Carnets de Seattle: Patchwork d'impressions et d'humeurs de deux Français expatriés aux Etats-Unis. Depuis mars 2011, ces carnets sont aussi le journal de notre combat contre la leucémie.

lundi 12 février 2018

L'horreur du supermarché

Vous allez peut-être me prendre pour un fou, mais aller au supermarché est une épreuve pour moi.

Pas parce que je ne supporte pas le monde, ou les files d'attentes, ou la musique pourrie. Non, ce qui me fait mal au cœur, à chaque fois, c'est que quand je me balade dans les rayonnages je ne vois pas que des produits, je vois l'ensemble du cycle de vie de chaque produit, de sa conception à sa fin de vie dans une décharge. Et c'est vraiment pas beau.

Cela fait un moment que j'ai ce problème, et cela s'est encore intensifié depuis que j'ai découvert le chamanisme. Dans le cadre de cette pratique, j'ai eu à faire un exercice assez particulier. En gros l'idée, c'était de prendre quelques instants, plusieurs fois dans une journée, pour essayer de voir les liens entre les choses qui nous entourent. Je vais prendre un exemple, car comme cela ce n'est pas très clair.

Mettons que vous achetiez une baguette chez le boulanger. Vous pouvez d'abord visualiser le boulanger qui a cuit cette baguette à quatre heure du matin, pour que vous ayez votre pain chaud à midi, et explorer ce que doit être la vie de ce boulanger, sa vie de famille, etc. Puis vous pouvez explorer ce qui rentre dans la composition de cette baguette.

Elle est faite de farine, qui a été moulue, probablement dans un moulin industriel, par des employés payé le salaire minimum. Vous pouvez remonter la vie de ces employés, mais continuons de remonter la farine. Cette farine, c'était du blé, qui a été acheté sur un marché. On peut remonter les traders qui s'échangent des tonnes de blé sur les places de marché, mais on va continuer sur le blé, donc ce blé a été acheminé par une compagnie de transport (on peut explorer cette voie aussi, mais vous avez compris le principe, on va continuer à suivre le blé). Il a été récolté par un agriculteur. Avant cela, il a poussé dans un champ. Ce blé est composé de plusieurs choses, d'eau, qui vient de la pluie (suivre la pluie, c'est intéressant aussi), de lumière (la encore, amusant de remonter la source de la lumière), de CO2, de nutriments qui viennent du sol. Ces nutriments viennent de minéraux (on peut remonter cette filière), mais aussi de composés organiques, venant d'animaux morts ou de végétaux morts... Et vous avez deviné, on peut remonter ces branches-ci aussi.

Le but du jeu, c'est de voir à quel point nous sommes connectés à toutes choses. Le chamanisme fait partie de ces spiritualité non-duelles, où l'un des but est de revenir à Un, en très très gros de comprendre que nous sommes une partie de quelque chose de plus grand.

Une image que j'adore et celle de l'océan. En temps qu'humains, nous sommes tous des vagues de l'océan. Nous avons un début, nous naissons d'autres vagues. Nous nous déroulons vers la rive, puis nous nous écrasons dessus et nous retournons à l'océan. Chaque vague est unique, chaque vague est une individualité, pourtant chaque vague fait partie sans le savoir d'un grand tout et est reliée à toutes les mers de la terre. En gros.

Bref, maintenant, quand je me balade dans un supermarché, c'est l'horreur. Je passe devant les bidons de coca-cola, je vois le bidon qui va finir dans une décharge, je vois les problèmes de santé que cela cause chez les gens qui vont le boire, je vois le dentiste qui va soigner les caries causées par le soda, je pense au trou de la sécu, je vois la compagnie qui ne paie pas d'impôts en France, je vois le supermarché qui dépend de ses ventes, je vois les nappes de plastique qui polluent les océans de la planète, je vois le pétrole qui fait partie de sa composition, j'en viens même à me dire, punaise, il y a des millions d'années des arbres sont morts et se sont fossilisés pour qu'on finisse par en faire des bouteilles.

Quand je suis au supermarché, je vois des arbres vieux de millions d'années dans les bouteilles sur les étagères, je ne plaisante même pas. Vous imaginez bien que c'est un peu dur à gérer.

Quand j'étais petit, ma mère me disputait en permanence parce que j'oubliais d'éteindre la lumière, en me disant des trucs comme "tu sais combien ça coûte l'électricité". Et cela ne marchait pas du tout, parce que l'argent n'a jamais été une motivation chez moi. Par contre, quand j'ai commencé à comprendre, à vraiment comprendre, d'où venait l'électricité, là, j'ai commencé à éteindre derrière moi. Idem pour le chauffage. Avant, je montais le chauffage quand j'avais froid, maintenant, je met un pull.

Encore une fois, je veux vraiment souligner que le moteur de mon changement n'est pas l'argent, économiser quelques euros n'est pas une motivation suffisante pour que je change de comportement. Par contre penser à l'empreinte que je laisse derrière moi, ça oui. A la rigueur, peu importe la motivation du moment que cela marche... Aujourd'hui, c'est pareil. Je n'achète pas des œufs bios parce que je pense qu'ils sont meilleurs pour ma santé (encore que je suis à peu près certain que cela soit le cas) mais parce que je ne supporte pas l'idée de manger des œufs venant de batteries industrielles. Et c'est comme cela pour tout.

Quand je prend conscience d'à quel point un de mes comportements pollue, ou contribue à la survivance que quelque chose que je trouve ignoble, j'essaie de le remplacer, dans la mesure du possible, compte tenu de mes moyens et de mes limitations.

Où est-ce que je veux en venir avec ce post?

Et bien tout d'abord, voilà, je suis peut-être un peu limité intellectuellement, mais je n'avais pas encore bien compris que pour faire changer des humains de comportement, il faut trouver une motivation qui les touche. Ce n'est pas parce que quelque chose est "bien" que nous allons le faire. Il faut trouver le bon moteur. Argent, environnement, affection, pouvoir... Je sais, cela ne casse pas trois pattes à un canard, mais je l'avais jamais vraiment conscientisé, ou plutôt, appliqué à moi-même pour faciliter ma propre évolution.

Deuxièmement, j'ai été très impressionné par la vidéo d'une nana ayant décidé de ne plus faire de déchets. En gros, ses ordures sur un an tiennent dans un bocal d'un litre. Cela prouve que c'est possible, et cela montre que nous pouvons vivre dans le confort moderne sans détruire la planète.

Plus j'avance dans la vie, plus je ressens le besoin de vivre en accord avec mes convictions, et donc en l'occurrence, plus j'avance, plus j'ai du mal à vivre en participant à la destruction de notre environnement. Pour le moment, je me justifie en me disant que dans mon état, je n'ai pas bien le luxe de prendre le temps, l'énergie et l'argent de faire comme cette nana et de ne plus faire de déchets. Pourtant, cela me ronge, vraiment. J'essaie de limiter mes déchets, de trouver des solutions. Et je me pose une question fondamentale: comment orienter ma vie pour vivre en accord avec ce que je ressens?

Vaste question, que nous explorerons peut-être plus tard.

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