Carnets de Seattle: Patchwork d'impressions et d'humeurs de deux Français expatriés aux Etats-Unis. Depuis mars 2011, ces carnets sont aussi le journal de notre combat contre la leucémie.

jeudi 16 avril 2015

La loi des plaines chapitre 3

Ils étaient environ à trois heures de route du camp lorsque Yahnee
remarqua des lumières vacillantes proche de l'horizon, pratiquement à
la limite de son champ de vision, ce qui signifiait qu'elles étaient en réalité à des dizaines et des dizaines de miles de là.

"Wakaree, j'aperçois d'étranges lumières au loin. Trottons dans cette direction. Ne te fatigue pas, je veux que tu restes frais, mais il faut que je voie ça de plus près. Trotte, Wakaree."
"Trotter. Bien. Courir. Heureux. Bien. Courir. Heureux." répondit le cheval.
"C'est ça!" dit Yahnee avec un sourire. Il resserra son étreinte sur sa lance, son poids rassurant donnant du courage à son cœur alors que Wakaree s'élançait et prenait de la vitesse.

Le cheval aimait tellement galoper, c'était toujours une grande joie pour Yahnee que de lui lâcher la bride. Mais malgré son habituelle insouciance le jeune guerrier était inquiet. Quelque chose ne tournait pas rond et soudain, il aurait voulu ne pas être parti seul. Ces lumières pouvaient être n'importe quoi: une espèce d'animal encore inconnue (très peu probable, mais cela arrivait encore de temps en temps), des renégats des villes fortifiées (peu probable, la plupart ne survivaient pas longtemps dans les plaines), ou juste des amis d'une autre tribu (mais ils ne se seraient jamais laissé repérer d'aussi loin)... Ou cela pouvait être une nouvelle race de morlocks avec des capacités encore inconnues. Ça, cela arrivait tout le temps, chaque rencontre recelait une nouvelle surprise mortelle. Si c'était le cas, Yahnee se devait de réagir rapidement et de transmettre l'information aussi vite que possible afin de donner à sa tribu assez de temps pour lever le camp. Pris par surprise, ils pouvaient toujours juste enfourcher leurs chevaux et s'enfuir, mais ils perdraient beaucoup de provisions cruciales pour leur survie lors de l'hiver à venir. Il commença à s'inquiéter. Était-il en train de perdre du temps? Ou était-il tout simplement trop prudent? Qu'aurait fait Kanaretah? Soudainement, il regretta ne pas avoir son expérience.

Après ce qui lui sembla être des heures, il fut suffisamment proche pour discerner la source des lumières. C'était un Train Éolien, un long cheval de fer avec un moteur à vapeur qui pouvait aussi exploiter la puissance des redoutables vents des plaines avec ses mâts et ses voiles. Ce n'était pas n'importe quel train éolien moyen en revanche. Au lieu d'une boîte trapue de métal blindée qui ressemblait à une forteresse sur roues, comme il en voyait régulièrement traverser les plaines, ce train était fin, épuré, mince et élégant. Malgré cela il donnait aussi l'impression d'être un navire puissant capable d'affronter tout ce que les plaines pouvait lui faire subir.
De fait, les lettres d'or peintes sur le moteur ne laissaient aucun doute, c'était le "Veronica", le nouveau bâtiment de la flotte de Gond. Yahnee ne savait pas lire, bien sûr, mais le train semblait si moderne que cela ne pouvait être que lui. Il était déjà célèbre parmi les tribus qui commerçaient régulièrement avec la capitale des plaines et ils avaient déjà eu l'occasion de voir ses manœuvres d'entrainement tout au long de la dernière Révolution.

Quel soulagement! Loin d'être un danger, la présence de ce vaisseau unique et de son équipage de guerriers d'élite signifiait que pour une fois les Morlocks n'étaient pas les prédateurs, mais les proies.
Yahnee ferma les yeux et une fois de plus, il adressa une prière rapide à son esprit totem, le remerciant de ce bon présage. Il jeta un dernier long regard au Veronica, en essayant de fixer cette image magnifique dans sa mémoire afin de pouvoir en parler, ou plutôt de se vanter autour du feu de camp. Puis il pressa doucement les flancs de Wakaree avec ses genoux, lui demandant de tourner bride afin de revenir à leur trajectoire initiale. Après ce long détour, le groupe d'éclaireurs suivant  était probablement en train de le rattraper: il y avait toujours quatre ou cinq d'entre eux tournant autour du camping, de sorte qu'il devait se dépêcher.

Soudain, sa vue se troubla et ses oreilles se mirent à sonner. Il se sentait étourdi, durant un instant ses yeux n'arrivèrent pas à faire le point, il n'arrivait pas à penser clairement et un goût métallique étrange envahi sa bouche. Il ne voyait que des éclairs de lumière et un... nuage de poussière, faute d'un meilleur mot. Bientôt, il retrouva sa vision et ne put s'empêcher de hurler d'horreur.

Le Veronica était tout à coup encerclé par une nuée de Morlocks, des
centaines, des milliers d'entre eux.

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