis si longtemps. Une fois de plus Yahnee senti le tissu de la réalité trembler, mais à une échelle bien moindre que lorsque le soldat noir avait créé une explosion. Le grand guerrier s'attela à la tâche titanesque de déplacer ce qui restait de la carcasse. Cela aurait du être impossible, les restes du cadavre massif devaient probablement toujours peser au moins autant que quelques chevaux, mais ces hommes n'étaient pas soumis aux lois de la réalité et pouce par pouce, la dépouille de l'animal bougea hors du trajet du train.


lundi 27 avril 2015

La loi des plaines, chapitre 4

Wakaree, sentant l'angoisse de son cavalier, se cabra avec un hennissement assourdissant.

«Par l'esprit Aigle, Wakaree, chut, calme-toi, désolé d'avoir crié, n'ai pas peur mon ami" cajola Yahnee, oubliant sa propre peur en caressant l'encolure frissonnante de son partenaire. Puis, parlant à voix haute "D'où viennent-ils? Je ne les ai pas vu venir, quelle ruse des mauvais esprits cela peut-il bien être? Comment est-ce possible?"

Il savait qu'il devait partir, qu'il devait signaler l'attaque à sa tribu et les mettre en mouvement, mais la curiosité fut plus forte que la prudence. Il devait voir ce qui se passait, c'était trop étrange. Par ailleurs, le Veronica était probablement défendu par les célèbre guerriers d'élite de Gond, des hommes et des femmes formés à la légendaire École de Guerre, une institution qui avait entraîné les meilleurs combattants ayant jamais marché sur Yaghan. Il ne pouvait cependant pas se rapprocher, pas avec Wakaree en tout cas, cela aurait été trop dangereux et trop lent de toute façon. Alors, il décida à la place de projeter son esprit.

"Wakaree, calme-toi, calme-toi ...» répéta-il à son cheval. Puis il lui donna des instructions dans un langage suffisamment simple pour qu'il puisse les comprendre: «Écoute Wakaree: tu me protèges. Yahnee va projeter son esprit maintenant, Wakaree appelle Yahnee si Wakaree a peur. Wakaree protège. Wakaree protège, Wakaree appelle Yahnee si Wakaree a peur. Répète moi ce que tu vas faire maintenant. "

Wakaree hennit sa compréhension et ânonna télépathiquement "Bien. Wakaree protège frère Yahnee. Wakaree protège. Wakaree peur, Wakaree dit 'frère Yahnee'. Bien. Wakaree protège. Bien. Content."
C'était un cheval de guerre, avoir des instructions claires lui donnait un but ce qui  l'aidait à se calmer. Yahnee se détendit un peu. Il était si fier de son partenaire! Ils avaient grandi ensemble et s'aimaient comme des frères, en dépit du fait d'être d'espèces différentes. Cela faisait du bien, dans l'incertitude de la nuit, de savoir qu'il pouvait compter sur le fier alezan, qu'il pouvait lui confier sa vie.

La projection de conscience était son deuxième Don. Celui-ci allait souvent de pair avec les Yeux de l'Aigle parce qu'ils se complètaient parfaitement. Tout chaman pouvait projeter sa conscience, mais tout ce qu'ils pouvaient voir, c'était le monde des esprits, un reflet de notre propre monde où les émotions avaient plus d'importance et de consistance que la matière. C'était différent du pouvoir de Yahnee: les gens qui comme lui projetaient leur conscience vers quelque chose dans leur champ de vision pouvaient le voir comme s'ils étaient vraiment là, comme des observateurs fantomatiques. Encore plus étrange, ils gardaient cette clarté, même s'ils sortaient de leur champ de vision réel, en passant derrière l'objet qu'ils observaient en esprit par exemple. La magie n'était pas une chose complètement cohérente ou si elle l'était, les humains ne comprenaient pas tout. Bien sûr, tout cela ne disait pas grand chose à Yahnee. Il savait seulement qu'il pouvait le faire et comment le faire et c'était suffisant pour lui. Il prit une profonde inspiration, puis jeta un long regard sur la scène de chaos se déroulant au loin. Puis il imagina qu'il la contemplait à une centaine de mètres de distance, comme s'il se tenait non loin du Veronica. Dès qu'il eu une image claire formée dans son esprit, il tendit sa volonté et déplaça sa conscience là-bas.

Quand il ouvrit ses yeux éthérées, Yahnee était plongé dans le feu de l'action, sur le côté droit du wagon central du train éolien. Un grand nombre de passagers étaient à l'extérieur et les voiles étaient roulées ce qui n'était pas du tout logique. Les passagers ne descendaient jamais d'un train en général, même s'il s'arrêtait quelques temps, c'était ben trop dangereux pour des citadins. A cause de cela, ils avaient été pris par surprise par l'assaut des Morlocks. De toute évidence, la plupart d'entre eux n'étaient pas des guerriers et en dépit d'être armés comme tous les Yaghanites, leurs tentatives désespérées de se défendre avec leurs poignards étaient futiles... Ils étaient comme des enfants agitants des cure-dents devant un kʉstʉtoya: faibles et impuissants. Comme on pouvait s'y attendre, leurs ennemis, plus forts et plus vicieux étaient en train de les massacrer. Yahnee haleta d'horreur lorsqu'un un morlock de plus de deux mètres de haut tua une femme d'un seul coup de poing au visage. Alors qu'elle tombait au sol, un autre se saisit de sa dépouille. Une bagarre éclata ensuite entre plusieurs monstres autour du corps mourant. Un pʉetʉyai plus petit, presque un nain, une parodie d'être humain marchant à quatre pattes comme un chien, se faufila entre les charognards avec une vitesse étonnante et attrapa un jeune homme qui courait vers le sas du Veronica le plus proche. Le monstre ignoble et dégoûtant mordit la cheville du pauvre garçon, le fit tomber, rampa le long de son dos en un battement de coeur et mordit sa proie juste à la base du cou, le tuant instantanément. Puis il commença à dévorer le pauvre garçon comme une hyène se repaissant d'une carcasse lorsque d'autres morlocks le rattrapèrent. Une fois de plus, comme avec la femme quelques instants auparavant, ils commencèrent à se battre pour leur butin. Malheureusement, ces luttes intestines n'étaient pas suffisantes et la grande majorité des morlocks continuait de s'en prendre aux humains.

Yahnee était un pur esprit, déconnecté des sensations de son corps, mais même ainsi, il crû qu'il allait être malade. Le jeune guerrier Nʉmʉ avait déjà vu des batailles, avait combattu les morlocks auparavant, avait vu des gens mourir, même ... Mais jamais un combat n'avait été si inégal. Il n'avait jamais vu quelque chose d'aussi horrible que ces bêtes démembrant leurs victimes pour les dévorer juste devant ses yeux. Yahnee était un brave, il faisait face à l'ennemi résolument, sa lance et son couteau à la main... Alors en tant qu'esprit flottant autour du train, témoin invisible de l'assassinat de tous ces voyageurs innocents, il se sentait désespérément impuissant. Pour la deuxième fois, il réalisa qu'il devait quitter la scène aussi vite que possible afin de prévenir sa tribu. Compte tenu de la gravité de la menace, quelques braves seraient alors probablement envoyés appâter les Morlocks pour les emmener dans la direction opposée. Mais il était médusé, presque fasciné, par le drame qui se déroulait devant ses yeux éthérés.

jeudi 16 avril 2015

La loi des plaines chapitre 3

Ils étaient environ à trois heures de route du camp lorsque Yahnee
remarqua des lumières vacillantes proche de l'horizon, pratiquement à
la limite de son champ de vision, ce qui signifiait qu'elles étaient en réalité à des dizaines et des dizaines de miles de là.

"Wakaree, j'aperçois d'étranges lumières au loin. Trottons dans cette direction. Ne te fatigue pas, je veux que tu restes frais, mais il faut que je voie ça de plus près. Trotte, Wakaree."
"Trotter. Bien. Courir. Heureux. Bien. Courir. Heureux." répondit le cheval.
"C'est ça!" dit Yahnee avec un sourire. Il resserra son étreinte sur sa lance, son poids rassurant donnant du courage à son cœur alors que Wakaree s'élançait et prenait de la vitesse.

Le cheval aimait tellement galoper, c'était toujours une grande joie pour Yahnee que de lui lâcher la bride. Mais malgré son habituelle insouciance le jeune guerrier était inquiet. Quelque chose ne tournait pas rond et soudain, il aurait voulu ne pas être parti seul. Ces lumières pouvaient être n'importe quoi: une espèce d'animal encore inconnue (très peu probable, mais cela arrivait encore de temps en temps), des renégats des villes fortifiées (peu probable, la plupart ne survivaient pas longtemps dans les plaines), ou juste des amis d'une autre tribu (mais ils ne se seraient jamais laissé repérer d'aussi loin)... Ou cela pouvait être une nouvelle race de morlocks avec des capacités encore inconnues. Ça, cela arrivait tout le temps, chaque rencontre recelait une nouvelle surprise mortelle. Si c'était le cas, Yahnee se devait de réagir rapidement et de transmettre l'information aussi vite que possible afin de donner à sa tribu assez de temps pour lever le camp. Pris par surprise, ils pouvaient toujours juste enfourcher leurs chevaux et s'enfuir, mais ils perdraient beaucoup de provisions cruciales pour leur survie lors de l'hiver à venir. Il commença à s'inquiéter. Était-il en train de perdre du temps? Ou était-il tout simplement trop prudent? Qu'aurait fait Kanaretah? Soudainement, il regretta ne pas avoir son expérience.

Après ce qui lui sembla être des heures, il fut suffisamment proche pour discerner la source des lumières. C'était un Train Éolien, un long cheval de fer avec un moteur à vapeur qui pouvait aussi exploiter la puissance des redoutables vents des plaines avec ses mâts et ses voiles. Ce n'était pas n'importe quel train éolien moyen en revanche. Au lieu d'une boîte trapue de métal blindée qui ressemblait à une forteresse sur roues, comme il en voyait régulièrement traverser les plaines, ce train était fin, épuré, mince et élégant. Malgré cela il donnait aussi l'impression d'être un navire puissant capable d'affronter tout ce que les plaines pouvait lui faire subir.
De fait, les lettres d'or peintes sur le moteur ne laissaient aucun doute, c'était le "Veronica", le nouveau bâtiment de la flotte de Gond. Yahnee ne savait pas lire, bien sûr, mais le train semblait si moderne que cela ne pouvait être que lui. Il était déjà célèbre parmi les tribus qui commerçaient régulièrement avec la capitale des plaines et ils avaient déjà eu l'occasion de voir ses manœuvres d'entrainement tout au long de la dernière Révolution.

Quel soulagement! Loin d'être un danger, la présence de ce vaisseau unique et de son équipage de guerriers d'élite signifiait que pour une fois les Morlocks n'étaient pas les prédateurs, mais les proies.
Yahnee ferma les yeux et une fois de plus, il adressa une prière rapide à son esprit totem, le remerciant de ce bon présage. Il jeta un dernier long regard au Veronica, en essayant de fixer cette image magnifique dans sa mémoire afin de pouvoir en parler, ou plutôt de se vanter autour du feu de camp. Puis il pressa doucement les flancs de Wakaree avec ses genoux, lui demandant de tourner bride afin de revenir à leur trajectoire initiale. Après ce long détour, le groupe d'éclaireurs suivant  était probablement en train de le rattraper: il y avait toujours quatre ou cinq d'entre eux tournant autour du camping, de sorte qu'il devait se dépêcher.

Soudain, sa vue se troubla et ses oreilles se mirent à sonner. Il se sentait étourdi, durant un instant ses yeux n'arrivèrent pas à faire le point, il n'arrivait pas à penser clairement et un goût métallique étrange envahi sa bouche. Il ne voyait que des éclairs de lumière et un... nuage de poussière, faute d'un meilleur mot. Bientôt, il retrouva sa vision et ne put s'empêcher de hurler d'horreur.

Le Veronica était tout à coup encerclé par une nuée de Morlocks, des
centaines, des milliers d'entre eux.

mercredi 1 avril 2015

La loi des plaines, chapitre 2

Selon la loi des plaines, Yahneequena était un adulte, mais du haut de ses 15 Révolutions (note, une année yahganite fait 400j terrestres), il était encore très jeune par rapport à ses camarades les plus expérimentés. Il savait que partir en éclaireur seul était une mauvaise idée, mais il ressentait le besoin de prouver à ses camarades qu'il n'était pas un lâche. Au cours de la dernière chasse, un kʉtsʉtoya l'avait chargé au lieu de suivre les rabatteurs et il était resté paralysé par la peur plutôt que de faire ce qui était attendu d'un chasseur, mettant du même coup tout le monde en danger. Il devait sa vie aux réflexes incroyablement rapides de son chef de guerre, Kanaretah [Chevauche les nuages] et depuis ce jour il avait l'impression que tout le monde pensait qu'il n'était pas plus courageux qu'un jeune chiot. Il se trompait, bien sûr: tout chasseur sain d'esprit savait à quel point cela pouvait être terrifiant lorsque une chose avec des crocs de la longueur de votre bras essayait de vous tuer. Depuis cet incident, ll voulait faire quelque chose qui montrerait clairement qu'il était aussi courageux que tout autre chasseur de la tribu. Alors, au lieu de réveiller son ami Kʉtsʉteka, il fit soigneusement le tour du camp, se cachant derrière les tipis, en attendant que sa mère soit endormie. Le fait que transgresser la loi des Plaines n'était peut-être pas la meilleure manière de prouver son courage ne lui traversa malheureusement pas l'esprit. Enfin, il vit sa mère piquer du nez, c'était maintenant ou jamais. Il sauta sur le dos de Wakaree et silencieusement, ils disparurent dans le crépuscule.

Yahneequena aimait la nuit, en dépit de ses nombreux dangers. Les bruits de la plaine étaient différents, étouffés, comme si tous les animaux faisaient de leur mieux pour ne pas se réveiller les uns les autres... Ce qui était probablement le cas. Les prédateurs rôdaient dans l'ombre, silencieux et patients, prêts à bondir sur un animal solitaire et négligent. Leurs proies étaient tout aussi silencieuses, faisant de leur mieux pour rester invisibles dans l'obscurité, toujours vigilantes. Chevaucher de nuit était bien plus dangereux que pendant la journée, pour des raisons évidentes. Il fallait être constamment en alerte, regarder où son cheval mettait les pieds afin d'éviter trous ou terriers tout en balayant la zone du regard afin de détecter les troupeaux de prédateurs qui pourraient être un danger pour la tribu ou tout signe d'un changement des conditions météorologiques qui pourrait présager d'une des redoutables tornades qui balayaient régulièrement les plaines. Mais sa tâche principale était encore plus importante: il devait essayer de repérer le moindre signe de la présence des ennemis mortels de l'humanité, les redoutables pʉetʉyai [lit. fantômes], que les gens de Gond appelaient Morlocks.

Yahnee réprima un frisson en pensant à l'ennemi juré des Tribus. Les chamans chantaient que dans un passé lointain, Tanasipʉetʉyai [le Roi Fantôme], le roi des mauvais esprits, devint jaloux des  Nʉmʉ. Dans sa colère et sa convoitise, il maudit une tribu d'un pays lointain et métamorphosa ses membres en bêtes sauvages, en monstres n'ayant plus que vaguement forme humaine. Alimentée par la rancœur et le dépit, Tanasipʉetʉyai inculqua aux misérables créatures une haine insensée des Nʉmʉ. Il les rendit plus forts, plus rapides et plus vicieux que tout autre prédateur. Puis, lorsque son abject forfait fut commis, il les envoya parcourir le monde et se reproduire dans les étendues sauvages avec un but insensé: dévorer les Nʉmʉ jusqu'au dernier, ainsi que tout autre être humain par la même occasion.

A cause des hordes affamées de morlocks sévissant dans les plaines, le devoir des scouts était d'une importance extrême: la vie même de dizaines de personnes en dépendait. Lorsqu'ils repéraient une horde, ils avertissaient la tribu puis quelques braves partaient mener les monstrueuses créatures sur une fausse piste tandis que les autres levaient le camp et s'enfuyaient dans la direction opposée. Les braves essayaient ensuite de tuer les pʉetʉyai s'ils pouvaient le faire sans danger pour leur vie, mais c'était rarement le cas, leur ennemi étant généralement beaucoup trop nombreux. Les Nʉmʉ étaient des guerriers et des chasseurs courageux, mais ils n'étaient pas stupides.

Yahnee adressa une prière aux esprits, leur demandant de la chance dans sa tâche. Heureusement, le Grand Esprit avait entendu les chants et les prières des Tribus anciennes, faisant cadeau de Dons merveilleux aux Nʉmʉ. Le jeune Yahneequena avait hérité de la fierté de sa lignée, le Don qui avait donné son nom à sa tribu: les Yeux de l'Aigle. Grâce à la faible lumière d'Epimʉa et d'Ebimʉa, les lunes rouges et bleues de Yaghan, il pouvait voir en pleine nuit aussi bien qu'en plein jour. Plus important encore, il pouvait voir étonnamment loin, de nombreuses fois plus loin qu'une personne normale. Ce Don était un véritable trésor pour la survie de sa troupe: elle lui permettait de détecter une horde de pʉetʉyai longtemps avant que les monstres ne l'aperçoivent. C'est pourquoi il avait osé y aller seul: il avait estimé que grâce à son Don, il ne mettait pas en péril la sécurité de son peuple. Il était un peu téméraire, mais pas complètement stupide.

Malgré le risque qu'il avait pris et la gravité de ses responsabilités, ce soir-là Yahneequena chevauchait le coeur empli de joie. Il était jeune et fier, il était heureux d'être en vie, heureux de respirer l'air pur et délicieux des plaines. Plus que tout, il était heureux de partager ce plaisir avec son cheval Wakaree. Le nom de son cheval était une plaisanterie: Wakaree était l'un des meilleurs étalons de la tribu, mais Yahnee aimait le taquiner et l'avait donc appelé «tortue». Wakaree était bien plus qu'un cheval: certains des destriers des tribus étaient également dotés de Dons et parmi eux Wakaree était une vraie merveille: il était en mesure de communiquer avec les humains par télépathie en leur envoyant les images qu'il formait dans son esprit de cheval. Il avait un langage simple qui consistait de quelques centaines de mots-images, mais c'était suffisant. Cela faisait de lui et de Yahnee quelque chose de plus qu'une simple monture et son cavalier: ils étaient aussi proches que des frères.

"Heureux, Wakaree?" dit Yahnee. «C'est une belle nuit, n'est ce pas? Fait attention où tu poses les sabots, mon ami, et espérons ne pas voir de sale pʉetʉyai, hein?"
"Heureux. Bon. Vent. Heureux. Galoper. Frère Yahnee. Heureux." dit le cheval, et Yahnee rit. L'image pour "Heureux" était en fait Wakaree en train de galoper avec Yahnee sur sa croupe et l'image pour «Bon» était un panier de pommes, un plaisir rare pour les chevaux des plaines. C'était en effet une bonne nuit.

mardi 24 mars 2015

La loi des plaines, chapitre 1

Je vous avais parlé de ce que j'écris à coté. Comme c'est en anglais, je vais le traduire en français petit à petit. Je vous laisse découvrir, et vous trouverez plus d'information sur le blog des Citées Assiégées. Quelques notes: l'histoire se passe sur une planète colonisée par la Terre dans un lointain passée, l'humanité à été pratiquement détruite par une infection transformant les gens en "zombies" (il y a une raison et plus de détails, je sais, dit comme ça, c'est cliché), et vivent des de grandes forteresses, les citées assiégées. Seul le peuple dont il est question ici vit en dehors des villes car ils sont nomades. Une note de pronontiations, les u barrés se prononcent quelque chose comme "euh".

Les morts sont égaux. Chef Nʉmʉ anonyme

Prologue


Cette histoire est l'histoire d'une crise.

Chaque crise commence de la même façon. C'est un jour normal, de routine. Les gens normaux sont occupés à faire ce qu'ils font habituellement dans leurs vies tout à fait normales ... Et soudain, quelque chose qui sort de l'ordinaire se produit. Quelque chose qui, en un clin d'œil, change leur destin à jamais.

La triste réalité c'est que la plupart du temps, ce petit quelque chose aurait très peu d'importance si seulement il recevait l'attention qu'il méritait. Pis encore, la plupart du temps ses conséquences sont aggravées par une chaîne d'erreurs que les gens font par ignorance, ou pire, par négligence. Et sur Yaghan, une planète où les humains se terrent dans des villes fortifiées et où les monstres règnent en maître, l'Ignorance et la Négligence sont souvent les mères de la Tragédie.

Chapitre I


C'était une belle et chaude nuit du début de l'automne, quelque part dans les vastes plaines qui composent la majeure partie du plus grand continent de Yaghan. Yahneequena [Aigle Heureux] dormait profondément, enveloppé dans les lourdes fourrures d'un jeune Kʉtsʉtoya, non loin de l'un des petits foyers creusé dans le sol sec des steppes par sa tribu, les Quenashano [War Eagles]. Il ronflait béatement et rêvait des histoires étranges que leur chaman Tabbaquena [Sun Aigle] leur racontait afin d'essayer de les éduquer sur leur passé.

Il y a longtemps, plusieurs centaines de révolutions leur avait dit Tabbaquena, les derniers membres des Nʉmʉ avaient décidé d'émigrer sur Yaghan. Ils avaient espéré que cette planète vierge, la première planète habitable découverte par les habitants de la Terre, leur permette de vivre une vie plus proche de leurs coutumes ancestrales. Avec cet objectif à l'esprit, ils s'étaient installés dans les grandes plaines, un grand continent semblable à l'endroit où ils avaient historiquement vécu sur Terre. À la surprise de tout le monde, ils y avaient prospéré, grâce à la découverte providentielle des Kʉtsʉtoya, un énorme animal au moins deux fois plus grand et imposant qu'un cheval. Tabbaquena disait qu'ils ressemblaient à d'énormes bisons carnivores, mais Yahnee n'avait jamais été à Gond et il n'avait donc aucune idée de ce à quoi pouvaient ressembler ces animaux antiques. Les imposantes bêtes étaient herbivores, mais comme la plupart des créatures sur Yaghan, ils pouvaient aussi se mettre à manger de la viande lorsque la nourriture se faisait rare. Avec une peau épaisse et une fourrure qui l'était encore plus, c'était un animal dangereux à chasser, mais il fournissait aux tribus tout le nécessaire, de la nourriture aux vêtements en passant par les armes.

Lorsque la Première Guerre contre les Morlocks avait amené l'humanité au bord de l'extinction, les Nʉmʉ avaient été les seuls ayant un minimum de connaissances sur la façon de survivre en pleine nature sans l'aide constante de machines (Tabbaquena avait dit que les machines étaient des choses comme les Trains Eoliens de Gond). La guerre les avait forcé à adopter pleinement l'ancien mode de vie des tribus. En conséquence, durant les jours sombres suivant la guerre, les Nʉmʉ avaient joué un rôle crucial dans la défense des communautés naissantes de survivants. Ils avaient également été les seuls assez courageux pour continuer à vivre en plein air au lieu de se terrer dans des villes fortifiées aussi inexpugnables qu'asservissantes.

Toutes ces légendes semblaient étranges et merveilleuse pour le jeune guerrier, en particulier celles parlant de cette autre planète quelque part dans le ciel, d'où ses ancêtres étaient prétendument originaires. Il rêvait parfois qu'il chevauchait parmi les étoiles avec son cheval Wakaree [Tortue], à la découverte de terrains de chasse vierges de la présence de monstres sanguinaires.

Il était plongé dans un tel rêve lorsque sa mère mis ses mains froides sur ses joues, le réveillant soudainement. C'était une femme forte et encore jeune, mais sa peau était prématurément vieillie par les rayons brûlants des soleils jumeaux qui réchauffaient la planète. Il déposa un baiser sur les mains desséchées.

"Bonjour mère, merci de me réveiller... Comment vas-tu", murmura-t-il.

"Tsaata, tsaata [bien, bien], fils», dit-elle d'une voix douce, afin de ne pas réveiller les autres membres de la tribu. «Il est temps pour toi de prendre ton quart."

"Haa Haa [Oui]. Merci mère» murmura-t-il. "C'est une belle nuit pour chevaucher!" ajouta-t-il joyeusement.

"En effet", dit-elle. Puis: "Yahnee, Pahiitʉ-Saari [Trois Chiens] est malade. Demande à quelqu'un d'autre de venir avec toi."

Il eu l'air surpris. La jeune femme était en parfaite santé à midi, lorsqu'ils avaient pris leur repas.

"Elle a mal au ventre. Tabbaquena lui a donné des herbes, elle a vomi, avec un peu de repos, elle ira bien. Ne t’inquiètes pas, il faut juste que tu trouves quelqu'un d'autre pour t'accompagner."

"Haa, Haa. Je comprends. J'y vais. Pas de soucis, mère. Je serait prudent."

Alors qu'il s'extrayait de son sac de couchage de fortune, elle ouvrit un panier en osier tressé et pris un paquet enveloppé dans les longues feuilles rouges de la plante d'ekapita. Il savait que c'était de la nourriture pour son voyage, probablement un petit morceau de pain, des fruits et des tranches de viande de kʉtsʉtoya séché. Elle lui tendit le paquet ainsi qu'une poche à eau en cuir puis le regarda se préparer. Les Nʉmʉ estimaient qu'il était important d'être bien apprêté quand on allait à la guerre parce que si on mourrait au combat, on devait se présenter devant le Grand Esprit. La tâche des scouts était très dangereuse, par conséquent Yahneequena s'habillait toujours avec beaucoup de soin. Il enfila un pantalon en peau de daim frangé et une magnifique chemise de cuir ornée de perles d'os couleur ivoire. Ensuite, selon la coutume, il enveloppa ses deux tresses dans de douces fourrures.

"Les esprits soient avec toi, mon fils." dit-elle tout simplement quand il eut terminé. «Va trouver quelqu'un pour t'accompagner".

"Merci Mère. J'y vais." dit-il. "Peux-tu marquer une pierre pour moi?".

Elle acquiesça, puis le regarda marcher vers l'autre côté du camp, vers l'endroit où son ami Kʉtsʉteka [Mangeur de Bison] se reposait. Puis elle prit son couteau et grava un signe dans une pierre blanche qu'elle posa à côté du foyer principal. De cette façon, tout le monde pouvait savoir que les scouts avaient quitté le camp pour ce quart. Elle retourna ensuite se calfeutrer dans les fourrures de la couche de Yahneequenah, profitant ainsi de la douce chaleur laissée par son fils.

Elle ne se doutait malheureusement pas qu'il n'avait aucune intention de respecter la "Loi des Plaines".

jeudi 5 mars 2015

Making of de "La loi des plaines".

Je vous ai déjà parlé du fait que pour prendre de la distance avec le livre sur la leucémie (200 pages de texte inédit !), je me suis mis à écrire un livre de fantasy en anglais, situé dans un monde que je développe de toutes pièces, « Les citées assiégées de Yaghan ».

L’idée de base, c’est : « Qu’est-ce qui se passerait si dans le Seigneur des Anneaux, Sauron avait gagné. » Dans mon monde, les humains ont colonisé une planète, puis un jour certains ont muté en sorte de zombies, précipitant la chute de la civilisation. Oui, c’est cliché, mais il y a une bonne raison derrière cette « mutation ». Mon but étant juste de trouver une raison pour que l’humanité soit confinée dans des villes fortifiées, afin de voir ce qui en sort.

Le problème de l’histoire, c’est qu’il faut que les « zombies », que j’appelle Morlocks (la référence est intentionnelle), soient crédibles. Il faut que la menace soit vraiment sérieuse pour justifier cet enfermement. Or, l’une de mes lectrices de test (j’ai quelques lecteurs qui ont lu le roman en connaissant les secrets, et d’autres sans les connaitre, pour vérifier que tout fonctionne) m’a dit un jour : « Je ne comprends pas, tes héros, ils cassent du morlock trop facilement, je ne comprends pas pourquoi les gens en ont peur ».

Ben oui, les héros de mon roman sont des soldats d’élite et c’est pour cela qu’ils sont les seuls à sortir des villes : parce qu’ils sont surentraînés et qu'ils sont tous des Sculpteurs, ils sont capables de modifier la réalité, de faire de la magie quoi. J’aime bien les histoires avec des héros qui décoiffent, c’est plus rigolo de suivre Luke Skywalker que Jar Jar Binks. Donc mes héros, ils sont capables de tenir tête à une horde à juste cinq, parce que ce sont des Héros. Le narrateur est un escrimeur qui se bat en modifiant la réalité autour de lui pour que ses lames incroyablement acérées. Mais le péquin moyen, il se fait bouffer. Aparté: pourquoi est-ce que mon héros, s'il peut modifier la réalité, n'efface pas juste ses ennemis? Simplement parce que plus l'effet est proche de la réalité, plus il est facile à exécuter, et que donc "affûter" magiquement une épée qui coupe déjà très bien c'est plus facile que de faire disparaitre un être vivant non consentant (la magie de mon monde est limitée par la fatigue, potentiellement mortelle, qu'elle induit, d'où l'obligation d'être créatif pour économiser son énergie).

Je me suis donc dit qu’il fallait que je montre un peu la situation du point de vue d’un humain moyen, pour que l'on ai vraiment peur de ces satanées bestioles. Or, parallèlement, un ami m’a recommandé de publier des textes sur un blog, pour faire découvrir mon monde et avoir des retours. Je me suis alors dit que j’allais écrire une nouvelle, et que cela me permettrait en plus de finir une histoire complète (un bouquin, c'est long et frustrant, on en voit pas la fin). Le sujet était tout trouvé, une nuit dans la vie des Nʉmʉ! Ce peuple est le seul de la planète à vivre en dehors des villes. Ce sont des tribus de nomades, ce qui leur permet d’en permanence fuir devant les hordes de morlocks. Des sacrés durs à cuir donc, largement plus compétents et aguerri qu’un habitant des Citées, mais tout de même pas aussi balèzes que des moines guerriers qui s'amusent à trifouiller la structure même de la réalité.

Ceux qui ont lu la nouvelle se doutent que les Tribus sont inspirées des Indiens d’Amérique, avec justesse : les Nʉmʉ sont en fait les Comanches de la Terre, que je n’ai jamais nommés explicitement parce que l’on m’a fait le retour que cela cassait un peu l’immersion. On m'a entre autre dit que l’on ne comprenait pas comment des indiens avaient pu se retrouver sur une autre planète, ce qui est une question légitime. Il se trouve qu’il y a une excellente raison, que je ne peux pas expliquer pour le moment, mais elle existe. Il n'empêche que j’ai pris en compte la remarque, et juste utilisant leur vrai nom, qui est largement inconnu, j’ai évité d’avoir à expliquer cette raison en les rendant largement étrangers.

Ce sont pourtant bien des Comanches dont il s’agit dans cette nouvelle, et je peux vous dire que j’ai fait beaucoup de recherches pour coller autant que je pouvais aux Comanches historiques. Vous aurez par exemple remarqué une certaine cohérence dans les noms : c’est normal, ce sont tous des vrais noms. J’ai passé pas mal de temps à potasser des dicos, j’ai même trouvé des sites avec des exemples de Comanche parlé (la plupart des noms avec des u barrés sont imprononçables d’ailleurs : p). Je connais un certain nombre de mots Comanche maintenant, d'ailleurs parfois, les noms des personnages, que j'ai assemblé à partir soit de noms existants, soit de mots du dico, ont influencé l'histoire. Mon personnage principale s'appele Yahneequena, de "yahnee", "heureux" et "quena", "aigle". De fil en aiguille, j'ai rajouté d'autres noms contenant "quena", jusqu'à nommer la tribu les "quenashano", "le peuple de l'aigle", ce qui m'a donné ensuite l'idée de leur pouvoir magique inné d'une vision aussi perçante que celle d'un aigle, leur permettant ainsi de voir les morlocks de loin dans les plaines. Oui, l'inspiration, parfois, cela ne tient pas à grand chose.  Cela va plus loin : la manière de s’habiller, l’armement, l’organisation sociale que je décris, tout est historiquement exact. Il n’y a qu’une différence, l’égalité homme femme (historiquement, les femmes étaient au foyer, et c’est tout), différence que je peux aussi expliquer.

Et la conclusion de la nouvelle, la chute si vous voulez, est un clin d’œil au dernier chef historique de la Nation Comanche. Ah, je vous assure, j'ai potassé!

Si vous lisez la nouvelle donc, vous verrez un peu comment les Comanches, les meilleurs cavaliers des Grandes Plaines (qu’elles soient de la Terre ou de Yaghan), survivent face à une horde gigantesque de prédateurs assoiffés de sang. Je ne vous cache pas que tout ne se passe pas super bien... Cependant, il y a de l’espoir, toujours!

Je serais ravi que vous lisiez cette nouvelle maintenant que tout est publié, et que vous me fassiez un retour: ce qui vous a plu, ce qui vous a accroché, ce qui vous a rebuté, comment j'aurais pu faire pour vous captiver plus si vous avez laché l'affaire, etc. Je suis preneur du bon (c'est toujours important de savoir ce qui marche) comme du mauvais (c'est encore plus important de savoir ce qui ne marche pas).

Dernière remarque, je suis en train de traduire la nouvelle en français. Je traduis entre 2 et 4 chapitre par semaine, j'aurais surement fini fin Mars. Et oui, comme on m'a déjà fait remarquer, c'est à marcher sur la tête: un français, qui écrit en anglais qui se traduit lui même en français....

La nouvelle se trouve ici : "La loi des plaines".

vendredi 13 février 2015

Des distances trop grandes

Je vous disais dans un post-précédent que je m'étais plutôt bien acclimaté à mon retour en France, et c'est vrai.

Ceci étant dit, cela ne veut pas dire que les US, et en particulier Seattle, ne me manquent pas, bien au contraire. Vous savez que j'adore cette ville et que je connais certains quartiers comme le doigt de ma main pour les avoir arpentés à pied en long, en large et en travers pendant plus de cinq ans.

Dans l'absolu, en ne prenant en compte que l'aspect "géographique", je préfère bien évidemment 10* vivre à Seattle qu'à Paris, malgré les attraits manifestes de Paris. Bon ce n'est pas encore la saison, mais aller me balader le long du canal, les fairs, les parcs... Cela me manque. Sans compter tous mes petits magasins de quartier, on prend souvent les US pour un pays où le supermarché est roi, et dans une large mesure c'est vrai, sauf dans une ville très urbaine comme Seattle. C'est amusant d'ailleurs, en France je connais tous mes voisins en quelques mois, mais j'ai beaucoup plus de mal avec les commerces (quoi que, d'ailleurs), alors qu'à Seattle je n'ai jamais connu un seul voisin, mais je connaissais bien les gens des commerces environnants.

Mais le plus dur, c'est vraiment de se dire qu'on ne peut techniquement pas aller à un endroit que l'on connait comme sa poche. Il y a u truc dans l'esprit humain qui ne permet pas de comprendre des distances aussi grandes que celles impliquées ici. Par exemple pendant tout l'été 2012, j'ai été m’entraîner,  tous les après-midis, au même endroit dans le même parc... Je connais jusqu'aux écureuils qui habitent là... Et je ne peux plus y aller. Il y a un truc qui ne connecte pas bien dans le cerveau à ce niveau. À la limite, on comprend le fait de ne plus voir les gens, on est habitué dans le monde d'aujourd'hui, à se parler via téléphone ou Skype... Mais le rapport aux lieux, c'est différent, en tout cas pour moi. Je crois qu'en fait, en temps qu'être humains nous ne sommes pas complètement faits pour comprendre des distances si grandes... Historiquement nous ne vivons en dehors de notre village/région de naissance régulièrement que depuis quoi, 50 ans?

Du coup cela donne une sensation assez bizarre... C'est indéfinissable en fait, ce moment où l'on pense à un endroit très connu et où cet endroit pourrait aussi bien être sur Mars. C'est vrai qu'il y a des soirs où j'ai un coup de mou, où je me demande un peu ce que je fais ici, dans un endroit que je ne comprends pas complètement, loin d'un autre endroit que je ne comprends pas complètement, mais où je me suis senti plus chez moi que nulle part ailleurs. Ce n'est probablement pas arrangé par le fait que je continue à suivre les news de Seattle, ce qui ne m'aide pas à couper le cordon... Mais en même temps, mes amis vivent là-bas, je ne vais pas tout à coup tout jeter à la poubelle.

Finalement je crois que le plus pénible c'est ce manque de liberté. Légalement, je n'ai plus (enfin je n'aurais bientôt plus) le droit de résider plus de 3 mois sur le sol US. Je suis foutu dehors d'une ville que je considère comme chez moi. Cela fait très bizarre. Cela fait envisager les notions de nationalité et de pays sous un angle nouveau.

Encore une fois, ce ne sont que des impressions passagères hein... J'ai plein de très bonnes raisons d'être heureux d'être ici. Mais je m'y attendais: un expat reste pour toujours un peu déraciné.

Petite note de fin de post, j'ai bientôt fini de publier ma nouvelle sur http://www.besiegedcities.com/. Plus que deux chapitres! Si vous parlez anglais et que vous êtes intéressé par la science fiction ou la fantasy, votre avis m'intéresse

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