Carnets de Seattle: Patchwork d'impressions et d'humeurs de deux Français expatriés aux Etats-Unis. Depuis mars 2011, ces carnets sont aussi le journal de notre combat contre la leucémie.

lundi 20 juillet 2015

La loi des plaines chapitre 10: A la recherche de Yahnee

Bonjour à tous! Et oui, je néglige un peu mon blog en ce moment, et lorsque j'écris, c'est pour publier ma nouvelle, pas pour donner des nouvelles... Je vous rassure, tout va bien, que cela soit au niveau de la santé, du travail ou sur le plan personnel. J'avais besoin de faire une pause d'une part, digérer tout les événements récents, et puis je continue bien sur à écrire tant et plus mon roman, ce que je ne peux pas vous montrer... J'en suis aux derniers 20%, j'ai bon espoir de pouvoir présenter quelque chose dans quelques mois :). Ajoutez à ça la reprise du travail et une vie personnelle bien remplie, ainsi que les limitations de mon état (je souffre toujours de douleurs chroniques, je suis toujours très fatigué, en particulier en ces jours de canicule) et vous comprendrez que je ne peux pas tout faire à la fois. Je vais m'y remettre je pense, car je commence à avoir de la matière pour parler du retour et du changement de vie co-incident. Bon, je vous laisse, et j'espère que la suite de l'histoire vous plaira.

Six  cavaliers, treize chevaux. Leur galop aurait dû faire suffisamment de bruit pour réveiller chaque animal errant dans les plaines, mais ils étaient silencieux comme un chat. Kotsoteka [Buffalo Eater], un gros Nʉmʉ aussi large qu'il était grand (ce qui n'était en fait pas beaucoup, heureusement pour son cheval), était doué de la capacité d'étouffer les sons dans une large zone autour de lui, un talent qui était extrêmement utile aux chasseurs. Certains braves n'aimaient pas ce Don, prétendant que c'était la marque d'un lâche, que les vrais guerriers devaient hurler fièrement leur cri de guerre pour faire naître la peur dans le cœur de leurs ennemis. Mais Kanaretah était sage et elle avait très bien compris qu'il n'y avait pas de lâcheté dans le fait de suivre la Loi des Plaines. Seuls les imbéciles ignoraient les Dons donnant aux tribus un quelconque avantage, et les sots ne vivaient généralement pas longtemps.

Pourtant, restait le problème de trouver Wakaree. C'était la tâche de Tabbananica [Aigle du Soleil], l'autre brave de la tribu béni par les Yeux de l'Aigle. Les aigles étaient des oiseaux légendaires vivant au-delà des étoiles, que l'on disait capables de voir depuis la voûte céleste jusqu'aux gouffres les plus profonds, dans ces grottes dont le ventre engendrait le mal qui souillait les Plaines. Malheureusement, Tabbananica était borgne, son oeil pris par un morlock l'ayant mordu au visage. Son Don était par conséquent loin d'être aussi bon que celui de Yahnee: il voyait incroyablement loin, mais il devait pour ainsi dire regarder deux fois plus intensément.

Kanaretah jura dans sa barbe. La bande avait également été dotée de trois femmes ayant les Yeux, mais elles étaient toutes mortes la saison passée. Une avait trépassé en donnant le jour à une petite fille, une autre avait été retrouvée morte de froid après une tornade particulièrement violente qui avait fait des ravages dans le campement. La dernière était morte en protégeant des enfants lors d'une attaque de morlock. Malheureusement, tout ceci ne sortait absolument pas de l'ordinaire, tel était le quotidien des plaines, violent et brutal. C'était le prix à payer pour vivre librement sous le ciel et non pas comme un chien dans une cage, comme les lâches habitants des villes fortifiées.

Kanaretah était fataliste. Perdre un membre de la bande était toujours tragique, mais les Nʉmʉ avaient rarement le temps de pleurer leurs morts et en temps que chef elle devait d'abord penser aux vivants. Parfois, cela rendait les choses plus faciles, et pourtant, parfois, non. Ce soir, cela ne l'aidait en rien. Perdre Yahneequena signifiait que la tribu perdrait un de leurs atouts principal contre les morlocks, leur capacité à les détecter tôt et à fuir rapidement. Elle aimait le jeune brave comme un fils, mais plus que cela, il était une ressource qui pouvait signifier la vie ou la mort pour des dizaines de personnes.  Elle jura à nouveau. La folie et la bétise étaient malgré tout toujours les pire ennemies de l'homme. Comment pouvait-il s'en être allé seul en reconnaissance?

Elle fut sortie de ses ruminations lorsque Tabbananica leva la main. Ce n'était pas le signe signalant des amis.

"Qu'est-ce qui se passe encore?" murmura-t-elle quand elle fut à sa hauteur. Elle n'élevait jamais la voix, même sous le Don de Silence. C'était une mauvaise habitude, qui pouvait vous faire tuer si vous haussiez le ton sans que quelqu'un possédant le Don soit près de vous. Kanaretah détestait les mauvaises habitudes.

«Je vois Wakaree," déclara le chétif Nʉmʉ sur le même registre.
"Alors, pourquoi signales-tu des ennemis?" dit-elle.
"C'est le problème," dit-il, «je l'aperçois à la limite de mon champ de vision. Il y a une meute de Chats-Rasoirs entre nous."
Kanaretah grogna.
"Oui, on ne nous facilite pas la tâche hein?" dit le vieillard avec sympathie.
"Nous avons juste besoin d'une tornade et d'une horde de morlock sur nos talons et nous aurons accumulé la malchance d'une vie en une seule nuit." dit-elle en essayant de penser à leur prochain mouvement. Elle ne savait alors pas que les événements allaient bientôt lui donner raison.

"Eh bien, au moins tu n'as pas le derrière plein de verrues comme moi!" ricana son vieil ami.

«Chut». Elle n'était pas d'humeur à plaisanter.

Les Chats-Rasoir étaient des prédateurs particulièrement vicieux, même parmi la litanie d'animaux carnivores parcourant les plaines. Ils ressemblaient un peu à de très gros chats, minces, mais très haut sur pattes. Ils avaient une longue fourrure qui les faisait paraître beaucoup plus massifs qu'ils ne l'étaient en réalité et qui les protégeait du mauvais temps courant dans les plaines. Mais plus que cela, leur fourrure était aussi leur arme la plus terrifiante. D'une façon similaire à leurs petits cousins les morduans, qui se cachaient dans l'herbe-lame sans risque en durcissant sélectivement une partie de leur fourrure, les Chats-Rasoirs hérissaient la leur en de longues lames sortant de leur dos, de leur crâne et de leurs pattes. Ils chassaient les  imposants Kʉtsʉtoya, en se faufilant sous eux et en sabrant leurs ventres et leurs jarrets sans défense. Ils n'étaient pas particulièrement rapides, leurs proies étant elles-mêmes relativement lentes, mais ils étaient capables d'accélérations foudroyantes leur permettant d'infliger de multiples blessures tout en évitant d'être piétiné. Même les humains ayant des Dons étaient en danger face à ces tueurs et la meilleure façon de les gérer était soit de les effrayer par le nombre ou de les distancer, une tâche aisée pour les cavaliers nés  qu'étaient les Nʉmʉ.

Tabbananica fit écho aux pensées de Kanaretah.
"Une meute entière, neuf d'entre eux. Ils ne nous ont pas entendu, mais ils sont en éveil, la vibration du sol doit les avoir alerté."
"Oui. Heureusement, nous sommes sous le vent. S'ils nous sentent, nous ne serons jamais en mesure d'atteindre Wakaree et Yahnee."
Bowahquasuh [Chemise de Fer] s'avança. «Je vais les distraire avec Kotsoteka" dit-elle. Bien sûr, elle se portait volontaire, entre tous, elle était la moins préoccupée par les Chats-Rasoirs. Elle possédait un Don rare parmi les Nʉmʉ, celui de la Chemise de Fer lui, qui lui avait donné son nom. Sa peau avait une coloration métallique et était résistant aux coupures, une mutation qui était inestimable dans les plaines du Nord où certaines variétés de plantes pouvaient couper comme des lames. De plus, cela agissait comme une protection solaire permanente, ce qui était loin d'être une chose insignifiantes car, dans la mer d'herbe, l'ombre était presque inexistante.

"Non, j'ai besoin de lui. Nous ne savons pas si Yahneequena est blessé et ce qui a fait autant peur à Wakaree, je préfère rester cachée dans la mesure du possible. Tosawi, est-ce que Pisunii peut atteindre Wakaree d'ici?"
Les yeux de Tosawi se perdirent momentanément dans le vide alors qu'elle parlait à son partenaire. "Non, je suis désolée, c'est trop loin. Elle ne peut pas le voir, elle ne peut pas le sentir, pour elle, c'est extrêmement difficile d'établir un contact sans cela."

«Je pourrais marcher en esprit jusqu'à lui, mais si je ne peux pas les voir cela va m'épuiser." dit Tabbaquena.
"Non. Tabbananica, pointe moi dans la bonne direction. Les esprits me dévorent si je ne peux pas les pister! Ensuite, toi et Bowahquasuh, vous vous dirigez vers le couchant. Dès que vous serez assez loin de Kotsoteka, les chats vont vous entendre. Donnez-leur le plus puissant des cris, conduisez les aussi loin que vous pouvez, puis perdez-les et revenez au camp. "
"Haa Haa" déclarèrent à l'unisson les braves. Ils se regardèrent et sourirent. Ils savaient que ce qu'ils allaient faire était dangereux, mais ils avaient vu pire et ils avaient confiance l'un en l'autre et en leurs montures.

"Je vais demander au vent de rester avec nous. S'ils nous sentent, c'est fini" dit Towasi. La jeune femme possédait un Don assez rare parmi les Nʉmʉ: elle était une amie des Vents. Les Tresseurs de Vents, comme on les appelait à Gond, surtout les plus puissants d'entre eux, pouvaient créer des rafales à partir de rien mais la capacité de Towasi était très loin de ce genre de magie. Elle pouvait juste instinctivement influencer la direction des vents, une capacité qui était sans doute apparue pour aider les humains à survivre aux tornades dévastatrices qui balayaient les plaines régulièrement.

"En place", ordonna Kanaretah. Et ils se mirent en marche.



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